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ONU: deux autres pays des Amériques au Conseil de sécurité?

Le siège des Nations unies (ONU), à New York (image d'illustration).
Le siège des Nations unies (ONU), à New York (image d'illustration). (CC)/Flickr.com/Wikipédia
7 mn

Ce mercredi 17 juin, les diplomates font leur retour au siège des Nations unies après plusieurs semaines d’absence pour cause de pandémie de coronavirus. Ils vont devoir élire les cinq nouveaux membres non-permanents du Conseil de sécurité. Deux pays des Amériques pourraient faire partie du club cette année : le Mexique et le Canada.

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« Siéger au Conseil de sécurité, c’est un enjeu énorme. C’est participer pendant deux ans à l’ensemble des décisions que prendra cet organe de décision en matière de sécurité internationale. Ce n’est pas du tout de la figuration ! Chaque membre des Nations Unies veut un jour siéger au conseil », insiste  Alexandra Novosseloff, chercheure associée au centre Thucydide de l’université Paris II et à l’International Peace Institute, un think-tank basé à New-York. Seule différence entre membres permanents et non-permanents : ces derniers n’ont pas de droit de veto. « Mais leurs voix comptent pour les membres permanents car il faut neuf voix pour faire adopter un projet de résolution », ajoute-t-elle. « Des États qui penchent pour tel ou tel membre permanent peuvent donc jouer sur la dynamique au sein du conseil ».

Pour briguer ce siège, les pays candidats se lancent, des années à l’avance, dans une campagne méticuleuse. « Il faut montrer quels sont les sujets que l’on va défendre, quelle est son implication dans le système onusien, en faveur du multilatéralisme, du maintien de la paix et de la sécurité internationale », détaille Alexandra Novosseloff.

Covid-19 : quel impact sur le vote ?

La dernière ligne droite de cette campagne a forcément été perturbée par le Covid-19. Impossible, en raison des règles strictes de distanciation sociale, de faire du réseautage dans les couloirs des Nations unies à New York ces dernières semaines. Le vote lui-même, à partir de ce mercredi 17 juin, se tiendra sans session plénière, chaque pays a reçu un horaire pour venir voter. Alexandra Novosseloff estime cependant que cela n’aura que peu d’impact sur les résultats : chaque pays avait probablement déjà fait son choix avant la crise sanitaire et la campagne se poursuit sur les réseaux sociaux. L’ancien diplomate canadien Ferry de Kerckhove est plus nuancé : « Une campagne se mène jusqu’au dernier moment. Cela a probablement gêné les ambassadeurs à l’ONU qui ont beaucoup d’entregent. Ceci dit, cela a dû nuire à tous les candidats ».

Convaincre 128 autres États de l’intérêt de sa candidature - la majorité des deux tiers à l’Assemblée générale de l’ONU - est forcément plus simple quand on est le seul candidat de son bloc régional. En Asie par exemple, l’Inde n’a pas de concurrent. Le Mexique non plus : il a convaincu les 33 pays d’Amérique latine et des Caraïbes. Bien qu’ayant viré à gauche en 2018, avec l’arrivée au pouvoir d’Andrés Manuel López Obrador, ce pays se démarque par la continuité de son positionnement sur la scène internationale, note Laurent Faret. « Le Mexique cherche à avoir une position de chef de file pour l’Amérique latine, avec la particularité d’être l’interface entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud. L’Amérique latine n’est évidemment pas unie, mais assez alignée sur un certain nombre de principes, tels que la non-intervention, la coopération pour le développement, la recherche de solutions pacifiques aux conflits. Cette ligne internationaliste mexicaine est assez bien identifiée en Amérique latine », explique le professeur de géographie à l’université de Paris, actuellement affecté au Centre de Recherche et d’Études Supérieures en Anthropologie Sociale (CIESAS) de Mexico.

Le Mexique sûr d’obtenir un siège

S’il est effectivement élu, le Mexique siègerait au Conseil pour la cinquième fois. Le pays en tire une certaine visibilité sur la scène internationale. Pourtant, le nouveau président mexicain a montré un certain désintérêt pour les affaires internationales. Aucun déplacement à l’étranger depuis son arrivée au pouvoir, rappelle Laurent Faret. Pour lui, Andrés Manuel Lopez Obrador « attend surtout un retour en terme de politique intérieure ». « Cela lui permet d’apparaitre comme un chef d’État influent, explique-t-il. Mais ce possible statut de membre non-permanent est loin d’être une question qui préoccupe les Mexicains, ça ne fait pas la Une des journaux ».

Le Mexique est porteur d’un certain nombre de réformes de fonctionnement de l’ONU, notamment au Conseil de sécurité. Mais sa marge de manœuvre restera cependant limitée face aux États-Unis, son grand voisin. « Toute initiative qui irait contre les intérêts américains ouvre la porte à des représailles. Pour l’instant les deux présidents sont restés dans des relations de mutuelle non-agression. Mais il est possible que sur tout question internationale, la position du Mexique tienne compte de ces possibles répercussions », juge Laurent Faret. 

Le Canada concurrencé par deux autres candidats solides

Le Mexique appuie la candidature d’un autre pays du continent américain, le Canada, qui tente de revenir au Conseil de sécurité après vingt ans d’absence et un échec il y a dix ans. Le pays fait partie d’un groupe hétéroclite, qui comprend l’Europe de l’Ouest, Israël ou encore l’Australie. Sur l’antenne de RFI le 10 juin, le ministre canadien des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, avait décrit les atouts de son pays pour ce siège. Mais le Canada affronte cette année deux candidats très solides : la Norvège et l’Irlande. Trois candidats pour deux fauteuils. Une concurrence sérieuse pour le Canada, « notamment du fait de l’implication des deux autres pays dans le maintien de la paix », note la chercheure Alexandra Novosseloff. « L’Irlande est l’un des contributeurs les plus anciens et la Norvège a des moyens financiers importants qui lui permettent de soutenir de nombreux programmes. Ça va être très serré ».

Le dossier de ces deux pays est aussi meilleur sur le plan de l’aide publique au développement. L’ONU recommande d’y consacrer 0,7% de son revenu national brut, un objectif loin d’être atteint par le Canada. « Nous sommes toujours en retrait, à 0,27%. Notre dossier est lamentable sur l’aide extérieure, c’est sûrement son point le plus négatif », reconnait l’ancien ambassadeur Ferry de Kerckhove, qui avait mené en vain la campagne du Canada pour ce siège de membre non-permanent en 2010.

« On est parti en retard »

Il souligne aussi que le Canada a souffert d’un certain retard à l’allumage. « Nous avons commencé la campagne en 2016. L’Irlande a commencé dès 2005 et la Norvège dès 2007, ce qui donne à ces deux pays un large avantage sur  nous en ce qui concerne les échanges de votes, c’est à dire s’assurer du vote d’un pays en échange de notre vote sur un autre point. Et puis, il ne s’est pas passé grand-chose entre 2016 et 2018 ». Un retard que Ferry de Kerckhove attribue surtout aux relations houleuses avec les États-Unis : « 90% des énergies ont été accolées à l’effort de renégociation de l’ALENA. Mais je pense aussi qu’il y a eu un excès de confiance de la part de l’équipe autour de M. Trudeau ».

Pas assez de terrain, selon lui, d’envoyés spéciaux à travers le monde, notamment en Afrique, grand réservoir de voix à l’ONU. « Dans les derniers mois, Justin Trudeau s’est lancé vraiment à fond dans la campagne et a sûrement pu remonter un peu la pente, estime-t-il. Mais l’Irlande et la Norvège étaient déjà très bien placées. En 1998, nous avions obtenu 54 des 54 voix africaines, je ne suis pas sûr que nous ayons le même résultat aujourd’hui ».

L’ancien diplomate note toutefois « la solidité de l’équipe présente à New York » et la qualité du travail de l’ambassadeur du Canada aux Nations-Unies. « Peut-être que cela passera malgré tout. C’est un peu la roulette russe. Tout va dépendre du premier tour et vers quel pays se rabattront les votes s’il y a un deuxième tour. Je suis tout de même un peu sceptique », lance-t-il.

C’est en Afrique que se tiendra l’autre bataille pour un siège non permanent au Conseil. Deux pays sont en lice : le Kenya et Djibouti. Djibouti n’a jusqu’ici siégé qu’une fois au Conseil, en 1993, contre deux fois pour le Kenya, en 1977 et 1997.

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