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À Tulsa, Trump retrouve les estrades de campagne mais pas la foule espérée

Le président américain Donald Trump lors de son meeting de campagne à Tulsa, Oklahoma, le 20 juin 2020.
Le président américain Donald Trump lors de son meeting de campagne à Tulsa, Oklahoma, le 20 juin 2020. Nicholas Kamm / AFP
Texte par : RFI Suivre
8 mn

Ignorant les mises en garde sur le coronavirus, Donald Trump a renoué ce samedi soir 20 juin avec les meetings dont il raffole. Mais la foule attendue à Tulsa pour donner un coup de fouet à une campagne de réélection mal engagée n'était pas au rendez-vous.

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Près de la moitié des sièges vacants. Tout l’anneau supérieur du stade inoccupé. Ce samedi soir à l'Oklahoma Stadium, il restait beaucoup de place juste devant la scène où se retrouvent habituellement ses plus fervents partisans, a constaté notre envoyée spéciale à Tulsa, Anne Corpet.

Faute de monde, une partie du programme qui devait se dérouler sur une scène en extérieur a tout simplement été annulée.

Même Brad Parscale, le directeur de campagne Donald Trump, l'a reconnu : les chiffres étaient en-deçà des espérances. Comment expliquer cette faible affluence ? Pour lui, pas de doute, c'est la faute des « manifestants radicaux » et « d'une semaine de couverture médiatique apocalyptique ».

Lui ou le chaos

Cela n’a pas empêché Donald Trump de livrer tous ses talents de tribun. Il a fait rire l’assemblée, a galvanisé ses partisans. Comme d’habitude il a fait siffler les médias. Mais il s’est surtout posé en seul garant du maintien de la « loi et de l’ordre ». Il a dépeint une Amérique sombrant dans le chaos au cas où son adversaire démocrate Joe Biden l’emporterait.

« Si les démocrates arrivent au pouvoir alors les émeutiers seront aux manettes et personne ne sera en sécurité », a-t-il assuré avant de lancer : « Joe Biden n’est pas le chef de son parti, Joe Biden est une marionnette impuissante aux mains de la gauche radicale. »

Donald Trump en meeting à Tulsa: «Vous êtes des guerriers»

Donald Trump s’est aussi présenté comme le défenseur de l’héritage et de la culture américaine, s’en est pris aux manifestants qui déboulonnent les statues des généraux confédérés. Il a estimé qu’il faudrait une loi pour punir d’un an de prison quiconque brule un drapeau américain. Le président a prévenu ses partisans : le 3 novembre prochain, ce sera lui ou le chaos.

Dans le public, Joe et Amber se montrent inquiets à l’idée d’une défaite de leur champion. « S’il n’est pas réélu ce sera le chaos, c’est fou », lance l'un. « Oui, les émeutes les manifestations cela va beaucoup trop loin », ajoute l'autre. La garde nationale avait été déployée à Tulsa pour parer à toute éventualité. Mais hormis quelques insultes échangées d’un trottoir à l’autre à la sortie du meeting, entre partisans de Donald Trump et militants de Black Lives Matter, il n’y a pas eu d’incident à déplorer. Aucune horde d’émeutiers n’est venue troubler la soirée.

« S'il y a un problème, je vous le dirai »

À la tribune, le président américain de 74 ans a assuré qu'il était, contrairement à son adversaire de 77 ans, en pleine forme physique. « S'il y a un problème, je vous le dirai », a-t-il lancé, revenant longuement sur une cérémonie à la prestigieuse académie militaire de West Point, au cours de laquelle il avait semblé donner des signes de fatigue.

« Il y a quelque chose qui ne va pas concernant (Joe) Biden, ça je peux vous le dire », a-t-il ajouté. Malgré sa campagne mise en sourdine par le confinement, l'ancien vice-président de Barack Obama a récemment pris le large dans les sondages devant Donald Trump.

« Ralentissez le dépistage »

Devant une salle où peu de ses partisans portaient des masques de protection, il a vigoureusement défendu ses décisions face au Covid-19, qu'il a de nouveau qualifié de « virus chinois ». « J'ai sauvé des centaines de milliers de vies, mais personne ne salue jamais notre travail », a-t-il lancé.

Le président de la première puissance mondiale a estimé que les tests étaient « une arme à double tranchant » : « Quand on fait ce volume de dépistage, on trouve plus de gens, on trouve plus de cas ». Et, dans la foulée, il a ajouté sur un ton semble-t-il ironique: « Alors j'ai dit : "Ralentissez le dépistage." »

« Il plaisantait évidemment pour dénoncer la couverture médiatique absurde », a ensuite indiqué à l'AFP un responsable de la Maison Blanche, sous couvert d'anonymat.

Quelques heures avant le début de ce rassemblement, six membres de son équipe de campagne avaient été testés positifs au Covid-19 et placés en quarantaine. Selon l'équipe de campagne Trump, la température de tous les membres du public a été prise à l'entrée et masques et gel désinfectant systématiquement proposés.

Le premier meeting du président républicain depuis le coup d'arrêt de sa campagne sur le terrain, sonné par la pandémie de Covid-19 début mars, a suscité une vive polémique, beaucoup s'inquiétant des conséquences sanitaires d'une telle foule venue de tous les États-Unis. Jusqu'à présent relativement épargné, l'Oklahoma connaît en ce moment une forte poussée des cas détectés.

Un millier de manifestants antiracistes

Entre « Trumpistes » et manifestants antiracisme, les autorités locales avaient dit attendre jusqu'à 100 000 personnes à Tulsa, dans cet État conservateur du Sud des États-Unis tout acquis à sa cause. Criant des slogans contre Donald Trump et le racisme, quelque 1 000 manifestants ont défilé vers la salle du meeting.

Autre sujet majeur de controverse, le choix de Donald Trump d'organiser son grand retour autour des commémorations de la fin de l'esclavage, et dans une ville encore marquée par un des pires massacres raciaux de l'histoire américaine, le meurtre de quelque 300 Afro-Américains par une foule blanche, en 1921. Une « vraie gifle », selon le responsable local du mouvement « Black Lives Matter », qui organisait un petit rassemblement en amont du meeting dans un parc de la ville.

En plein mouvement historique de colère contre le racisme et les violences policières, Donald Trump avait initialement choisi d'organiser son meeting le 19 juin ou « Juneteenth », date commémorant l'émancipation des derniers esclaves aux Etats-Unis. Devant le scandale, il l'avait reporté au lendemain.

(Avec AFP)

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