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Séparés par le Covid-19 et la prison, l’amour contrarié d’un couple franco-américain

Une cellule du couloir de la mort dans la prison de Walls Unit à Huntsville, Texas ( Photo d'illustration).
Une cellule du couloir de la mort dans la prison de Walls Unit à Huntsville, Texas ( Photo d'illustration). David J Sams

Elle vit à Treilles, dans le sud de la France. Lui, à Raiford, aux États-Unis, entre les quatre murs d’une cellule de la prison d’État de Floride. Claudine, 29 ans, et Ronald, 52 ans forment un couple atypique que la crise du coronavirus et les restrictions de voyage éloignent encore un peu plus. Sans entamer leur détermination à conduire projets personnels et combats pour l’amélioration du système carcéral américain.

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« Un choc violent ». Quand elle apprend, le 14 mars dernier, la veille de son 3e voyage pour la Floride, la fermeture des frontières américaines, Claudine n’en dort pas de la nuit.

Elle sait qu’elle ne pourra pas rejoindre son fiancé, Donald, qu’elle ne voit et n’entend qu’à de rares occasions. Et pour cause : depuis 30 ans, cet Américain condamné à la peine capitale pour un meurtre qu’il conteste, passe ses journées dans le « couloir de la mort » d’une prison floridienne.

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Ce qu’elle ignore, alors, c’est que la situation s’éterniserait à ce point : « Au début, je ne prenais pas ça au sérieux, je me disais que ce serait l’affaire d’un mois », reconnait la jeune femme, depuis suspendue, comme de nombreux couples binationaux, aux décisions gouvernementales sur les restrictions de voyage, mais aussi à celles des autorités carcérales sur les visites. Seront-elles de nouveau possibles après l’ouverture des frontières, et si oui, pour qui ? Autant de questions sans réponses pour l’instant.

Une angoisse permanente

« Je vois ça comme des verrous qui doivent se débloquer les uns après les autres, mais le plus dur, c’est de ne pas avoir de visibilité, explique Claudine. Je pleure plusieurs fois par semaine, je vis dans une angoisse permanente, angoisse de le savoir loin, seul, dans un environnement propice à une contamination au virus. Je sens aussi que la situation l’affecte beaucoup. Même s’il évite de trop m’en dire, je sais qu’il a repris ses antidépresseurs et qu’il a arrêté de faire du sport. »

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C'est qu’en l’absence de visites, les possibilités de communication avec l’extérieur sont assez rares pour les prisonniers comme Ronald : un appel de quinze minutes tous les quinze jours, quelques accès quotidiens à une messagerie mail. C’est tout et c’est trop peu pour un couple qui se bat pour l’amélioration des conditions carcérales dans les prisons américaines, et en particulier dans le «  couloir de la mort ». Quelques semaines après leur rencontre, Claudine et son fiancé ont lancé l’association French Coalition Against The Death Penalty.

« Nous travaillons avec des sénateurs, notamment, et nous avons par exemple obtenu de multiplier par deux la fréquence des appels téléphoniques, d’une fois par mois, à deux maintenant, poursuit Claudine. Maintenant nous espérons obtenir l’autorisation d’échanger des messages vidéos. Nos combats vont de l’amélioration du quotidien aux causes plus générales, notamment contre l’excès d’autorité ou le racisme dans les prisons. »

Projet de mariage

Cette activité militante occupe la moitié des journées de Claudine, exploitante agricole et mère de 4 enfants nés d’une précédente union. Avec Ronald, qu’elle a d’abord connu via des échanges de lettres par l’entremise d’une association, la Française s’est aussi construit une nouvelle vie, acceptée par leurs familles respectives. Les deux fiancés auraient d’ailleurs dû se marier cet été, un an et demi après leurs premières correspondances et onze mois après leur première rencontre physique, à la prison de Raiford.

Claudine et son compagnon, Ronald, détenu dans les couloirs de la mort en Floride.
Claudine et son compagnon, Ronald, détenu dans les couloirs de la mort en Floride. Archives personnelles / Verplanken-Clark

Le manque, l’absence et le statut de condamné à mort de Ronald n’ont rien changé au projet : « Je sais que tout peut s’arrêter très vite, admet Claudine, mais j’essaye de voir le côté positif de cette situation : notre relation a tenu dans ces conditions, sans pouvoir se voir, sans presque pouvoir se parler. Ça montre la force de nos sentiments et ça nous conforte à 100 % dans notre choix de vie », poursuit la jeune femme, qui ne s’attend pas à voir son fiancé avant la fin de l’année, au mieux.

Comme elle, de nombreux couples dans le monde demandent une exception aux restrictions de voyage pour les couples non-mariés, exception déjà pratiquée au Danemark, notamment.

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