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Interview

Présidentielle américaine: «À bien des titres, Kamala Harris est un choix historique»

Kamala Harris, sénatrice de Californie.
Kamala Harris, sénatrice de Californie. AFP/Cliff Hawkins
13 mn

Fin du suspense dans le camp démocrate. Joe Biden a annoncé mardi qu’il avait désigné la sénatrice de Californie, Kamala Harris, comme candidate à la vice-présidence. Un choix historique puisque c'est la première fois qu'une femme de couleur est désignée sur un ticket présidentiel, explique Célia Belin, chercheure invitée au Brookings Institution et auteure du livre Des démocrates en Amérique, l'heure des choix face à Donald Trump.

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RFI: Kamala Harris est avant tout un choix historique ? 

Célia Belin: Oui, Kamala Harris, c’est avant tout un choix historique. C’est seulement la troisième femme qui a été choisie pour être colistière sur un ticket présidentiel, et peut-être qu'elle deviendra la première femme vice-présidente de l’histoire des États-Unis. C’est aussi la première femme noire américaine et la première femme d’origine asiatique, puisque sa mère est une immigrée indienne et son père jamaïcain. Donc, à bien des titres, Kamala Harris est un choix historique qui marquera l’histoire quel que soit son destin. 

C’est aussi un choix raisonnable, c’est le choix de l’expérience ?

Il y avait beaucoup de noms qui avaient circulé avant le choix de Kamala Harris et certains d’entre eux qui étaient particulièrement enthousiasmants. Mais on voit que Joe Biden a fait le choix de l’expérience. En effet, Kamala Harris a été procureure générale de l’État de Californie, a été aussi sénatrice de Californie depuis maintenant six ans. C'est donc quelqu’un qui est de stature nationale et qui est prêt à gouverner au cas où il se passe quelque chose, donc véritablement quelqu’un qui peut se substituer dès le premier jour à Joe Biden. C'est également quelqu’un qui peut co-gouverner avec lui, puisqu'on le sait, il va donner des pouvoirs à sa vice-présidente, qu’il a l’intention de travailler avec elle, un peu à la manière de Barack Obama en 2008 quand il a été son choix de colistier.

Joe Biden l’a dit à plusieurs reprises, il voulait quelqu’un avec qui il s’entendait bien, quelqu’un qui partageait ses options politiques. C’est peut-être pour cela que Joe Biden n’a pas choisi une activiste progressiste comme Elizabeth Warren, mais quelqu’un comme Kamala Harris qui était plus proche de ses idées, plus modérée, peut-être un peu plus lisse, et qui correspondait mieux à ce qu’il voulait faire de sa présidence. 

Pourtant, Donald Trump a réagi à l’annonce de la désignation de Kamala Harris en la taxant de « radicale » et en disant que c’était « l’élue la plus libérale du Congrès »...

Depuis les manifestations antiracistes de Black Lives Matter, Donald Trump a fait le choix de caractériser tous les démocrates comme des radicaux progressistes invétérés, une gauche radicale qui serait dangereuse pour l’Amérique et lui serait le seul rempart de loi et d’ordre face à cette gauche radicale. Donc, il dit de Joe Biden qu’il est la gauche socialiste et radicale, et maintenant, il le dit de Kamala Harris. Cela ne correspond pas à la réalité.

En fait, Joe Biden est plutôt au centre du parti. Il a fait le choix de Kamala Harris qui est elle-même relativement modérée. Elle ne fait pas partie de cette vague progressiste incarnée par Bernie Sanders ou Elizabeth Warren, parce que ses options économistes et sociales sont davantage au centre du Parti démocrate. 

D’ailleurs à la gauche de ce Parti démocrate, et notamment au sein de ce mouvement Black Lives Matter, Kamala Harris, en tout cas jusqu’ici, n’a pas suscité un formidable enthousiasme. Qu’est-ce qu’ils lui reprochent ?

Pendant sa campagne des primaires, elle a été passée au crible par la base activiste de Black Lives Matter et des autres progressistes de la gauche du parti. Ils lui reprochaient son passage en tant que procureure générale de l’État de Californie où elle a un bilan mitigé, notamment sur la réforme de la justice pénale avec bien sûr, des avancées sur les luttes contre les violences policières, mais aussi des hésitations à la fois sur la peine de mort, mais aussi sur le fait de poursuivre les policiers qui sont accusés de violences policières ou de crimes racistes. Donc, pour toutes ces raisons, la base progressiste s’est montrée très critique de Kamala Harris.

Mais il me semble que là, face à Donald Trump, avec une candidature qui est historique de la première femme noire sur un ticket présidentiel, ce seront des arguments suffisamment puissants pour faire oublier en partie ces critiques qui reviendront probablement dès 2021 si Joe Biden et Kamala Harris l’emportent. Mais pour le moment, ces critiques sont oubliées au profit d’une union vraiment nationale et d’une union de l’ensemble de la gauche contre Donald Trump.

Au passage, ces dernières semaines, Kamala Harris s’est vraiment illustrée depuis les manifestations Black Lives Matter dans la lutte contre le lynchage et elle a voulu faire passer des législations au Sénat dans ce sens. Elle s’est illustrée à travers des discours très vigoureux, ce qui renforce son image de femme forte. Elle s’est également mise aux avant-gardes de cette mobilisation antiraciste durant les derniers mois. Donc, Kamala Harris fait oublier peut-être ses hésitations passées qui venaient aussi du fait qu’elle était la première femme noire procureure générale de toute l’histoire des États-Unis, ce qui peut expliquer une partie de ses hésitations à l’époque. Mais aujourd’hui, je pense qu’elle saura porter leur combat en cas de victoire de Joe Biden. 

Elle va apporter à Joe Biden une énergie aussi qui manque un peu à la campagne du candidat démocrate...

On sait que Kamala Harris est très charismatique. Elle est également très drôle, elle a beaucoup de répartie. On imagine très bien Kamala Harris dominant vraiment un débat face à Mike Pence. Elle l’a démontré pendant les débats précédents. Elle est aussi très joyeuse, elle rit très facilement, parfois de ses propres blagues. Elle danse toujours en meeting. C’est une personnalité qui est attachante, elle aime beaucoup cuisiner. Elle met en avant son mari, Douglas Emhoff, qui serait le premier second « gentleman » juif de l’histoire des États-Unis.

Elle met en avant cette multiplicité d’origines ethniques, d’origines religieuses de sa famille très fréquemment. Elle met en scène aussi la joie qu’elle a à faire une campagne politique. Donc, c’est vraiment quelqu’un qui apporte de l’énergie à la candidature de Joe Biden.

À lire: Joe Biden choisit la sénatrice Kamala Harris comme colistière

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