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QAnon, la mouvance conspirationniste qui soutient Donald Trump

Le président américain Donald Trump lors de la convention républicaine à Charlotte, en Caroline du Nord, le 24 août 2020.
Le président américain Donald Trump lors de la convention républicaine à Charlotte, en Caroline du Nord, le 24 août 2020. David T. Foster/Reuters

QAnon est un mouvement complotiste de l’extrême droite américaine. En cette période de campagne électorale pour la présidence, on y retrouve les plus fervents sympathisants de Donald Trump. QAnon s’est frayé un chemin des réseaux anonymes sur la Toile à la réalité politique américaine.

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« Je ne sais pas grand chose sur ce mouvement, mis à part le fait qu’ils m’aiment », expliquait Donald Trump le 19 août lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, alors qu’il était interrogé sur le mouvement QAnon. « Ils affirment que vous êtes en train de sauver le monde d’un réseau de personnes sataniques et pédophiles », a affirmé une journaliste. « Je n’ai pas entendu cela », a répondu le président américain, avant d’ajouter : « Mais si je peux aider à sauver le monde de certains problèmes, je suis disposé à le faire. »

Une théorie complotiste

QAnon est d'abord une théorie complotiste. Ses partisans croient qu’une cabale satanique et pédophile contrôle secrètement le gouvernement américain et l’ensemble du pays. Ce réseau maléfique serait constitué de personnalités du Parti démocrate, comme Hillary Clinton ou encore Barack Obama, mais aussi de stars du show-biz et d’influents d’hommes d’affaires. Et, selon la croyance des QAnon, Donald Trump livre une guerre clandestine pour libérer les États-Unis de ce groupe funeste. Ce serait même l’objectif principal de son arrivée à la Maison Blanche.

Q, un internaute anonyme

Derrière cette théorie du complot se cache un internaute anonyme. Son pseudonyme est la lettre Q, et il prétend être un fonctionnaire américain. Depuis octobre 2017, Q poste sur des forums anonymes des messages énigmatiques qui divulgueraient des informations classifiées sur cette guerre secrète menée par Donald Trump. Depuis bientôt trois ans, Q prévoit les arrestations imminentes et simultanées de milliers de membres du supposé réseau satanique, transférés ensuite à la base militaire américaine de Guantanamo à Cuba pour y être jugés et condamnés à mort. Bien entendu, rien de tout cela n’est arrivé.

Une électrice de Donald Trump portant un signe QAnon lors d'une allocution du président américain en Pennsylvanie, le 2 août 2018.
Une électrice de Donald Trump portant un signe QAnon lors d'une allocution du président américain en Pennsylvanie, le 2 août 2018. Leah Millis/Reuters

Des adeptes de plus en plus nombreux

Même si aucun fait ne vient corroborer le moindre détail de cette théorie du complot, elle trouve de plus en plus d’adeptes. Beaucoup de chercheurs américains se penchent depuis plusieurs mois sur les raisons qui pourraient expliquer ce qui devient un véritable phénomène.

Les spécialistes évoquent d’abord la façon qu’a Q de formuler ses messages. Ceux-ci sont souvent rédigés sous forme de questions : « Quel politicien fait la Une ces jours-ci ? Pourquoi ? Et en quoi est-il lié à la personnalité politique qui était au centre de l’attention médiatique la semaine dernière ? » Ces interrogations vagues amènent les partisans de QAnon à entrer eux-mêmes en action. Pendant des heures, ils vont passer la Toile au peigne fin en quête d’indices qui pourraient répondre aux questions de Q.

Ainsi, chaque membre de la communauté des QAnon produit lui-même toutes sortes de théories conspirationnistes, alimentant une sorte de grand récit collectif exclusivement réservé aux « initiés ». Les adeptes de QAnon croient aussi recevoir des messages codés du président lui-même. Comme quand Donald Trump prononce le chiffre 17 dans l’un de ses discours, la lettre Q étant la 17ème lettre de l’alphabet.

Avec le temps, QAnon est devenu un mouvement dans lequel on retrouve toutes sortes de théories de complot : des attentats du 11 septembre 2001 en passant par l’assassinat du président John Fitzgerald Kennedy, jusqu’à l’épidémie de Covid-19, ou encore récemment sur les manifestations contre les violences policières. À une époque où la méfiance vis-à-vis des classes politiques traditionnelles gagne du terrain, ses partisans ne se situent plus seulement aux États-Unis mais dans le monde entier, y compris en France. QAnon permet à un nombre grandissant de personnes d’avoir l’impression – et l’impression seulement – de pouvoir expliquer un monde qui échappe à leur compréhension.

Le grand saut : de la Toile à la vie politique américaine

Si cela fait plusieurs années que les médias américains publient régulièrement des enquêtes sur QAnon, cette mouvance attire de plus en plus l’attention, parce que ses adeptes sont de plus en plus visibles. Depuis le début de la campagne pour la réélection de Donald Trump, ils s’affichent, notamment durant les meetings du président : la lettre Q est partout, imprimée sur des t-shirts et des drapeaux. Mais ce n’est pas tout. Selon l’ONG Media Matters for America, spécialisée dans la vérification des informations publiées par les médias conservateurs américains, plus de 60 candidats républicains qui se présenteront aux élections au Congrès en novembre prochain ont soutenu ou propagé des contenus de QAnon.

Le 4 juillet dernier, jour de la fête nationale américaine, Michael Flynn, l’ex-conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, a publié sur Twitter une vidéo dans laquelle il déclame, entouré de plusieurs personnes, la devise du mouvement : « Où l’un d’entre nous va, nous y allons tous. »

Mais il y a aussi des nouveaux venus dans l’arène politique, comme Marjorie Taylor Greene, qui a remporté le 11 août les primaires du Parti républicain dans le très conservateur 14ème district de l’État de Géorgie. Marjorie Taylor Greene soutient ouvertement QAnon et partage régulièrement les contenus de cette mouvance. Elle est presque assurée de siéger à Washington après la prochaine élection à la Chambre des représentants. Donald Trump l’a chaleureusement félicitée sur Twitter pour sa victoire lors des primaires.

QAnon : une potentielle menace de terrorisme intérieur selon le FBI

Il y a un an, le FBI a qualifié QAnon de « potentielle menace de terrorisme intérieur ». Plusieurs actes de violences ont déjà été commis en référence à ce mouvement. Ces dernières semaines, Twitter a fermé 7 000 comptes liés à la mouvance. Après quelques hésitations, Facebook a finalement pris des mesures similaires : 800 groupes, 100 pages et 1 500 publicités directement liés à QAnon ont été supprimés.

Aujourd’hui, les adeptes de QAnon forment certainement le groupe de sympathisants le plus ardent de Donald Trump. Il faut dire que le candidat a tout pour leur plaire. Jamais un président n’a divulgué autant de fausses informations. Jamais un président des États-Unis n’a autant remis en question les institutions de son pays. Avec ses critiques acerbes contre les services de renseignements, ses charges verbales répétées contre le nébuleux « deep state » (« l’état profond » dans lequel une hiérarchie parallèle détiendrait le véritable pouvoir) et plus récemment avec ses mises en garde contre la menace d’une fraude électorale de grande envergure - organisée par les démocrates qui tenteraient de lui voler sa réélection grâce à vote généralisé par correspondance - Donald Trump est devenu le champion des conspirationnistes les plus radicaux, de tout un monde irréel et fictif qui ne repose sur aucune preuve tangible.

Alors que le président est à la traîne dans les sondages, son équipe de campagne prend les devants : plusieurs journaux américains ont constaté que les spots électoraux que sa campagne a diffusés ces derniers jours, à la télévision, dans plusieurs États-clés, comportaient des éléments de l’iconographie de QAnon.

Le 24 août, l’éditorialiste du New York Times, Paul Krugman, résumait la situation ainsi : « QAnon est la dernière et la meilleure chance de Donald Trump. Son seul espoir pour se faire réélire, c'est la peur elle-même. »

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