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Pérou: le Parlement lance une procédure de destitution contre le président Martin Vizcarra

Le président péruvien lors de son intervention télévisée du 10 septembre 2020 à propos de la crise politique.
Le président péruvien lors de son intervention télévisée du 10 septembre 2020 à propos de la crise politique. Carla PATINO / Peruvian Presidency / AFP
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Le Parlement péruvien a voté vendredi 11 septembre le déclenchement d'une procédure de destitution contre le président Martin Vizcarra, après la diffusion de documents le compromettant dans une affaire de corruption.

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Avec notre correspondante à Lima, Wyloën Munhoz-Boillot 

La motion, présentée par plusieurs partis, devait obtenir au moins 52 votes pour être adoptée et enclencher la procédure formelle de destitution qui doit être votée sous quatre jours. Sur les 130 membres, dont tous n'étaient pas physiquement présents ou ne participaient pas au vote, 65 parlementaires se sont prononcés en faveur du déclenchement de la procédure, 36 contre et 24 se sont abstenus.

La destitution sera débattue vendredi prochain lors d’une nouvelle session plénière au Parlement. Lors du vote formel, 87 voix seront nécessaires pour destituer le chef de l'État, qui n'a pas de majorité. Martin Vizcarra, au pouvoir depuis mars 2018, aura auparavant l'occasion de se défendre devant le Parlement. En cas de destitution, le président du Parlement assurera l'intérim jusqu'à la fin de l'actuelle mandature, le 28 juillet 2021.

« C'est irresponsable ! »

Martin Vizcarra avait pris les rênes du pays après la démission de son prédécesseur, Pedro Pablo Kuczynski, dont il était le vice-président. Il s'est retrouvé par surprise sur la sellette. En cause, la diffusion ce jeudi 10 septembre devant les parlementaires d'un enregistrement audio dans lequel il est présenté en train de manipuler des témoins en leur demandant de cacher la vérité, dans une enquête portant sur une affaire de corruption.

Cette affaire concerne l'embauche d'un chanteur par le ministère de la Culture, la justice soupçonnant l'artiste, de faible notoriété, d'avoir bénéficié d'un contrat de complaisance. Pour le parlementaire Roberto Chavarria, du parti de droite Union pour le Pérou, le président est coupable : « Nous voulons la destitution du président Vizcarra, car les enregistrements démontrent qu’il a menti au pays et conspiré contre la justice ».

D’autres parlementaires, à l’image de Mirtha Vasquez du parti de gauche Frente Amplio, ont voté contre l’examen de la motion de censure en invoquant l’enquête en cours sur les enregistrements audio incriminant le chef de l’État : « Comment est-ce possible qu’avant la fin de l’enquête, des preuves comme les enregistrements soient diffusés sans qu’on ait vérifié leur véracité ? C’est irresponsable. »

« Je ne vais pas démissionner, je ne vais pas m'enfuir »

Le président Vizcarra, qui visitait un laboratoire où 6 000 Péruviens sont volontaires pour tester un vaccin anti-Covid-19, avait demandé aux parlementaires « d'analyser la situation avec prudence, avec responsabilité, et de prendre la décision qu'ils jugent appropriée ».

Jeudi, après la diffusion des enregistrements dans l'hémicycle, le chef de l'État s'était montré plus incisif lors d'une allocution télévisée. « Je ne vais pas démissionner, je ne vais pas m'enfuir  », avait-il lancé, s'estimant victime d'un « complot contre la démocratie ». Cette crise politique survient au moment où l'exécutif et le Parlement s'opposent sur une réforme impulsée par le gouvernement visant à interdire aux personnes ayant été condamnées de se présenter aux élections.

Le Pérou est l’un des pays les plus touchés par la pandémie de Covid-19. Il a connu une forte instabilité politique au cours des dernières années. Martin Vizcarra a jusque-là gagné le soutien populaire par son intransigeance à l'égard du Parlement, à l'inverse de ses prédécesseurs, et sa croisade anti-corruption, dans un pays où les quatre derniers présidents ont eu maille à partir avec la justice.

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