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États-Unis: Ruth Bader Ginsburg, la mort d'une icône du droit

La juge de la Cour suprême des États-Unis, Ruth Bader Ginsburg, participant à une discussion organisée par le Georgetown University Law Center à Washington, le 12 septembre 2019.
La juge de la Cour suprême des États-Unis, Ruth Bader Ginsburg, participant à une discussion organisée par le Georgetown University Law Center à Washington, le 12 septembre 2019. REUTERS/Sarah Silbiger
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La célèbre juge de la Cour suprême, championne de la lutte pour les droits des femmes, est morte vendredi 18 septembre à l’âge de 87 ans. En théorie, son décès ouvre la voie à la nomination d’un nouveau haut magistrat par Donald Trump avant l'élection présidentielle, ce qui ancrerait encore plus la plus haute juridiction américaine dans le camp conservateur.

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Ruth Bader Ginsburg n’a jamais eu peur des premières. Née en 1933, cette ado de Brooklyn, fille d’immigrés juifs d‘Odessa, est la première fille de sa famille à entrer à l’université. À 21 ans, elle sort major de sa promotion à Cornell et intègre la première promotion mixte d'Harvard : 9 femmes pour 491 hommes. Passionnée par le droit, elle sort une nouvelle fois major de sa promotion à Columbia. Pourtant, dans les années 1960 à New York, aucun cabinet ne veut embaucher cette brillante avocate. Ruth Bader Ginsburg est une femme dans un milieu encore exclusivement masculin.

Elle a fait évoluer les droits des Américaines

Cette expérience la marquera à vie. Ruth Bader Ginsburg devient spécialiste des droits des femmes et se lance dans des plaidoiries remarquées contre les discriminations sexistes, notamment dans le monde du travail. Six affaires défendues devant la Cour suprême entre 1973 et 1976 : cinq victoires. « Je ne réclame aucune faveur pour les personnes de mon sexe, expliquera-t-elle plus tard. Tout ce que je demande à nos frères, c’est qu’ils veuillent bien retirer leurs pieds de notre nuque ».

Sa marque de fabrique ? Son respect du protocole, sa grande retenue qu’on pourrait prendre au premier abord pour de la sévérité. Après une carrière d’avocate et de juge à la Cour d’appel du District de Columbia, le président Bill Clinton fait d’elle en 1993 la deuxième femme de l'histoire à siéger à la Cour suprême des États-Unis. Ruth Bader Ginsburg en était devenue la doyenne et l’un des derniers piliers progressistes. Au-delà du droit des femmes, elle reste aussi célèbre pour ses combats en faveur des droits des minorités et de l’environnement.

Une figure de la pop culture

Depuis plusieurs années, son état de santé faisait les gros titres. La juge a affronté quatre cancers depuis les années 1990 et avait été hospitalisée à deux reprises cet été. C’est finalement un cancer du pancréas qui l'a emportée. Ruth Bader Ginsburg avait juré de rester à son poste jusqu’au bout et s’astreignait à un entraînement sportif quotidien, notamment une série de pompes.

Cette ténacité et cette carrière hors-norme lui ont valu une idolâtrie à laquelle son poste ne la prédisposait pas. Un blog de fans lui est entièrement dédié. Ses gros colliers et ses boucles d’oreilles se retrouvent sur des mugs, des tee-shirts et des fonds d’écran. Une starification amplifiée par le succès du biopic hollywoodien Une femme d'exception et du documentaire RBG. « J’ai 84 ans et tout le monde veut se faire prendre en photo avec moi ! » s’amusait-elle il y a quelques années. Pour tous les Américains, elle est RBG, voire « Notorious R.B.G », en référence au rappeur « Notorious B.I.G ».

Un troisième juge conservateur nommé par Trump ?

À chaque problème de santé, des milliers d’internautes se précipitaient sur Twitter pour lui souhaiter un prompt rétablissement et lui demander « de tenir bon » jusqu’à la présidentielle du 3 novembre. Ruth Bader Ginsburg était en effet l’une des quatre juges progressistes – sur neuf – que comptait encore la Cour suprême. Son décès donne théoriquement la possibilité au président Donald Trump de nommer un nouveau juge, le troisième depuis le début de son mandat, et d'ancrer un peu plus la plus haute juridiction américaine dans le camp conservateur, pour plusieurs décennies. Les juges de la Cour suprême sont en effet nommés à vie.

Le président a jusqu’ici puisé dans le vivier des juges de la Federalist Society, comme ses prédécesseurs républicains. « Cette puissante organisation, créée par le ministre de la Justice de Ronald Reagan en 1982, a pour but de former de jeunes juristes conservateurs, qui ne basculeront pas, plus tard, dans le camp progressiste », explique Anne Deysine, professeur émérite à l'université de Paris-Nanterre et auteure de La Cour suprême des États-Unis. Droit, politique et démocratie. (Ed. Dalloz). Dans sa pré-sélection de candidats figurent d'ailleurs des juges conservateurs, pour la plupart opposés à l'avortement et favorables au port d'armes.

En août, il avait déclaré qu'il n'hésiterait pas à nommer un juge à la Cour suprême même très près de l'élection. Mais Donald Trump n'a encore rien dévoilé de ses intentions, saluant pour l'heure un « colosse du droit ». Et les démocrates comptent bien faire de la résistance. Joe Biden a d'ores et déjà appelé à ne pas se précipiter pour la remplacer avant l'élection. « Je vais être très clair : c’est aux électeurs de choisir le président. Le président choisit le juge. Et le Sénat valide. Et la présidentielle est seulement dans 46 jours », a-t-il souligné.

Une fois nommé par le chef de l'État, c'est aux sénateurs d'avaliser ce choix. Le chef de la majorité, le républicain Mitch McConnell, s'est dit prêt à organiser un vote pour désigner le successeur de Ruth Bader Ginsburg. Dans ses derniers volontés, dictées quelques jours avant sa mort à sa petite-fille Clara Spera, rapporte la radio NPR, la juge avait indiqué : « Mon vœu le plus cher est de ne pas être remplacée tant qu'un nouveau président n'aura pas prêté serment ». La bataille est lancée.

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