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Affaire Breonna Taylor: à Louisville, deuxième nuit de protestations malgré le couvre-feu

Une deuxième nuit de protestations a eu lieu dans les rues de Louisville, dans le Kentucky, le 24 septembre 2020, pour dénoncer l’absence de suites judiciaires contre les policiers mis en cause dans la mort de Breonna Taylor.
Une deuxième nuit de protestations a eu lieu dans les rues de Louisville, dans le Kentucky, le 24 septembre 2020, pour dénoncer l’absence de suites judiciaires contre les policiers mis en cause dans la mort de Breonna Taylor. AP Photo/John Minchillo
Texte par : RFI Suivre
9 mn

Après l’interpellation de 127 personnes suite aux incidents qui ont opposé manifestants et policiers à Louisville, ce mercredi 23 septembre, la cité avait ce jeudi des allures de ville fantôme alors que certains quartiers demeuraient difficiles d'accès, sous le contrôle des forces de l'ordre. Le soir, une centaine de manifestants se sont rassemblés dans le centre-ville malgré la prolongation jusqu’au week-end d’un couvre-feu. Ils continuent de dénoncer l'absence de suites judiciaires contre les policiers mis en cause dans la mort de Breonna Taylor. Les manifestants ont pu échapper aux forces de l'ordre en se réfugiant dans une église.

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Une deuxième nuit de protestations à eu lieu à Louisville après l’annonce par la justice américaine de ne pas inculper les policiers impliqués dans la mort de Breonna Taylor. Cette jeune femme de 26 ans décédée le 13 mars dernier, quand trois agents ont fait irruption chez elle en enfonçant la porte de son domicile en pleine nuit. Armé, le compagnon de la victime, croyant à une intrusion criminelle, avait ouvert le feu. Un seul membre du trio policier a finalement été poursuivi, pour mise en danger de la vie d'autrui, en raison de ses tirs qui ont traversé l'appartement des voisins de Breonna Taylor. Aucun chef d'inculpation n'a été retenu contre ses deux collègues, pourtant les auteurs des tirs qui ont tué l'Afro-Américaine.

À lire: Affaire Breonna Taylor: état d'urgence décrété à Louisville dans le Kentucky

Contraste apparent avec le rassemblement de la veille lors duquel deux policiers ont été blessés par balle, jeudi soir le noyau dur de la contestation, cette fois pacifique, s'est rué, une fois le couvre-feu tombé, à la First Unitarian Church. L'édifice religieux de cette ville du Kentucky a immédiatement ouvert ses portes aux manifestants antiracistes, dont les responsables ont dit soutenir la cause.

Sur le parking de l'église, des groupes équipés de talkies-walkies s'activent aussitôt à décharger des cartons de provisions en tous genres. Quelques marches plus haut, ceux inquiétés par les forces de l'ordre lors des récents rassemblements se voient proposer une assistance juridique.

Au milieu de ce décor impromptu, un des leaders de la contestation ose même le parallèle avec le mouvement des droits civiques des années 1960, qui avait été alimenté par de nombreuses figures pastorales, dont Martin Luther King.

Les manifestants piégés dans l'enceinte de l'église

Dans le jardin qui entoure l'édifice de pierre aux grandes parois de verre, les rumeurs vont bon train et les manifestants pestent. Ils auraient préféré crier leur colère sur le Jefferson Square, sur lequel ils se rassemblent depuis des mois pour réclamer justice envers la jeune travailleuse hospitalière tuée à son domicile par la police. « Nous nous sommes retrouvés piégés ici », confie à l'AFP Grace Pennix, une jeune femme noire de 19 ans.

Autour, la place est quadrillée par des rangées de policiers, dont les hélicoptères survolent la zone. Quelques manifestants sont assis à leurs côtés, menottés. La situation semble exacerber la défiance déjà installée des contestataires à l'égard des forces de l'ordre, dont ils disent subir trop souvent le racisme.

À la First Unitarian Church, le frère Tim, un religieux de 63 ans, béret noir vissé sur la tête, dit avoir « honte » d'être témoin de la violence de la police à l'encontre des Afro-Américains. Le religieux confie avoir été arrêté il y a 20 ans lors de manifestations similaires dénonçant la mort de James Taylor, un homme tué par balle par la police alors qu'il était menotté dans son propre appartement.

« Nous voilà 20 ans plus tard à devoir faire la même chose, soupire-t-il. C'est tellement frustrant. »

Black Lives Matter, un mouvement pacifique

Les violences qui se sont déroulées dans cette petite ville du Kentucky ne doivent pas occulter le pacifisme du mouvement Black Lives Matter. « Dans la grande tradition du mouvement des droits civiques de Martin Luther King, la majeure partie des manifestations se sont déroulées de manière pacifique et non violente. En dépit de la décision de justice tout à fait effroyable, il n’y eu a qu’un débordement à Louisville » souligne Tristan Cabello, maître de conférences en civilisation américaine à la Johns Hopkins University à Washington et spécialiste de l’histoire afro-américaine, au micro de notre correspondante à Washington, Anne Corpet.

« Dans un pays où les armes sont quasiment en libre-service, poursuit-il, il y aura toujours deux-trois marginaux dans les manifestations qui peuvent se mobiliser de manière violente contre des policiers. Ce qu'il est important de souligner ici, c’est que les manifestations se sont vraiment déroulées de manière pacifique et que la violence en juin et juillet était davantage du côté des policiers, qu’elle ne l’était du côté des manifestants. »

Pour le maître de conférences, tout cela brouille le message. Mais « cela ne veut pas dire que sur le long terme, ce mouvement n’aura pas de conséquences tout à fait positives, institutionnellement, pour la société américaine ». 

Trump a tout à gagner, à placer le débat des élections présidentielles sur le thème de la sécurité et sur le thème des tensions raciales. C’est ce que son électorat désire et en plus cela lui permet de revêtir l’habit de la loi et de l’ordre.

Tristan Cabarello maître de conférences en civilisation américaine à Johns Hopkins University à Washington et spécialiste de l’histoire afro-américaine

À écouter: États-Unis: «La question raciale crée un clivage dans le camp démocrate»

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