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À l’ONU, le lobbying des États-Unis contre les droits progressistes

Le secrétaire américain Mike Pompeo a invité les diplomates du monde entier à redire leur soutien à la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, l’occasion de présenter le comité pour les droits inaliénables qu’il a créé en 2019.
Le secrétaire américain Mike Pompeo a invité les diplomates du monde entier à redire leur soutien à la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, l’occasion de présenter le comité pour les droits inaliénables qu’il a créé en 2019. REUTERS/Yuri Gripas
4 mn

Cette semaine à l’ONU, l’Assemblée Générale est virtuelle et pourtant, les pays se retrouvent tout de même pour des événements en marge de la grande messe, pour discuter de dossiers en particulier. Le secrétaire américain Mike Pompeo a invité les diplomates du monde entier à redire leur soutien à la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Or, sous des dehors très innocents, il semble qu’il ait voulu les faire se rallier à sa croisade conservatrice, presqu’à l’insu de leur plein gré.

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De notre corrrespondante à New York,

Il faut imaginer la réaction des diplomates. On les invite à réitérer leur allégeance à la Déclaration des droits de l’homme, ce qui paraît plein de bonnes intentions et puis très vite, Mike Pompeo leur présente le comité pour les droits inaliénables qu’il a créé l’an dernier. Un comité qui, si l’on en croit les ONG qui le surveillent comme du lait sur le feu, place la liberté de religion au cœur de tout, et c’est aussi un véhicule soupçonné de faire reculer les droits des femmes ou des homosexuels. Le secrétaire d’État américain est réputé pour être un chrétien fervent, sa croisade pour des valeurs plus conservatrices ne fait pas de doute.

Or, en replaçant la déclaration datant de 1948 au cœur des attentions, c’est un peu comme nier tout texte législatif sur les libertés qui aurait été promulgué après. Donc admettre que tous les droits acquis depuis cette date, les droits de l’enfant, les droits des communautés LGBT, ne sont pas importants.

Les diplomates européens ne se sont pas laissés avoir. Ils avaient flairé le piège et n’ont pas envoyé d’ambassadeurs. Seuls la Pologne, la Hongrie et la Roumanie ont affirmé leur soutien à Mike Pompeo. Le reste des Européens a lancé une campagne Twitter coordonnée au moment de l’événement pour promouvoir tous les droits pour tous.

Le visage conservateur des Américains à l'ONU

Ce n’est pas la première fois que les États-Unis montrent un visage très conservateur à l’ONU, depuis la mise en place de cette administration Trump. Cela fait plus de trois ans que les diplomates américains à l’ONU sont partis à l’assaut des mentions sur les droits sexuels et reproductifs, sur ordre de Washington bien sûr.

Il y a Mike Pompeo, mais aussi la mouvance chrétienne ultra-conservatrice de Mike Pence, le vice-président. Cela s’est joué il y a deux ans en assemblée générale, pour la première résolution portant sur le harcèlement sexuel. Pourtant, on était un an seulement après le lancement du mouvement #MeToo. Au final, les Américains ont perdu la négociation, et l’Arabie saoudite était de leur côté.

Puis à l’automne dernier, ils ont tenté de retoquer toutes les résolutions proposées à la commission des droits de l’homme de l’ONU évoquant ces termes, ces « langages ». Ils n’ont jamais réussi à emporter un vote, et se sont retrouvés très isolés. Pour l’instant, les autres pays du monde ne les suivent pas.

Le désaccord sur la santé et les droits sexuels et reproductifs

Les États-Unis n’ont pas hésité à tordre le bras à un pays allié jusqu’ici sur les questions de droits de l’homme : l’Allemagne. Alors qu’elle présidait le Conseil, l’Allemagne a présenté une résolution phare sur la santé et les droits sexuels et reproductifs des victimes de violences sexuelles dans les conflits - les SDSR, comme on les appelle à l’ONU. Ces droits recouvrent des notions très larges de médecine auxquelles peut prétendre une victime de viol et ils comprennent l’avortement, même si celui-ci n’est pas nommé en toutes lettres.

C’est là que Washington a bloqué, menaçant même d’y opposer son veto si le texte était présenté tel quel. Les Allemands ont été obligés d’éliminer la mention des SDSR. Même s’ils ont trouvé une astuce diplomatique pour y faire référence, ce qu’on retiendra, c’est le recul que montrent les États-Unis en la matière, eux qui étaient pourtant leaders en droits progressistes jusqu’ici.

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