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Carnet de route

États-Unis: dans la «ceinture de rouille», Trump et le boom du gaz

«Un vote pour Trump est un vote pour le charbon!», peut-on lire sur ce très grand panneau de soutien dans les environs de Waynesburg, en Pennsylvanie.
«Un vote pour Trump est un vote pour le charbon!», peut-on lire sur ce très grand panneau de soutien dans les environs de Waynesburg, en Pennsylvanie. RFI/Carlotta Mortéo

En Pennsylvanie, dans les comtés marqués par le déclin de l’industrie du charbon, Donald Trump avait fait un « tabac » en 2016. C’est même grâce à ces électeurs catalogués « classes populaires blanches » qu’il avait fait basculer un État historiquement démocrate. Aujourd’hui, les mines n’ont pas rouvert, mais c’est une autre énergie qui relance l’économie locale : le gaz de schiste. 

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De notre envoyée spéciale,

Le ballet des camions-citernes est incessant. « L’industrie du gaz va sauver ce comté ! », s’exclame Chuck, grand gaillard venu chercher des banderoles de soutien à Donald Trump. Le local du parti républicain de la petite bourgade de Waynesburg est situé dans la rue principale, à deux pas de la mairie, de la cour de justice, de la poste… et à seulement 500 mètres de la mine Emerald, ouverte en 1977 et fermée en 2015. Une présence fantomatique, dont il reste les grues qui servaient à charger le charbon sur les trains.

« Il y a 30 ans, il y avait plein de boutiques en centre-ville. Et puis l’industrie du charbon s’est écroulée, les gens sont partis, les commerces aussi… et tout le monde nous a oublié. Tout le monde a oublié que c’est sur le dos des mineurs que la richesse de ce pays a été créée ! Le charbon c’est l’énergie, c’est l’acier, c’est la révolution industrielle. Sans quoi Pittsburgh, New York, Chicago ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui », aime-t-il rappeler. On sent chez lui un peu de rancoeur et de nostalgie.

Son père, son grand-père, son arrière-grand-père étaient mineurs. C’est grâce à cet emploi difficile que ses ancêtres slovaques et irlandais sont sortis de la misère. Et c’est grâce à la pression des syndicats que les salaires ont fini par devenir « très bons ». « On a toujours voté pour les démocrates dans la famille. C’était le parti des travailleurs soi-disant, mais ça ne l’est plus. »

La bascule de 2016

Tout bascule en 2016. Hilary Clinton déclare qu’elle va mettre « les mineurs au chômage » en fermant les usines si elle est élue. En face, Donald Trump promet de relancer la filière en se débarrassant des régulations environnementales qui pèsent sur les entreprises d’énergies fossiles. Le choix de Chuck est vite fait. Et semble-t-il celui des 35 000 mineurs qui ont perdu leur emploi ces dix dernières années dans la région montagneuse des Appalaches, située à cheval entre la Pennsylvanie, l’Ohio, le Kentucky et la Virginie-Occidentale.

Que s’est-il passé depuis ? Les mines n’ont pas rouvert. La faute au marché international et aux coûts trop élevés par rapport au gaz, justement. Dans son costume en tweed, rasé de près, courtois, Mike Belding, a tous les atours d’un conservateur « classique ». Aux dernières élections de mi-mandat en 2018, les républicains ont obtenu la majorité dans le comté de Greene, et ainsi mis fin à 40 ans de gouvernance démocrate. Quoi qu’en dise Donald Trump, il est pragmatique : « C’est trop tard et trop cher pour relancer des usines de charbon à l’arrêt. Les démocrates ont perdu du temps, et n’ont pas pensé à diversifier l’économie. Le gaz naturel est notre deuxième chance. »

Même si l’industrie du gaz n’a pas besoin d’autant de main-d’oeuvre et fait venir ses travailleurs qualifiés de l’Oklahoma ou du Texas, « l’argent percole », estime Mr Belding. « C’est taxé, donc c’est aussi une source de revenus pour les communes, l’État, et l’État fédéral ! », souligne-t-il.

Vendre ou louer ses droits miniers

Un peu partout dans le comté, des petits panneaux accrochés le long des routes invitent les habitants à vendre, ou plutôt à louer leurs droits miniers aux compagnies de gaz. C’est ce qu’a fait sans se poser trop de questions M. McCullum, 90 ans au compteur, fringant mécanicien à la retraite et ancien vétéran du Vietnam. Il nous accueille dans sa petite maison isolée, le long d’une route peu empruntée, entourée de forêt. Il en possède 35 hectares.

Contrairement à la France, le sous-sol n’appartient pas à l’État, mais aux particuliers. « Avant, les forages étaient peu profonds, et on n’y trouve plus grand-chose. Maintenant, ils ont la technologie pour forer très profondément, à plus de 2 000 mètres sous terre, dans le gisement Marcellus. C’est la deuxième plus grande réserve du monde ! »

Il aurait touché un peu plus de 100 000 dollars pour la location de sa parcelle pendant cinq ans. Si l’entreprise de gaz décide de l’exploiter, elle lui versera en redevances quelque 10 000 dollars par mois. « Et encore, ce n’est rien ! Moi j’ai un petit terrain, mais je connais des agriculteurs qui ont eu la vie dure depuis plusieurs générations, et qui grâce à leur terre, touchent maintenant des sommes astronomiques. » Lui s’estime heureux d’avoir pu payer grâce à l’argent du gaz, le salaire d’une aide à domicile pour accompagner sa femme dans la maladie.

« Les gens dans les villes sont contre le gaz de schiste, commente-t-il. Et les démocrates qui les gouvernent ont banni la fracturation hydraulique, à New York par exemple. Mais avec quoi font-ils tourner leurs centrales électriques ? Avec quoi se chauffent-ils ? Avec notre gaz ! Foré dans nos jardins ! Soit ils sont hypocrites, soit idiots : c’est insensé de se priver de cette énergie abondante, qui nous rend indépendants des pays étrangers. »

Influencé par les discours de Donald Trump qui ne cesse de le répéter, M. McCullum est persuadé, à tort, que Joe Biden est contre l’exploitation des gaz de schiste. Mais la vérité importe peu. Ici, les démocrates semblent avoir irrémédiablement déçu.

À lire aussi : États-Unis: Scranton, ville de naissance de Biden, résistera-t-elle encore à Trump?

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