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Entretien

États-Unis: «Le chef d’état-major a voulu dire que jamais l’armée ne serait politique»

Donald Trump aux côtés de son chef d’État-major Mark Milley le 1er avril 2020.
Donald Trump aux côtés de son chef d’État-major Mark Milley le 1er avril 2020. AP Photo/Alex Brandon
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Sur les ondes de la radio publique NPR, le chef d'état-major de l'armée américaine Mark Milley a déclaré qu'il n'était pas question que celle-ci intervienne dans les affaires électorales. Entretien avec Corentin Sellin, historien et spécialiste des États-Unis.

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À 20 jours de la présidentielle américaine, la campagne bat son plein et un lot de rumeurs agite Washington. Des bruits de couloir racontent que Donald Trump sortant serait prêt à s'accrocher au pouvoir en cas de défaite et se refuserait à une transition pacifique. Hypothèse invérifiable mais suffisamment crédible pour que, dans une déclaration peu fréquente, l’armée se sente obligée de clarifier son rôle et de réaffirmer son caractère apolitique.

RFI : Pourquoi l’armée sort-elle de sa réserve et jure-t-elle qu’elle ne prendra parti pour aucun des deux candidats à la présidentielle ?

Corentin Sellin : Tout remonte à l’incident de Lafayette Square durant l’été, quand Donald Trump a voulu faire une sortie alors qu’il était confronté à des manifestations au lendemain de la mort de George Floyd. Ce jour-là, des forces militarisées – même si ce n’étaient forcément des forces militaires active – ont dégagé de manière assez brutale le chemin de Donald Trump, pour qu’il puisse se rendre à l’église située à quelques dizaines de mètres de la Maison Blanche. Ces images avaient beaucoup choqué, d’autant qu’il était accompagné de certains chefs de l’armée américaine en uniforme. On y avait vu la possibilité, pour le président, d’instrumentaliser les forcées armées.

Dès ce moment-là, il y a eu une remise en ordre de la part de la hiérarchie militaire, en particulier du chef d’état-major, Mark Milley, qui a voulu dire que jamais l’armée ne serait politique, qu’elle restait une institution neutre, et que, bien évidemment, elle ne se mêlerait jamais d’un conflit électoral. C’était rendu nécessaire par cette scène qui a beaucoup marqué les États-Unis au mois de juin.

Que l’armée souhaite réaffirmer sa neutralité maintenant, à 20 jours du scrutin, ce n’est pas le signe qu’elle craint surtout d’être mise en position d’arbitre à l’issue de la présidentielle ?

C’est forcément lié, mais les grands chefs militaires veillent à rappeler que, dans le climat de tension actuel, en cas de troubles post-électoraux, ils ne peuvent en aucun cas être utilisés pour des opérations de maintien de l’ordre. C’est le rôle des polices locales, celles des États et des municipalités. Les opérations de vote sont organisées dans 50 Etats, selon des modalités à chaque fois différentes, et les premières responsables du maintien de l’ordre dans ce cadre sont les autorités locales.

Certes, en cas de problème majeur, il reviendrait peut-être à la police fédérale, supervisée par le ministère de la Justice, d’intervenir. Mais l’intervention de cette police fédérale supposerait, a minima, des troubles dans l’ensemble du territoire. On sait qu’une cellule de veille a été créée au sein du ministère de la Justice, ce qui semble trahir une anxiété quant à d’éventuelles échauffourées, mais la première réponse sera toujours du ressort de la ville ou de l’État. Quant à l’armée, elle ne peut intervenir que dans un contexte très particulier : il faudrait que le président puisse invoquer la loi anti-insurrection de 1807 et certaines dispositions de cette loi, mais là, on parle vraiment de politique-fiction. 

On lit, ici et là, que Donald Trump ne voudrait pas céder le pouvoir et ambitionnerait de se maintenir envers et contre tout. Est-ce que la Constitution américaine lui donne les moyens de prolonger son mandat d’une manière ou d’une autre ?

Non. Le mandat de Donald Trump s’achève le 20 janvier 2021 à midi. De toute façon, s’il était déclaré perdant, il n’aurait strictement aucun moyen de rester à la Maison Blanche. Tout le problème réside dans la contestation du résultat. Évidemment, sur ce point, il a une marge, puisqu’il peut tenter des recours en justice pour contester les résultats, ou contester le mode d’établissement des résultats, en particulier sur la prise en compte du vote par correspondance. On sait d’ailleurs que Donald Trump est une personnalité extrêmement procédurière, il l’a toujours été dans ses affaires privées, et cela correspond aussi à une annonce qu’il avait déjà faite il y a quatre ans, en cas de défaite face à Hillary Clinton. À l’époque, il avait clairement fait savoir que s’il perdait, il contesterait le résultat.

Cependant, les tribunaux fédéraux, dans leur jurisprudence unanime, sont extrêmement circonspects quant à se mêler de contentieux électoral. Il faudra qu’il apporte des éléments autrement plus solides de preuve et de contestation que ceux qu’il a déjà produits jusqu’ici sur, par exemple, la question du vote par correspondance.

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