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La Bolivie vote à nouveau, un an après l'annulation de la dernière élection présidentielle

Des mesures sanitaires sont mises en place dans les bureaux de vote boliviens.
Des mesures sanitaires sont mises en place dans les bureaux de vote boliviens. REUTERS/David Mercado
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Journée de vote en Bolivie, un an après le fiasco des élections qui avaient abouti au départ d’Evo Morales et à l’annulation du scrutin. Cette année, le vote est placé sous une double tension, politique et sanitaire.

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Une journée de vote particulière en Bolivie, comme un air de déjà-vu, rapporte notre correspondante à La Paz, Alice Campaignolle : les Boliviens se rendaient déjà aux urnes il y a un an exactement, le 21 octobre 2019.

Mais le scrutin de l’an passé a été annulé et depuis une pandémie est passée par là. Si la date des élections a fait polémique en raison de l'épidémie de Covid-19, beaucoup de citoyens ont fait pression pour que le vote ait lieu le plus tôt possible afin d’en terminer avec le gouvernement intérimaire qui dirige le pays depuis maintenant 11 mois.

Des mesures sanitaires dans les bureaux de vote

Des mesures sanitaires ont été mises en place, explique Wendy Salazar, responsable d’un bureau de vote  : « Les gens doivent toujours laisser un mètre et demi entre eux, ils doivent venir avec des masques, et on en a fourni aux responsables des bureaux de vote ainsi que de l’alcool pour se désinfecter. Ils devront changer de masque trois fois dans la journée, et chaque électeur doit amener son propre stylo. »

Au-delà de la pandémie, tous les Boliviens retiennent leur souffle et espèrent que ce scrutin se passera dans le calme. Les résultats ne seront pas révélés avant tard dans la nuit, voire demain, car l’organe électoral préfère ne pas avancer de résultats partiels, pour ne pas générer de tensions comme l’an passé.

Des observateurs répartis sur tout le territoire

Dans le pays andin les électeurs n’ont que très peu de confiance en leur système électoral, alors des initiatives d'observation sont apparues cette année. Des organismes internationaux comme l’Union européenne ou l’Organisation des États américains sont présents.

Mais ces deux institutions étaient déjà présentes l’année passée et cela n’avait pas empêché les soupçons de fraude. Alors cette année plusieurs initiatives nationales sont nées pour générer un peu plus de confiance dans le système électoral, comme l’initiative Observa Bolivia : 2 500 volontaires sont répartis dans tout le pays, comme Franz, présent dans un bureau de vote de la ville de El Alto :

« Les conflits de l’an passé restent un sujet sensible encore aujourd’hui. Alors je crois que c’est pour cela que nous les volontaires on s’est motivé pour être observateurs et voir s’il y a des irrégularités. C’est notre travail aujourd’hui, de relever les anomalies et d’en faire un rapport. »

Et apparemment ces jeunes, bien reconnaissables avec leurs vestes grises, ont effectivement créé un sentiment de sécurité comme l’explique Jeanette Hacho assesseure du bureau de vote :

« Grâce aux observateurs, les électeurs voient que la journée de vote est transparente et au fond c’est ce que l’on veut tous, un processus électoral propre et que notre vote soit pris en compte. »

Car au-delà des résultats, tout l’enjeu des élections est là : que les Boliviens aient foi en leur système électoral et que les soupçons de fraude ne soient plus qu’un lointain souvenir.

Large soutien populaire pour le MAS

Notre envoyée spéciale Oriane Verdier s'est rendue dans la ville d'El Alto, bastion du MAS, le parti d'Evo Morales. Dans cette ville peuplée par l'immigration rurale, le premier président indigène avait suscité une vague d'espoir à son arrivée au pouvoir, aujourd'hui la majorité de la population continue de le soutenir.

Dans la cour d’une école plusieurs queues sont formées, beaucoup de femmes en jupes plissées de couleur, costume devenu symbole de l’identité indigène.

Jose est venu voter pour le MAS d’Evo Morales, il est persuadé qu’il gagnera. « En fin d'après-midi, je vais aller voir les décomptes dans 5 bureaux de votes. Si je vois que le MAS gagne de loin sur le deuxième candidat et qu'ensuite la cour électorale nous dit qu'en fait c'est le deuxième candidat Carlos Mesa qui a gagné, je saurai que les résultats officiels sont absurdes. Dans ce cas si la droite veut s'imposer nous n'allons pas nous laisser faire. »

Alors que Jose s’éloigne une dame s’approche discrètement. « Excusez-moi Madame, il ne faut pas interviewer ces gens qui soutiennent le MAS. Interviewez d’autre gens. Pas moi, j’ai peur. »

À quelque pas, une jeune étudiante, elle, n’a pas peur de se dire contre le parti traditionnel du MAS. « Il y a des gens qui ne sont pas d'accord avec ma décision, ils me critiquent et disent : " Pourquoi est-ce que tu votes pour un candidat qui ne te représente pas. Parce que le candidat à la peau blanche ? " Ça a toujours été comme ça et ça va dans les deux sens. Mais j'espère qu'il n'y aura pas de problème après ces élections parce que ça ne fera que porter préjudice à la population et à l'économie. » 

Carla se dit préparée et même habituée à des affrontements entres pro et anti Evo Morales. C’est dans son quartier l’année dernière que les conflits les plus violents avaient eu lieu.

De Buenos Aires, Morales salue le bon déroulement du scrutin

Face à la crainte de violences en marge du scrutin, Evo Morales, exilé en Argentine depuis l'an dernier, a appelé les Boliviens à continuer de voter dans le calme, indique notre correspondante à Buenos Aires,  Aude Villiers-Moriamé

« Je salue l'esprit démocratique et pacifique dans lequel se déroule le vote, a déclaré l'ancien président bolivien. C'est impressionnant, il n'y a eu aucune confrontation jusqu'à maintenant. Devant tant de rumeurs sur mon avenir, je veux vous dire que l'unique priorité est la récupération de la démocratie. Je veux vous demander de ne céder à aucun type de provocation. La grande leçon, que nous ne devons jamais oublier, c'est que la violence génère seulement de la violence, et qu'avec celle-ci, nous perdons tous. C'est pour cela que je lance un appel aux forces armées et à la police pour qu'elles respectent leurs engagements institutionnels et constitutionnels. »
 

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