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Pérou: le président Martin Vizcarra destitué par le Parlement

Le président péruvien destitué Martin Vizcarra annonce qu'il cède le pouvoir dès le lundi 9 novembre dans la soirée.
Le président péruvien destitué Martin Vizcarra annonce qu'il cède le pouvoir dès le lundi 9 novembre dans la soirée. AP Photo/Martin Mejia
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Deux mois après une première tentative, le Parlement péruvien a approuvé ce lundi 9 novembre la destitution du président Martin Vizcarra pour « incapacité morale permanente » suite à des soupçons de corruption, à quelques mois seulement de l’élection présidentielle prévue en avril 2021.

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Après 5 h de débat, les parlementaires péruviens ont voté lundi soir la destitution du président Martin Vizcarra avec 105 voix « pour », bien au-delà donc des 87 voix nécessaires sur 130 pour destituer le chef de l’État, raconte notre correspondante à Lima,Wyloën Munhoz-Boillot. Ce dernier est soupçonné d’avoir reçu des pots-de-vin d’entreprises de construction lorsqu’il était gouverneur de la région de Moquegua entre 2011 et 2014.

Ces commissions auraient été demandées par l’ancien ministre José Hernández au nom de Vizcarra auprès de deux compagnies intéressées par la construction d’un hôpital et d’un projet d’irrigation, rappelle notre correspondant régional, Éric Samson. Des cadres de ces compagnies et l’ancien ministre Hernández ont accepté de témoigner auprès du Parquet en échange de remises de peine. Le président Vizcarra a nié ces accusations, mais sans succès.

Une premièretentative de destitution par le Parlement avait échoué en septembre, seulement 32 députés avaient voté pour. L'affaire portait à ce moment-là sur l'embauche d'un chanteur par le ministère de la Culture, soupçonné d'avoir bénéficié d'un contrat de complaisance. Des enregistrements dans lesquels Martin Vizcarra demande à des témoins de mentir avaient entrainé ce vote pour demander sa destitution.

À l’issue de ce nouveau vote, le porte-parole d’Union pour le Pérou, l’un des partis à l’origine de la procédure de destitution, a salué la décision du Parlement au nom de la lutte contre la corruption. Mais au sein de la population, cette destitution a suscité de vives réactions alors que près de 80 % des Péruviens y étaient opposés, selon notamment un sondage Ipsos Peru d’octobre 2020.

Manifestations à Lima

Peu après le vote, des manifestants sont descendus dans les rues de la capitale, tandis que d’autres ont participé à des concerts de casseroles depuis leurs fenêtres pour manifester leur colère. L’archevêque de Lima, Carlos Castillo, a lui demandé aux parlementaires de revenir sur leur décision. Des appels à manifester ont été lancés à travers tout le pays pour ce mardi matin, avant la désignation formelle de l'actuel président du Parlement comme président de la République par intérim.

La destitution de Martin Vizcarra sera probablement le début d’une période de tensions politiques. Le congrès est très largement discrédité au Pérou. Lundi soir, un député d’opposition a d’ailleurs été agressé par un jeune homme lors d’une conférence de presse.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnalités politiques ont également réagi, à l’instar de l’ex-Premier ministre Pedro Cateriano qui a dénoncé « un coup d’État » ou de la candidate de la gauche à la présidentielle Veronica Mendoza, qui a fustigé une décision « honteuse et indigne » du Parlement. De son côté, le chef du parti Morado, Julio Guzman, a accusé les partis à l’origine de la procédure de destitution d’avoir négocié des postes au sein du prochain gouvernement.

« J’ai décidé de ne pas m’opposer légalement à cette décision »

Lors de son dernier discours à la Nation ce lundi soir, le désormais ex-président Martin Vizcarra a lui annoncé qu’il acceptait la décision du Parlement et qu’il allait quitter le palais présidentiel dans la soirée : « Aujourd’hui, je quitte le Palais présidentiel et rentre chez moi. Malgré les conseils de nombreuses personnes, j’ai décidé de ne pas m’opposer légalement à cette décision du Congrès péruvien que je désapprouve et dont nous connaîtrons un jour les vraies motivations. Je ne veux pas que l’on croie que ma volonté de service du peuple péruvien n’ait été que le désir d’exercer le pouvoir. »

C’est le président du Parlement, Manuel Merino, qui devrait assurer l’intérim à l’issue de la prochaine session plénière du Parlement prévue ce mardi matin.

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