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Municipales au Brésil: vote sanction contre Jair Bolsonaro

Un électeur utilise son empreinte digitale pour voter dans un bureau de vote d'Igarape Miri, dans l'Etat brésilien de Para, lors des municipales du 15 novembre 2020.
Un électeur utilise son empreinte digitale pour voter dans un bureau de vote d'Igarape Miri, dans l'Etat brésilien de Para, lors des municipales du 15 novembre 2020. Tarso Sarraf/AFP
5 mn

Ce dimanche 29 novembre aura lieu le second tour des municipales au Brésil. Un scrutin qui a valeur de test pour Jair Bolsonaro, à la moitié de son mandat, deux ans après son élection. Le président d’extrême droite n’a pas « passé » le test.

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Presque tous les candidats que Jair Bolsonaro a soutenus ont été rejetés par les électeurs. Au delà des enjeux purement locaux, il y a eu un « vote sanction », explique Hervé Théry, professeur à l’Université de São Paulo. En 2018, Jair Bolsonaro avait bénéficié lors de son élection d’un réflexe « tout sauf le Parti des travailleurs (PT), et même si c’est Bolsonaro ». Aujourd’hui, le réflexe s’est inversé. Et le président se trouve victime d’une antienne de plus en plus répandue parmi les électeurs : « tout sauf Bolsonaro ». 

Cette devise n’a pas épargné les candidats qui se sont présentés sous le nom du président. Car c'est une des curiosités des élections au Brésil : les candidats peuvent se présenter sous n’importe quel surnom. Les électeurs ont ainsi eu le choix entre plusieurs Obama, plusieurs Trump et aussi des dizaines de Bolsonaro. Tous ont été éliminé sauf un, Carlos Bolsonaro - un vrai, le fils du président. Il a été réélu conseiller municipal de Rio de Janeiro mais avec un tiers de voix en moins qu'il y a quatre ans.

La droite classique, le grand gagnant du scrutin

Le grand gagnant de ce scrutin est la droite dite « classique » qui consolide son pouvoir ou revient en force. Hervé Théry l’explique surtout par l'habituelle « prime au maire sortant » donnée par les électeurs. Depuis la défaite du PT lors des dernières municipales de 2016, la droite est bien implantée localement. « Ils contrôlent les mairies avec des méthodes parfois démocratiques, parfois pas vraiment démocratiques, car il y a pas mal de corruption, souligne le spécialiste. Il existe dans l’électorat brésilien, surtout chez les défavorisés, l’idée que peu importe en fait la couleur politique, du moment que le maire fait un bon mandat et qu’il redistribue, de manière clientéliste, un peu d’argent. »

La droite devrait aussi revenir au pouvoir à Rio de Janeiro. L’ancien maire Eduardo Paes a toutes les chances de reprendre ce dimanche son mandat perdu en 2016, et cela malgré une enquête pour corruption ouverte contre lui. Son rival, le maire sortant Marcelo Crivella, un pasteur évangélique soutenu par Jair Bolsonaro, est donné largement perdant au second tour. Le retour de la droite classique dans ce cas montre aussi, souligne le politologue Gaspard Estrada, que le « discours anti-establishment, anti-classe politique de Jair Bolsonaro a perdu de sa force ».  

La gauche reprend des couleurs

Autre enseignement de ce scrutin : la gauche, terrassée par l'élection de Jair Bolsonaro en 2018, a repris des couleurs. Des jeunes candidats, souvent plus à gauche que le PT, ont obtenu de bons scores. À São Paulo, un ancien militant pour les travailleurs sans toit dispute le second tour contre le maire sortant de droite, Bruno Covas.

Membre du Parti socialisme et liberté (PSOL), Guilherme Boulos, 38 ans, est considéré comme un possible successeur de Lula. Il a bâti sa campagne sur les questions sociales et sur ses engagements en faveur des personnes défavorisés vivant dans la banlieue de la capitale économique du pays. À Porto Alegre, c'est Manuela d'Avila, jeune elle aussi (39 ans), qui s'est qualifiée pour le second tour sous l'étiquette communiste du PCdoB, mais en faisant alliance avec le PT.

Le débat sur le racisme s’invite dans la campagne

Ces municipales sont évidemment marquées par la pandémie du Covid-19 qui fait toujours des ravages au Brésil, avec une nouvelle hausse des hospitalisations ces dernières semaines. La crise sanitaire et la peur de contagion se sont traduites par une abstention record de plus de 20 % alors que le vote est obligatoire au Brésil.

Mais ces derniers jours, un autre débat s’est invité dans la campagne : celui sur le racisme. La semaine dernière un homme noir a été battu à mort par deux agents de sécurité à Porto Alegre. Le Brésil vit son moment « George Floyd » avec une grande indignation provoquée par la mort violente de João Alberto Silveira Freitas« Y a-t-il ou non un racisme dans le pays ? C’est une question forte qui revient à la veille de ce scrutin municipal », souligne Hervé Théry. Selon lui, grâce aux quotas mis en place par les institutions, entre autres pour les élections, jamais autant de candidats afro-brésiliens n’ont participé à une élection locale. 

En fait pour la première fois, les candidats se considérant comme « blancs » étaient en minorité. Un paradoxe dans un pays qui a voté en 2018 en faveur d’un candidat d’extrême-droite ? Non, explique Hervé Thery, car il ne faut pas oublier que Jair Bolsonaro a été élu par rejet du PT plutôt que par adhésion complète à son discours et à ses positions racistes, machistes et homophobes. 

► À lire aussi : Municipales au Brésil: revers pour les candidats soutenus par le président Jair Bolsonaro

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