Reportage

Les Wiwa, un des 34 peuples autochtones en voie d'extinction en Colombie

Lorenzo Gill, représentant du peuple indigène Wiwa de la Sierra Nevada et directeur de l'unique agence touristique appartenant à des autochtones Wiwa Tour à Santa Marta en Colombie.
Lorenzo Gill, représentant du peuple indigène Wiwa de la Sierra Nevada et directeur de l'unique agence touristique appartenant à des autochtones Wiwa Tour à Santa Marta en Colombie. © RFI / Najet Benrabaa
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L'éthnie wiwa vit dans les montagnes de la Sierra Nevada au nord de la Colombie. Avec trois autres peuples autochtones de cette région (les Arhuacos, les Kogis et les Kankuamos), ils luttent pour survivre et défendre leur culture. Ces quatre peuples, qui représentent environ 40 000 individus, sont pris en étau entre différents groupes armés qui se disputent le contrôle de leur territoire ancestral. Au moins 34 des 115 peuples autochtones de Colombie pourraient disparaître.

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De notre correspondante en Colombie,

Vêtu d'un ensemble blanc, un chapeau de paille sur la tête et un sac en bandoulière tissé en laine de brebis sur l'épaule, Lorenzo Gill ne passe pas inaperçu à Santa Marta, une ville touristique de la côte caribéenne. Sa tenue représente le peuple autochtone Wiwa. Le blanc symbolise l'héritage des ancêtres de la région qui produisaient du coton, ceux de Tayrona.

Avec un grand sourire et beaucoup de fierté, Lorenzo Gill ou Awimaku, son nom en langue indigène, dirige l'unique agence de tourisme de la région appartenant à des autochtones : Wiwa Tour. « La Sierra Nevada est la montagne la plus haute du pays, 5775 mètres. Elle se compose de tous les types de terres, du désert aride de la Guajira jusqu'aux neiges éternelles. C'est un mini monde. On l'appelle d'ailleurs le cœur du monde. Nous vivons dans la partie la plus chaude dans le sud. Wi signifie “chaleur” et Wa “gens” ».

Le narcotrafic omniprésent

Ces zones géographiques font partie des plus disputées par les groupes armés du pays. « La Colombie reste l'un des plus grands producteurs de cocaïne au monde. Nos terres ancestrales se trouvent dans les zones les plus fertiles. De fait, elles sont envahies par des champs de feuille de coca illégaux. Si ce n'est pas pour la production, nos terres deviennent les routes de transport de la marchandise notamment autour de la Sierra Nevada ou elles servent à cacher le trafic illégal. » Le narcotrafic et le conflit armé poussent alors les peuples indigènes à l’exode.

À 32 ans, Lorenzo utilise le tourisme comme un outil de sensibilisation et de survie pour sa communauté qui représente près de 14 000 individus. « Les Colombiens et les étrangers veulent découvrir nos rituels. Mais, ils ne savent pas qu'on risque de disparaître physiquement et culturellement. »

Lorsque les touristes viennent visiter la Ciudad Perdida, un temple spirituel indigène au cœur des montagnes qui nécessite 5 jours de marche, Lorenzo décrit la réalité : « Dans ma communauté, seulement 50 % des indigènes parlent encore la langue native. La majorité vit maintenant dans les villes. Rester sur nos terres ancestrales n'est plus possible à cause de la violence. Dans la région de la Sierra Nevada, nous sommes le seul peuple indigène à être menacé d'extinction. »

L’Observatoire pour l’autonomie et les droits des peuples autochtones de Colombie (Adpi) a indiqué qu’au moins 34 des 115 peuples autochtones que comptent le pays pourraient disparaître. Selon le dernier recensement national de 2018, la Colombie compte près de 2 millions d'indigènes. Ils représentent 4,4 % de la population.

Une Constitution qui protège les autochtones

Depuis 1991, il est inscrit dans la Constitution colombienne l'obligation de « protéger et de promouvoir l'identité culturelle et les droits des peuples indigènes au même titre que ceux de la population afro-colombienne ». Cette protection a été réaffirmée en 2009 par la Cour constitutionnelle. Une nouvelle ordonnance, la A004, contraint l’État colombien à prendre des mesures pour protéger les groupes ethniques qui risquent d’être « exterminés culturellement ou physiquement ».

D'après Alejandro Santamaria Ortiz, professeur et chercheur au département de droit constitutionnel de l'Université Externado, « la Colombie est un pays à l'avant garde sur les questions de représentations juridiques des peuples indigènes. Mais le problème, c'est la mise en pratique. Encore cette année, par exemple, dans le département du Choco, sur la côte pacifique, le peuple indigène Wounaan s'est retrouvé au milieu d'un conflit armé entre deux groupes. »

Selon le chercheur, le déplacement est l'un des principaux facteurs de disparition des peuples indigènes. « Quand on les chasse de leurs terres, ils perdent leurs essences et leurs modes de vie. Ils sont tellement habitués à vivre avec leur environnement qu'ils ne peuvent pas survivre sur une terre inconnue. Ils risquent donc de disparaître presque automatiquement. On peut même dire que ça devient un génocide. »

À la violence s'ajoute les assassinats de chefs autochtones qui ne cessent de croître depuis la signature des accords de paix en 2016. Enfin, la pandémie mondiale de la Covid-19 n'a pas épargné les peuples autochtones. Isolés, sans ressources, ils survivent grâce à l'aide humanitaire.

 

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