Amazonie: le chef Raoni dénonce Bolsonaro devant la CPI pour «crimes contre l'humanité»

Le chef Raoni Metuktire de la tribu Kayapo après une conférence de presse le 26 août 2019, à Bidart dans le sud-ouest de la France.
Le chef Raoni Metuktire de la tribu Kayapo après une conférence de presse le 26 août 2019, à Bidart dans le sud-ouest de la France. AP - Bob Edme
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Le cacique Raoni Matuktire, un défenseur emblématique de la forêt amazonienne, a demandé ce samedi 23 janvier à la Cour pénale internationale (CPI) d'enquêter pour « crimes contre l'humanité » contre le président brésilien Jair Bolsonaro, accusé de « persécuter » les peuples autochtones en détruisant leur habitat et en bafouant leurs droits fondamentaux.

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La plainte du chef du peuple Kayapo et du cacique Almi Surui est un requisitoire brûlant contre Jair Bolsonaro : « Depuis son investiture [en janvier 2019, ndlr], la destruction de la forêt amazonienne s'est accélérée sans commune mesure : augmentation de la déforestation de 34,5 % en un an, taux d'assassinat de leaders autochtones le plus élevé de ces onze dernières années, effondrement et menaces des agences environnementales. » 

« Cette situation, poursuit la plainte qui cible aussi plusieurs ministres, la plus dramatique sur ces dix dernières années, résulte directement de la politique d'État développée par le gouvernement de Jaïr Bolsonaro », qui vise à « lever tous les obstacles pour piller les richesses de l'Amazonie ». 

Dévoilée ce samedi par le quotidien Le Monde, cette communication à la CPI d'une cinquantaine de pages, rédigée par l'avocat français William Bourdon, rassemble les accusations portées par des dizaines d'ONG locales et internationales, des institutions internationales et par des scientifiques spécialistes du climat.

Parmi ces accusations, la suspension du démarquage des territoires autochtones, le projet de loi pour ouvrir les zones protégées à l'exploitation minière et agricole, le budget restreint des agences environnementales reprises en main par les militaires, ou encore les meurtres impunis de sept chefs autochtones en 2019.

« Une destruction de la forêt amazonienne », indispensable à la régulation du climat et frappée par des incendies record en 2020, « constituerait un danger direct non seulement pour les Brésiliens mais également pour toute l'humanité », souligne la plainte.

Les plaignants estiment que cette politique d'État mène à des « meurtres », des « transferts forcés de population » et des « persécutions », constitutifs de « crimes contre l'humanité » tels que définis par le Statut de Rome de la CPI.

La plainte dénonce une « militarisation » des questions environnementales, ciblant, outre le président brésilien, les ministres de l’Environnement, de l’Agriculture, de l’Economie et de la Justice, précise notre correspondante à La Haye, Stéphanie Maupas

Même accusation de la part des personnels de santé

En juillet 2020, des membres du personnel de santé au Brésil ont aussi demandé une enquête à la CPI pour « crimes contre l'humanité » contre Bolsonaro, cette fois pour sa gestion de la pandémie de Covid-19. Un mois plus tôt, dans un entretien à l'AFP, le chef Raoni avait accusé le président d'extrême droite brésilien de vouloir « profiter » de la pandémie pour éliminer son peuple.   

La CPI, créée en 2002 pour juger les pires atrocités commises dans le monde et qui siège à La Haye aux Pays-Bas, n'est pas contrainte de donner suite aux milliers de requêtes déposées auprès de sa procureure, qui décide indépendamment des affaires à soumettre aux juges. 

La plainte a été déposée vendredi sur le bureau de la procureure de la CPI. Fatou Bensouda n’a donc pas l’obligation d’y donner suite. Mais les plaignants réclament l’ouverture d’une enquête

►À écouter aussi : Brésil: «L'Amazonie est en train d'être remplacée par des cultures qui tuent les sols»

(Avec AFP)

 

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