Colombie: l'armée accusée de plus de 6400 exécutions extra-judiciaires

Des militaires colombiens encadrent des rebelles des Farcs après leur reddition en septembre 2012 (image d'illustration).
Des militaires colombiens encadrent des rebelles des Farcs après leur reddition en septembre 2012 (image d'illustration). AP - Luis Benavides
Texte par : RFI Suivre
3 mn

Au moins 6 402 civils ont été exécutés en Colombie par des militaires et présentés comme tués au combat entre 2002 et 2008, un chiffre trois fois plus élevé que celui estimé jusqu'à présent, a annoncé ce jeudi la Juridiction spéciale de paix (JEP).

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La Juridiction spéciale de paix (JEP) a enquêté sur ce scandale, dans lequel sont impliquées les forces de l'ordre, et a établi qu'« au moins 6 402 Colombiennes et Colombiens sont morts et ont été illégitimement présentés comme tombés au combat entre 2002 et 2008 », a-t-elle précisé dans un communiqué.

La révélation de cette pratique, désignée en argot militaire comme « faux positifs », a été l'un des plus grands scandales mettant en cause les forces armées colombiennes durant les près de six décennies de confrontation avec les guérillas de gauche.

Bien que l'état-major ait toujours nié qu'il s'agissait d'une pratique systématique, des soldats et des officiers ont déclaré devant le tribunal de paix avoir commis ces exécutions pour gonfler leurs résultats sous la pression de leurs supérieurs.

Des civils abattus de sang froid

Les soldats tenaient le compte des guérilleros et narco-paramilitaires tués lors des affrontements, et ces résultats « positifs » étaient récompensés en médailles, permissions et promotions. Mais des milliers de morts étaient en réalité des civils abattus de sang froid.

Jusqu'à l'an dernier, le parquet général avait enregistré 2 249 exécutions extra-judiciaires commises entre 1988 et 2014, dont 59% entre 2006 et 2008, sous le gouvernement de l'ex-président de droite dure Alvaro Uribe (2002-2010). Selon la JEP, la majorité des « faux positifs » ont été tués dans le département d'Antioquia (nord-ouest), où l'armée et les milices paramilitaires d'extrême droite combattaient les rebelles. « La IVe Brigade, qui contrôlait cette zone, pourrait être responsable de 73% des morts répertoriées dans le département entre les années 2000 et 2013 », a précisé le tribunal.

(Avec AFP)

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