Harcèlement, crise sanitaire: le puissant gouverneur de New York Andrew Cuomo vacille

Andrew Cuomo à New York, le 22 février 2021.
Andrew Cuomo à New York, le 22 février 2021. REUTERS - POOL

Certains avaient vu en lui un potentiel futur président pour sa gestion de la crise du coronavirus à New York. Aujourd’hui, Andrew Cuomo fait face à des accusations de harcèlement sexuel et une polémique sur les morts du Covid. L’avenir politique du puissant gouverneur new-yorkais pourrait être compromis.

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De notre correspondante à New York,

La photo fait la Une de plusieurs journaux américains ce mardi 2 mars. On y voit Andrew Cuomo, les deux mains sur le visage d’une femme visiblement mal à l’aise. Anna Ruch parle d’un moment « embarrassant ». Elle est la troisième femme à accuser le gouverneur de New York de gestes déplacés et de harcèlement sexuel.

Aux journalistes du New York Times, Anna Ruch raconte que la photo a été prise lors d’un mariage en septembre 2019. Andrew Cuomo venait de prononcer un discours en l’honneur des mariés. « Il avait l’air gentil, je voulais le remercier pour les mots qu’il avait dits au sujet de mes amis », se rappelle-t-elle. Mais ce qui se passe ensuite la « trouble » : le politicien aurait d’abord mis sa main dans le bas du dos de la jeune femme avant de mettre ses mains sur son visage et de lui demander s’il pouvait l’embrasser. « Je me suis sentie déboussolée, choquée », confie Anna Ruch. « Je me suis éloignée de lui. J’étais sans voix. »

Le récit de cette femme, qui n’a jamais travaillé pour le gouverneur, plonge un peu plus Andrew Cuomo dans la tourmente.

« Strip poker » et propositions déplacées

Avant elle, deux anciennes collaboratrices se sont confiées à la presse. Lindsey Boylan, ex-conseillère économique, a affirmé que le gouverneur l’avait embrassée de force sur la bouche et suggéré qu’elle joue au « Strip poker » avec lui. Une situation qui aurait duré plusieurs années avant que la jeune femme ne décide de démissionner.

Charlotte Bennett dit, elle aussi, avoir eu droit à des remarques et propositions déplacées au printemps 2020. Elle assure qu’il lui a notamment demandé si elle « avait déjà eu des relations avec des hommes plus âgés ».

Après avoir nié les accusations, Andrew Cuomo a publié, dimanche, un communiqué dans lequel il s’excuse pour des propos qui auraient pu être mal interprétés. « Au travail, je taquine parfois les gens sur leur vie privée », écrit le gouverneur, « je me rends compte que certaines choses que j’ai dites ont été mal interprétées, comme du flirt non sollicité ».

Un mea culpa qui ne passe pas auprès de ses accusatrices. Charlotte Bennett accuse son ancien patron de ne pas assumer les conséquences de ses actions. « Ce ne sont pas les actions de quelqu’un qui a été mal compris, il s’agit d’un comportement de prédateur », écrit la jeune femme qui a appelé « les éventuelles autres victimes » à sortir du silence.

Andrew Cuomo devra désormais répondre aux questions de la procureure générale de New York qui ouvre une enquête sur ces accusations. Des investigations dont les conclusions pourraient être dévastatrices pour la carrière d’Andrew Cuomo.

Il y a encore tout juste quelques semaines, le gouverneur démocrate régnait en empereur sur l'État de New York. À 63 ans, il en est à son troisième mandat. Sa gestion de la crise du coronavirus l’avait propulsé au statut de héros national. Ses conférences de presse quotidiennes rythmaient la vie des New-Yorkais alors que l'État était devenu l’épicentre mondial de la pandémie.

Beaucoup, localement, voyaient en lui un leader rassurant alors qu’à Washington, Donald Trump refusait d’adopter une politique nationale unifiée pour lutter contre le virus. « Ce qui compte pour nous, c’est la science et les faits », était devenu sa signature lors de chaque intervention publique. À l’époque, certains commentateurs lui prédisaient même un avenir politique présidentiel.

Une gestion de la crise sanitaire finalement critiquée

Aujourd’hui, l’étoile d’Andrew Cuomo semble pâlir un peu plus chaque jour. En plus des accusations de harcèlement sexuel, sa gestion de la crise, tant célébrée, est désormais sous le feu des critiques.

Le mois dernier, le bureau de la procureur générale de New York a publié un rapport accusant le bureau du gouverneur d’avoir minimisé le nombre de décès dus au Covid-19 dans les maisons de retraite.

La position du gouverneur est désormais plus que jamais fragilisée et de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer des comptes, même au sein de son propre parti. La représentante Alexandria Ocasio-Cortez juge les accusations de harcèlement « extrêmement graves ». Sa collègue Kathleen Rice, elle aussi élue new-yorkaise, va plus loin et demande la démission du gouverneur.

Le maire de New York, Bill De Blasio, dont les relations tendues avec Andrew Cuomo sont de notoriété publique, appelle lui aussi à des « mesures immédiates » de la part des élus de l'État. « Les New-Yorkais méritent des réponses sur la gestion du Covid et sur ces accusations », écrit le maire. À la Maison Blanche, Joe Biden, ami proche du gouverneur, a fait savoir qu’il soutenait les enquêtes en cours.

Pour le moment, Andrew Cuomo fait profil bas, lui qui a l’habitude d'intervenir très souvent à la télévision. Son mandat se termine fin 2022, mais la question pourrait bientôt être non pas « si », mais « quand » il va démissionner. 

 

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