Pérou : Alberto Fujimori devant les juges pour la stérilisation forcée de milliers de femmes

Alberto Fujimori en 2019.
Alberto Fujimori en 2019. Prensa Fujimori/AFP/File

Celui de l’ancien président Alberto Fujimori et trois de ses ministres, accusés d’avoir fait stériliser plus de 300 000 femmes, la plupart sans leur consentement, entre 1996 et 2000. Après moult reports, une première audience préliminaire s'est tenue ce lundi 1er mars.

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De notre correspondante à Lima, Wyloën Munhoz-Boillot

Les victimes attendent ce moment depuis plus de 20 ans. Esperanza est l’une d’elles. En 1996, cette Péruvienne venait d’accoucher de son deuxième enfant quand des médecins ont débarqué chez elle : « Ils m’ont emmenée de force dans une ambulance. Et je n’étais pas la seule, on était plusieurs femmes entassées comme des animaux. On nous a emmenées à l’hôpital, puis en salle d’opération. Et après, je ne me souviens plus de rien ».

Comme elle, plus de 300 000 femmes ont été stérilisées, souvent de force et dans des conditions sanitaires précaires. Certaines en sont mortes, les autres subissent aujourd’hui encore de nombreuses séquelles. La plupart étaient issues de milieux défavorisés, parlaient le quechua et vivaient dans des zones rurales. Elles ont été victimes de la politique de planification familiale mise en place dans les années 90 par le président Alberto Fujimori au nom de la lutte contre la pauvreté.

Lors de l'audience du procès qui s’est tenue de manière virtuelle lundi 1er mars, le ministère public a présenté les charges qui pèsent contre l’ancien président et trois de ses ministres, accusés de violation des droits de l’homme. Si le juge estime qu'il existe suffisamment d'éléments, un procès sera ouvert au pénal.Maria Elena Carbajal, présidente de l’association des victimes, se réjouit que le processus judiciaire ait enfin débuté : « C’est un soulagement, parce que ce dossier a été archivé à plusieurs reprises et depuis sa réouverture en 2018 le début du procès a été constamment repoussé. Mais on a confiance en la justice qui certes a tardé, mais finit par arriver ».

Alberto Fujimori purge actuellement une peine de 25 ans de prison pour corruption et crime contre l’humanité. Mais n’avait jusqu’ici pas été jugé pour les stérilisations forcées.

► À écouter aussi : Pérou, le poids du passé: le cas Fujimori

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