Covid-19: Cuba développe son propre vaccin et va bientôt le proposer à ses touristes

Une affiche vantant le vaccin cubain contre le Covid-19 Soberana 2, à l'Institut Finlay à la Havane, le 20 janvier 2021.
Une affiche vantant le vaccin cubain contre le Covid-19 Soberana 2, à l'Institut Finlay à la Havane, le 20 janvier 2021. AFP - YAMIL LAGE

Pour se protéger contre le coronavirus, le pays communiste des Caraïbes a choisi la souveraineté en développant son propre vaccin. Alors que ce dernier entre dans la dernière phase de ses essais cliniques début mars, le pays assure être déjà en capacité d’immuniser toute sa population d’ici la fin de 2021. La Havane en fait même un argument pour les touristes, qui pourraient aussi bientôt en profiter.

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De notre correspondante à la Havane,

C’est une question de souveraineté pour la Havane : le vaccin cubain contre le Covid-19 a d’ailleurs été baptisé Soberana. Le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez le rappelait encore devant le conseil des droits de l’Homme des Nations unies : « Grâce au développement de la science cubaine et au travail dévoué de nos scientifiques, nous espérons pouvoir vacciner toute notre population dans l’année. »

Cuba développe actuellement quatre candidats vaccins. Le plus avancé, Soberana 2, entre début mars dans la troisième et dernière phase des essais cliniques sur une population-test de 150 000 personnes à Cuba et en Iran.

Cette stratégie de souveraineté s’explique par le prix des vaccins sur le marché mondial, mais aussi parce que la production n’est pas à la hauteur de la demande, selon le directeur de BioCubaFarma, l’industrie biotechnologique et pharmaceutique d’État, Eduardo Martinez Diaz. Il assure également que Soberana 2 présente des avantages que n’ont pas les autres vaccins :

« L’un des avantages de nos candidats vaccins, c’est qu’ils ne requièrent pas de système de congélation - il leur faut une température de 2-3°C, comme d’autres vaccins. Un autre avantage de notre vaccin, contrairement à d’autres, c’est qu’avec l’apparition de nouveaux variants du virus, il faudrait appliquer une troisième dose pour augmenter l’immunité mais certains vaccins ne le permettent pas. Dans le cas de notre vaccin, il est possible d’appliquer plusieurs doses successives de renfort. »

Ce vaccin est développé par BioCubaFarma et l’institut Finlay, et cette avancée scientifique se base sur 40 ans de savoir-faire biotechnologique cubain. Le pays produit déjà 8 des 12 vaccins administrés aux enfants et les exporte dans une trentaine de pays.

Cuba sans Covax ni achat de vaccins

Mais pour le vaccin contre le Covid-19, les Cubains ont désormais obligation de résultat. Car le pays n’a acheté aucune dose des autres vaccins actuellement injectés dans le monde et ne fait pas non plus partie du dispositif Covax. Ce système assure une répartition équitable dans le monde des doses vaccinales.

Le pari de la souveraineté dans la production de son vaccin est donc risqué pour Cuba, qui doit aussi faire face aux sanctions américaines pour le développer, comme l’explique Eduardo Ojito Magaz du Centre d’immunologie moléculaire « BioCubaFarma se bat avec acharnement pour parvenir à se fournir en matières premières. Certains de nos fournisseurs exigent qu’aucun des composants que nous utilisons ne contienne du matériel en provenance du marché des États-Unis. »

Un produit d’exportation et qui sera ouvert aux touristes

Pour l’heure, les résultats des essais cliniques sont encourageants, selon les autorités. Celles-ci assurent la sécurité et l’efficacité de leur vaccin, à tel point que la production est déjà en route. Le pays prévoit 100 millions de doses d’ici la fin de l’année, de quoi largement vacciner les 11 millions d’habitants… et faire de ce vaccin un produit d’exportation.

Alors que Cuba manque de médicaments et d’aliments pour sa population, certains peinent à comprendre comment le pays peut se permettre de développer un tel vaccin. Mais Soberana 2 pourrait bien devenir une manne financière et même une valeur d’échange avec des pays comme le l’Inde, l’Iran, le Venezuela et le Vietnam.

Ce vaccin devient également un argument pour attirer des touristes sur l’île. « Les touristes se verront proposer l’option de se faire vacciner s’ils le souhaitent », explique le directeur de l’institut Finlay dans une vidéo qui propose pour Cuba un nouveau slogan touristique : plage, mojito et vaccin ! Mais les autorités et les scientifiques assurent que Soberana 2 a des fins humanitaires, les bénéfices n’étant qu’un effet secondaire, comme nous l’explique Vicente Vérez « Nous ne sommes pas une multinationale, nous fonctionnons à l’envers. Notre objectif est de fournir davantage d’accès à la santé, et les bénéfices en seront la conséquence, ça ne sera jamais notre priorité. »

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