Revue de presse des Amériques

À la Une: un jury impartial pour le procès Chauvin aux États-Unis?

Des manifestants lèvent les poings et chantent après la marche silencieuse «Je ne peux pas respirer» un jour avant le début de la sélection du jury pour le procès de Derek Chauvin, l'ancien policier de Minneapolis accusé d'avoir tué George Floyd, à Minneapolis, Minnesota, le 7 mars 2021.
Des manifestants lèvent les poings et chantent après la marche silencieuse «Je ne peux pas respirer» un jour avant le début de la sélection du jury pour le procès de Derek Chauvin, l'ancien policier de Minneapolis accusé d'avoir tué George Floyd, à Minneapolis, Minnesota, le 7 mars 2021. REUTERS - NICHOLAS PFOSI

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C'est à la Une un peu partout aux États-Unis. « Je ne peux pas respirer », « les vies des Noirs comptent » : dix mois après la mort de l’Afro-Américain George Floyd, étouffé sous le genou d’un policier, les mêmes slogans ont résonné dans les rues de Saint-Paul et de Minneapolis dimanche, « en amont de la sélection du jury », titre le Wall Street Journal. Il va en effet falloir trouver « 12 jurés dans l'agglomération de Minneapolis qui ne se sont pas encore fait une opinion sur cette affaire ». C'est le premier défi dans ce procès dont l’ouverture vient d’être reportée, renchérit le New York Times : « trouver un jury impartial ». Pour un ancien procureur interrogé par le journal de Minneapolis Star Tribune, c’est peine perdue, tant l’affaire George Floyd a eu un « impact fort sur la communauté ».

Ce processus de sélection risque de prendre du temps. Le New York Times raconte qu'à la fin de l'année dernière, « un questionnaire de 14 pages a commencé à arriver dans les boîtes aux lettres de Minneapolis et de sa banlieue ». « Il demandait si le destinataire avait regardé la vidéo de George Floyd » et s’il était allé manifester contre les violences policières. Il était aussi demandé aux potentiels jurés de préciser leur niveau d'éducation, leur formation aux arts martiaux et même… leurs podcasts préférés.

Des jurés dont l’identité est protégée

Dès ce lundi, poursuit le Star Tribune, « les jurés potentiels seront interrogés un par un dans la salle d'audience et seront appelés par leur numéro plutôt que par leur nom afin de protéger leur identité. Ils resteront anonymes et bien que le procès soit retransmis en direct, ils ne seront pas montrés à l'image ». « Il faut compter trois semaines pour constituer un jury de 12 membres et 4 suppléants », indique le New York Times.

« Les avocats des deux parties ont peut-être déjà commencé à examiner » les candidatures, « en vérifiant leurs publications sur les réseaux sociaux. Ils ont lu ces [fameux] questionnaires (...), et s'en serviront comme point de départ pour poser des questions pour débusquer tout ce qui pourrait constituer un ‘indicateur de partialité politique’ », « jusqu'aux autocollants collés par les candidats sur le pare-chocs de leur voiture ». « La défense recherchera des candidats politiquement conservateurs et favorables à l'application de la loi, tandis que l'accusation préférera peut-être des personnes jeunes, très instruites et aux tendances libérales », pense le journal. À noter : l'accusation peut exclure neuf jurés potentiels et la défense peut en exclure quinze.

États-Unis : la politique migratoire de Biden mise à mal

Aux États-Unis toujours, la presse se fait l'écho d'une augmentation des arrivées de migrants clandestins aux frontières depuis que Joe Biden est au pouvoir. L'édito du Washington Post évoque ce lundi « l'augmentation des passages illégaux aux frontières », qui est devenue une épine dans le pied pour la nouvelle administration. Selon El Diario, journal hispanophone de New York, qui reprend les chiffres des douanes américaines, « l'augmentation des arrivées et des arrestations est constante depuis le mois d'octobre ». Plus de 78 300 arrestations ont été enregistrées au mois de janvier, le bilan « le plus élevé jamais enregistré à la frontière mexicaine ces derniers mois ». C'est plus de deux fois plus qu'en janvier l'année dernière.

Selon le Washington Post, c'est « la politique du président lui-même » qui « intensifie involontairement » ces arrivées. Le journal salue la volonté du nouveau président de tracer une voie différente de celle de son prédécesseur et notamment de ne pas séparer les enfants de leurs parents à la frontière. Mais cette politique s'accompagne de « coûts potentiels sur les plans politique et législatif ». Selon le quotidien, cette augmentation des arrivées de migrants clandestins augmente le risque que les élus modérés ou indépendants ne soutiennent pas la réforme de l'immigration voulue par Joe Biden. Le président se retrouve donc à jouer l’équilibriste : il tente de « rétablir le rôle traditionnel d'accueil des États-Unis tout en évitant une nouvelle vague d'immigration illégale massive à laquelle de nombreux Américains s'opposeraient ».

Attente des résultats en Bolivie

Direction maintenant la Bolivie, qui votait dimanche pour des élections municipales et régionales. « La journée a été calme jusqu'à ce que 4 900 bulletins de vote soient brûlés », à Copa Belgica, dans le nord du département de Santa Cruz, résume Pagina Siete. La journée a aussi été marquée dans cette ville par l'absence de scrutateurs dans les bureaux de vote. « Des événements isolés qui n'ont pas affecté le déroulement normal » du scrutin, selon le président du Tribunal suprême électoral cité par Los Tiempos. En tout cas, le vote pour le MAS, le parti au pouvoir, « a baissé dans presque tous les départements par rapport à 2015 », nous dit le même journal, en s'appuyant sur des sondages à la sortie des urnes. Désormais, « huit municipalités des dix que compte la capitale sont aux mains de l'opposition, dont El Alto », écrit La Razón.

Paraguay : remaniement pour sauver le président

Des manifestations violentes, réclamant la démission du président Mario Abdo Benitez, émaillent le Paraguay depuis vendredi. En cause : sa gestion jugée mauvaise de la crise sanitaire. Santé, Femme, Éducation et Cabinet civil : le président a décidé de remplacer plusieurs ministres ce week-end. « Mais la crise reste ouverte », écrit ADN, qui comme les autres quotidiens paraguayens consacre sa Une à ce troisième jour de manifestation consécutif. ABC détaille les problèmes qui s'accumulent depuis un an : manque de médicaments dans les hôpitaux, « ce qui oblige les familles des patients à acheter ces produits dans les pharmacies privées, où les prix ont quadruplé », absence de vaccins qui jusqu'ici n'ont bénéficié qu'à 2 000 personnes. De plus, selon le journal, la corruption et les détournements de fonds continuent, même en temps de pandémie.

Pour l'éditorialiste d'ADN, « il est apparu clairement que le président agissait sur le fait accompli. Il n'y a pas de planification ni de réflexion » depuis le début de la crise. Ce remaniement intervient uniquement « parce qu'il a découvert que la poudrière pouvait lui exploser au visage  ». Au sujet des appels à la démission du président, le journal ADN conclut : « rien n'est mieux qu'un président qui termine son mandat constitutionnel. Bien que personne ne soit sûr de ce qui est le mieux pour le pays en ce moment ».

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