Avortement: la Cour interaméricaine des droits de l'homme s'empare du cas de Manuela, Salvadorienne morte en prison

(Illustration) Manifestation de femmes au Salvador en décembre 2017 pour demander la libération des femmes condamnées à de longues peines de prison pour avoir avorté. Dix huit femmes purgent actuellement de longues peines au Salvador, l'un des pays les plus répressifs sur cette question.
(Illustration) Manifestation de femmes au Salvador en décembre 2017 pour demander la libération des femmes condamnées à de longues peines de prison pour avoir avorté. Dix huit femmes purgent actuellement de longues peines au Salvador, l'un des pays les plus répressifs sur cette question. AP - Salvador Melendez

La Cour interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) a commencé à étudier l'affaire d'une jeune Salvadorienne condamnée pour avortement et morte en détention en avril 2010. Le Salvador est l'un des pays au monde qui a la législation la plus répressive sur l'avortement.

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Le Salvador a une loi anti-avortement extrêmement répressive, soutenue par la puissante Eglise catholique et 18 autres femmes y purgent de longues peines de prison pour avortement. Le code pénal salvadorien interdit strictement l'avortement et prévoit des peines de 8 ans de prison. Cependant, très souvent, les juges qualifient la perte de l'enfant à naître d' « homicide aggravé », réprimé par des peines pouvant aller jusqu'à 50 ans de prison.

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Le cas de Manuela est emblématique

Manuela, c'est un pseudonyme, avait été condamnée en août 2008 pour avortement, précisément qualifié d' «homicide aggravé» par les juges. Selon sa famille, il s'agissait d'une fausse couche, subie en février 2008. Condamnée à trente ans de prison, Manuela est décédée le 30 avril 2010 à l'âge de 33 ans au service pénitentiaire de l'hôpital national de San Salvador, où elle était soignée pour un cancer de la lymphe.

L'affaire, qui oppose la famille de la jeune femme à l'Etat du Salvador, « concerne une série de violations présumées de (ses) droits dans le cadre de la procédure pénale qui a abouti à (sa) condamnation pour homicide aggravé (...) dans le contexte de la criminalisation de l'avortement au Salvador », selon l'acte de renvoi devant la Cour interaméricaine des droits de l'homme. 

En début d'audience, la Cour a écouté l'expert Guillermo Ortiz, un gynécologue salvadorien vivant aux Etats-Unis ainsi que l'avocate argentine Laura Clérico, qui représente la famille de Manuela. Le médecin a assuré que « la peur s'est emparée du personnel de santé depuis 2001 », quand le ministère de la Santé a publié une directive ordonnant au personnel médical de dénoncer « le moindre soupçon d'avortement ».

C'est la première fois qu'un cas de condamnation pour avortement au Salvador est porté devant la Cour, selon Catalina Martinez, la directrice pour l'Amérique latine de l'ONG Centre des droits de reproduction. A San Salvador, l'avocate de Manuela, Angelica Rivas, a déclaré à l'AFP avoir « de grands espoirs » que la juridiction établisse « toutes les violations » subies par sa cliente.

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avec AFP

Le cas Manuela au Salvador, un dossier (en espagnol) de la rédaction Amérique latine de RFI signé Angelica Pérez

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