Guerre des mots entre Chine et États-Unis pour le premier face-à-face de l'ère Biden

La ville d'Anchorage en Alaska, tournée vers le Pacifique, a été choisie comme un terrain plus neutre que Washington ou Pékin pour ce séminaire sur deux jours. Mais face caméras, Pékin et Washington ont publiquement étalé leurs profonds désaccords.
La ville d'Anchorage en Alaska, tournée vers le Pacifique, a été choisie comme un terrain plus neutre que Washington ou Pékin pour ce séminaire sur deux jours. Mais face caméras, Pékin et Washington ont publiquement étalé leurs profonds désaccords. AFP - FREDERIC J. BROWN

C'était le premier tête-à-tête de l’ère Biden entre la Chine et les États-Unis. Une rencontre tendue entre le chef de la diplomatie américaine, Anthony Blinken, et son homologue chinois, Yang Jiechi, dans la ville d’Anchorage. Ce jeudi 18 mars, dès l’ouverture de ce sommet de deux jours en Alaska, Pékin et Washington ont publiquement étalé leurs profonds désaccords.

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La ville d'Anchorage avec ses températures polaires, tournée vers le Pacifique, a été choisie comme un terrain plus neutre que Washington ou Pékin pour ce séminaire sur deux jours. Mais d’emblée, les discussions commencent mal : c’est une joute verbale face caméra entre deux superpuissances, rapporte notre correspondant à San Francisco, Éric de Salve.

Le chef de la diplomatie américaine évoque d’abord ses « profondes inquiétudes » sur le sort des musulmans ouïghours dans Xinjiang, que Washington qualifie de « génocide ». Sans plus de pincettes, Anthony Blinken enchaîne tous les sujets qui fâchent : Hong Kong, Taïwan et les cyberattaques aux États-Unis. « Chacun de ces actes menace l'ordre fondé sur des règles qui garantit la stabilité mondiale », accuse le secrétaire d'État.

Réponse cinglante de Yang Jiechi, conseiller d'État chargé des affaires étrangères : « La Chine est fermement opposée aux ingérences américaines dans les affaires intérieures de la Chine. Nous prendrons des mesures fermes en représailles », prévient-il.

Pékin dénonce les dernières sanctions américaines 

Pour le plus haut responsable du Parti communiste chinois pour la diplomatie, Washington n’a pas de leçon à donner à Pékin en matière de droits de l’homme ou de démocratie. Les États-Unis feraient mieux de s’occuper de leurs propres problèmes de racisme, estime Yang Jiechi, en citant l'exemple du mouvement Black Lives Matter

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a également dénoncé les dernières sanctions américaines, annoncées à la veille de cette réunion, contre la reprise en main de Hong Kong par Pékin. « Ce n'est pas comme cela que l'on accueille ses invités et cela n'est pas conforme à l'étiquette diplomatique », a-t-il protesté. La diplomatie chinoise n’aime pas le retard, mais n’est pas avare en coup de théâtre. Cette question d’horaire a surpris les analystes. Les diplomates américains n’étaient pas à l’heure au rendez-vous, un manque de respect, lit-on dans les commentaires sur le compte Weibo du Quotidien du Peuple, rapporte notre correspondant à Pékin, Stéphane Lagarde.

Autre scène étonnante : quand les médias sont invités à quitter la pièce, la délégation chinoise ironise sur la liberté de la presse aux États-Unis. D’un geste de la main, Anthony Blinken rappelle alors les journalistes avant de répondre aux diplomates chinois. Les États-Unis, dit-il, « n’ignorent pas leurs problèmes, ils n’essaient pas de faire comme s’ils n’existaient pas ou de les cacher sous le tapis ».

Coopérer face aux défis communs malgré les tensions 

Le rendez-vous d'Anchorage intervient au retour d'une visite d'Antony Blinken au Japon et en Corée du Sud, deux alliés clés. Le secrétaire d'État avait mis en garde la Chine contre toute tentative de « coercition » et de « déstabilisation » de la région.

L'équipe Biden, qui reprochait à l'administration Trump son isolement sur la scène mondiale et une diplomatie à la fois véhémente et brouillonne, assure vouloir être plus méthodique pour « coopérer » face aux défis communs comme le réchauffement climatique. Et surtout pour remporter la compétition stratégique avec la Chine, érigée en « plus grand défi géopolitique du XXIe siècle ».

Le conseiller de la Maison Blanche pour la sécurité nationale, Jake Sullivan, a ainsi assuré que les États-Unis ne voulaient pas d'un « conflit » avec la Chine, mais étaient « ouverts à une compétition rude ». Finalement, Yang Jiechi a invité les États-Unis à abandonner leur mentalité de guerre froide. Ces discussions entre chefs de la diplomatie chinoise et américaine en Alaska sont prévues pour durer deux jours.

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