Cinélatino: coup de chapeau aux 1ers films et à Alfredo Castro pour son soutien aux jeunes cinéastes

Les deux principaux interprètes du film «Tengo miedo torero» du réalisateur chilien Rodrigo Sepulveda, primé lors de la 33e édition du festival Cinélatino : Alfredo Castro est La Loca et Leonardo Ortizgris, le jeune militant de gauche Carlos.
Les deux principaux interprètes du film «Tengo miedo torero» du réalisateur chilien Rodrigo Sepulveda, primé lors de la 33e édition du festival Cinélatino : Alfredo Castro est La Loca et Leonardo Ortizgris, le jeune militant de gauche Carlos. © Cinelatino

C'est via les plateformes Youtube et Facebook du festival Cinélatino que les prix de cette édition hors norme des Rencontres de Toulouse ont été annoncés. Une 33e édition en ligne donc, pandémie oblige, pour ce premier set de mars avec un rendez-vous programmé en juin pour les remises des prix et les rencontres avec les invités du festival, la documentariste brésilienne Maria Augusta Ramos et le comédien chilien Alfredo Castro, qui a déjà eu droit à un coup de chapeau particulier lors de la remise des prix, ce dimanche 28 mars. 

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Le festival Cinélatino a pour vocation de faire connaître le cinéma latino-américain en France, et surtout les jeunes cinéastes dont il accompagne le travail par le biais de structures comme Cinéma en construction. Et s'il est un comédien en Amérique latine qui encourage ce jeune cinéma, c'est bien Alfredo Castro. En saluant le travail de ce dernier, le jury du Grand prix coup de cœur du festival a récompensé « la générosité avec laquelle il met son talent au service de premiers films (Karnawal de Juan Pablo Félix) mais aussi de réalisateurs plus confirmés (Tengo miedo torero de Rodrigo Sepúlveda) ».

Alfredo Castro, compagnon de route des jeunes réalisateurs  

Dans l'entretien qu'il a accordé à l'équipe du festival, Alfredo Castro raconte son bonheur de travailler avec des jeunes réalisateurs. Leur liberté de ton, leur radicalité conviennent à son propre engagement à lui aussi en temps que comédien. Il a ainsi participé à de très nombreux premiers films et les metteurs en scène font de fait appel à lui pour leurs premières œuvres tant son talent et sa notoriété sont un atout évident pour des films en devenir, alors que les financements et soutiens sont si difficiles à obtenir.

Ainsi Karnawal, sélectionné pour la compétition longs métrages, est le premier film du jeune réalisateur argentin Juan Pablo Félix. Alfredo Castro, cheveux longs et dégaine de voyou, y interprète le rôle du père du jeune héros, Cabra. Le père, qui sort de prison, tente de renouer les liens avec son fils danseur de Malambo, une danse traditionnelle argentine devenue la bouée de sauvetage de cet adolescent un peu perdu dans une famille désarticulée. Un film tourné à la frontière bolivienne, et qui a demandé à Alfredo Castro, lui qui habite un troisième corps pour interpréter (« métaboliser » dit-il) ses rôles et va chercher au plus profond de lui-même et de son personnage les ressorts de son jeu, un effort particulier.

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L'acteur a également été salué pour son rôle dans un autre film présenté en compétition, Tengo miedo torero, du réalisateur chilien Rodrigo Sepulveda, dont c'est le quatrième long métrage. Il y interprète le rôle d'un vieux travesti qui brode des drapeaux chiliens sur des nappes pour les épouses des militaires fascistes et tombe amoureux d'un jeune militant dont l'organisation prépare un attentat contre Augusto Pinochet. Entre Carlos, le révolutionnaire, et La loca, le vieux travesti autrefois star des scènes queers, se noue une relation faite de complicité, de séduction, de rires et beuveries. Un personnage fascinant et une interprétation qui font écho à d'autres rôles précédemment interprétés par Alfredo Castro au cinéma ou au théâtre. Qui d'autre que lui pour être La loca ? Ce film Tengo miedo torero a été couronné des prix du public - La dépêche du Midi et du prix Ciné +, une nouveauté de cette édition de Cinélatino.

Des premiers longs métrages récompensés

Premier film salué par un prix, le Grand prix coup de cœur, La chica nueva, de la jeune réalisatrice argentine Micaela Gonzalo. Il raconte l'histoire de Jimena, une jeune fille qui après la disparition de sa mère, part en Patagonie rejoindre son demi-frère dans l'espoir de trouver du travail et démarrer une nouvelle vie. Employée dans une usine de montage de téléphones portables, elle découvre la réalité du monde du travail, des luttes sociales mais aussi la solidarité ouvrière et la fraternité. C'est le premier long métrage de la réalisatrice, et un film où les liens d'amitié qui se nouent notamment entre les ouvrières - les employé(e)s d'une coopérative y jouent leur propre rôle - adoucissent l'âpreté du climat, la rudesse de l'environnement, la froideur de la lumière. La jeune fille, finement interprétée par Mora Arellinas, se découvre dans ce bout du monde une nouvelle famille. Un film qui vient aussi enrichir un corpus nourri de travaux cinématographiques sur le monde du travail en Argentine, mais du point de vue de la fiction.

Autres premiers longs métrages salués cette fois par le prix SFCC de la Critique, El alma quiere volar, de la Colombienne Diana Montenegro, et le film brésilien Casa de antiguedades de João Paulo Miranda Maria. Le personnage principal, Cristovam, est un vieil employé noir d'une laiterie appartenant à une dynastie d'origine autrichienne. Nous sommes dans le sud du Brésil, dans une région où les colons d'origine européenne (qui se pensent plus Européens que les Européens eux-mêmes) n'ont que mépris pour les noirs immigrés du Sertão. Servi par le comédien fétiche du cinema novo Antonio Pitanga, qui a commencé sa carrière cinématographique dans Barravento en 1962 aux côtés de Glauber Rocha, le personnage de Cristovam se métamorphose au fil de ses passages dans la vieille maison abandonnée qui a donné son titre au film. En révolte contre l'ordre établi, Cristovam trouve là des vêtements, masque et attributs qui le renvoient à ses origines métisses et aux croyances magiques de ses ancêtres. Peu à peu, le vieil homme change de peau et le film bascule du réalisme social (l'hygiénisme de la laiterie, le racisme des patrons, le clientélisme politique) dans le monde fantastique des esprits. Une dialectique aussi du visible et de l'invisible, et du caché de la société brésilienne, explique le réalisateur, dont c'est le premier long métrage et le fruit de six années de travail. Un film également salué par le Prix de la Fédération internationale de la presse et que le festival de Toulouse a accompagné avec Cinéma en construction.

Tous ces premiers films récompensés justifient a posteriori le travail effectué par l'équipe du festival des Rencontres de Toulouse pour accompagner ce jeune cinéma dans sa fabrication, sa production et sa distribution. L'industrie du cinéma connaît depuis une dizaine d'années une aventure passionnante, se réjouit Alfredo Castro. D'Europe à l'Amérique latine, du Mexique au Chili, on travaille ensemble, on produit ensemble, on s'aime et on se mélange, s'enthousiasme t-il. Ce sont des échanges fructueux qui se nouent et qui permettent au cinéma latino-américain de se faire connaître et prendre toute la place qui lui revient sur la scène internationale. C'est la mission que s'est assigné le festival Cinélatino depuis plus de trente ans et gageons que l'on retrouvera tous les jeunes cinéastes récompensés avec de nouveaux projets dans les années qui viennent.

► Tous les films sont encore en ligne sur la plateforme de Cinélatino jusqu'au 5 avril

► À noter que les prix du documentaire du festival et du public ont été attribués à la Paraguayenne Arami Ullón pour son film Apenas el sol

Tout le palmarès est à retrouver ici

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