Reportage

Migrants: les Mexicains de plus en plus présents à la frontière avec les Etats-Unis

Migrants d'Amérique centrale expulsés des États-Unis, devant une antenne de l'Institut national de la migration à Ciudad Juarez, dans l'État mexicain de Chihuahua, le 5 avril 2021.
Migrants d'Amérique centrale expulsés des États-Unis, devant une antenne de l'Institut national de la migration à Ciudad Juarez, dans l'État mexicain de Chihuahua, le 5 avril 2021. AFP - HERIKA MARTINEZ

Les autorités migratoires américaines s’apprêtent à interpeller à la frontière entre les États-Unis et le Mexique plus de migrants en 2021 que durant chacune des vingt dernières années. Parmi eux, de plus en plus de Mexicains candidats à l’exil. Ces dernières années, le flux migratoire du Mexique vers son voisin du Nord avait fortement diminué, largement supplanté par les migrants d’Amérique centrale. Mais avec la débâcle économique aiguisée par la pandémie, de plus en plus de Mexicains ne voient plus d’autre choix que de prendre la route vers le Nord.

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Avec notre envoyée spéciale à Ciudad Juarez, Alix Hardy

Dans ce refuge de l’État pour enfants et adolescents migrants de Ciudad Juarez, ville frontalière avec le Texas, 80 % des pensionnaires sont mexicains. Le directeur, José Alfredo Villa, a vu les chiffres exploser cette année.

« Ils partent seuls car souvent, les familles n'ont pas assez d'argent pour partir émigrer ensemble, nous explique-t-il. Alors elles envoient l'aîné chercher une vie meilleure aux États-Unis, où il sera pris en charge par son oncle ou sa tante. Mais beaucoup sont interceptés à la frontière et renvoyés ici. Depuis la fin 2020, quand les restrictions sanitaires ont diminué au Mexique, on a vu une forte hausse de ce flux migratoire : +100 % dans notre refuge. Soudain, on avait 100, 150 enfants chaque mois et cela continue ainsi depuis. »

► À lire aussi : États-Unis-Mexique: des milliers de migrants massés à la frontière, à Ciudad Juarez

Message opportuniste

En 2020, l’économie mexicaine s’est contractée de plus de 8 %, plongeant près de 10 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté. À cette urgence s’ajoute l’espoir d’un président américain plus clément. Il n’a pas ouvert la frontière, mais les passeurs sont là pour cultiver un message opportuniste auprès des candidats à la migration, regrette Dolores, qui gère un refuge pour migrants à Juarez.

« Les passeurs leur disent : "Oui oui, le président américain va vous aider, la frontière est ouverte ! " Que des mensonges, souligne-t-elle. Nous, on leur dit de ne pas venir maintenant, d'attendre. Car sinon ils se feront juste plumer par les passeurs. Mais ils viennent de toute manière : ils ne nous écoutent pas car leur décision est déjà prise. »

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