Vote sur la création d'un syndicat Amazon dans l'Alabama: le camp du «non» l'emporte

Sur les 3215 bulletins reçus de l'entrepôt de Bessemer, 1798 étaient contre la syndicalisation contre 738 en faveur du RWDSU, le syndicat national de la distribution que des employés voulaient rejoindre.
Sur les 3215 bulletins reçus de l'entrepôt de Bessemer, 1798 étaient contre la syndicalisation contre 738 en faveur du RWDSU, le syndicat national de la distribution que des employés voulaient rejoindre. AP - Michel Spingler

Le mouvement de salariés d'Amazon pour créer un syndicat dans un entrepôt de l'Alabama, ce qui aurait été une première pour le groupe aux États-Unis, s'est soldé par un échec dans les urnes vendredi 9 avril.

Publicité

Sur les 3 215 bulletins reçus de l'entrepôt de Bessemer, 1 798 étaient contre la syndicalisation contre 738 en faveur du RWDSU, le syndicat national de la distribution que des employés voulaient rejoindre.

Plusieurs centaines de bulletins étaient contestés ou jugés non valables, mais le camp du « non » est d'ores et déjà assuré d'obtenir la majorité des suffrages.

Ce résultat marque une victoire nette pour le géant du commerce en ligne. « La représentation syndicale est un choix pour les salariés, mais beaucoup d'entre eux ont clairement préféré les opportunités d'un marché du travail offrant de bons salaires et des bénéfices au caractère anonyme d'une convention collective », a réagi David French de la fédération nationale de la distribution, représentant les professionnels du commerce de détail.

Interrompu jeudi soir, le décompte des voix, supervisé par le National Labor Relations Board (NLRB), l'agence fédérale en charge du droit du travail, s'est achevé vendredi matin à Birmingham, la capitale de l'Alabama, État conservateur et pauvre du sud des États-Unis.

Une plainte « contre toutes les actions scandaleusement et ouvertement illégales »

« Amazon n'a ménagé aucun effort pour rendre fou ses propres employés », a réagi Stuart Appelbaum, le président du RWDSU. « Nous ne laisserons pas Amazon s'en tirer à si bon compte avec leurs mensonges, leurs tromperies et leurs activités illégales », a-t-il ajouté. Le syndicat a annoncé qu'il allait porter plainte auprès du NLRB « contre toutes les actions scandaleusement et ouvertement illégales menées par Amazon lors du vote de syndicalisation ».

Le syndicat avait remporté une première victoire l'année dernière, en réunissant suffisamment de signatures pour organiser un vote.

À lire aussi : Allemagne: le géant Amazon confronté à une vague de grèves de ses salariés

Affrontement en ligne

Le mouvement de Bessemer a ensuite pris une dimension nationale. Il a vu s'opposer les soutiens aux employés syndicalistes - des artistes, des parlementaires démocrates et républicains, et même le président Joe Biden - et Amazon, dont les affaires ont prospéré pendant la pandémie.

Le groupe de Seattle et le RWDSU se sont affrontés en ligne. Sur le terrain, Amazon a fait valoir ses arguments contre la syndicalisation à coup de textos, d'affiches et de réunions d'information hebdomadaires dans l'entrepôt depuis des mois, tandis que les syndicalistes démarchaient les employés à l'entrée de l'entrepôt jour et nuit.

Les salariés pro-syndicats se plaignent de cadences infernales, du manque de temps pour aller aux toilettes ou pour manger, du manque de protections en matière de sécurité (notamment contre le Covid-19) et de salaires insuffisants par rapport au travail demandé.

De son côté, Amazon s'est défendu en rappelant que les salaires démarrent à 15 dollars de l'heure (plus du double du salaire minimum dans l'Alabama) et qu'il fournit des avantages sociaux, comme la couverture santé. Le groupe assure que ses employés disposent des pauses nécessaires.

Amazon, deuxième plus important employeur aux États-Unis avec 800 000 salariés, est régulièrement critiqué sur le front des responsabilités sociales et environnementales par des associations et certains de ses employés.

À lire aussi : États-Unis: une coalition de PME veut briser le monopole d'Amazon

« Un jalon »

« Nous continuerons d'essayer », a assuré à l'AFP Sondra Hill, une employée à mi-temps de l'entrepôt, très déçue par le résultat du vote. « Mais je ne crois que je vais continuer à travailler là encore longtemps ».

Malgré la défaite dans les urnes, Darrell West, expert à la Brookings Institution, estime que « le vote d'Amazon est un jalon majeur pour le mouvement syndical aux États-Unis, car il s'agit d'une des premières tentatives de syndicaliser une partie de l'économie numérique ».

Début janvier, des salariés de Google ont annoncé la création d'un syndicat après des divergences avec leurs dirigeants autour du licenciement de chercheuses travaillant sur les questions d'éthique liées à l'intelligence artificielle.

Pour Rebecca Kolins Givan, professeure associée à Rutgers University dans le New Jersey, « notre droit du travail est biaisé contre les gens qu'il est censé protégé ». « C'est extrêmement difficile pour les salariés d'organiser un syndicat et incroyablement simple pour les employeurs de les brutaliser pour les en empêcher », poursuit l'universitaire. « Amazon a dépensé beaucoup d'argent à Bessemer en embauchant les meilleurs avocats anti-syndicats du pays et en semant avec acharnement la peur et l'incertitude au sein des effectifs. Leurs investissements ont payé. »

(Avec AFP)

Le résultat reflète vraiment la nature des lois qui encadrent le travail aux États-Unis, et qui rendent très difficile l’organisation en syndicats des travailleurs. Ce n’est pas que les employés ne veulent pas avoir une voix au chapitre dans leur travail, c’est que cela est très compliqué dans la loi américaine de l’obtenir. Sans violer la loi, Amazon a pu organiser des réunions obligatoires où les employés devaient écouter des messages contre les syndicats, il y avait des affiches contre les syndicats sur le lieu de travail, y compris dans les toilettes, ils envoyaient des textos aux employés plusieurs fois par jour pour créer de l’incertitude et semer le doute dans leur esprit, pour leur signifier qu’ils devraient avoir peur des syndicats, que les syndicats ne leur apporteraient pas ce qu’ils espéraient, et Amazon a pu faire tout cela complètement légalement. Donc cela montre bien le défi que représente l’organisation d’un syndicat sous la loi actuelle américaine. Je pense qu’il va y avoir plus de pression pour que ces lois changent et faire en sorte que les employés qui veulent être entendus sur leur lieu de travail puissent l’être.

Rebecca Kolins Givan, professeur spécialiste du droit du travail à l’école Rutgers de management dans le New Jersey

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail