Revue de presse des Amériques

À la Une: Joe Biden veut «mettre fin à la plus longue guerre de l’Amérique»

Dans la base de Kandahar en Afghanistan, des soldats américains prient avant de partir en mission, le 1er septembre 2010.
Dans la base de Kandahar en Afghanistan, des soldats américains prient avant de partir en mission, le 1er septembre 2010. AFP/Patrick Baz

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Le président américain a donc annoncé hier le départ des troupes américaines d’Afghanistan d’ici le 11 septembre. En Une du New York Times une photo qui en dit long : celle de Joe Biden, avançant ce mercredi parmi des centaines de pierres tombales blanches qui se découpent sur l’herbe verte du cimetière d’Arlington. Avec sous la photo cette citation du président américain : « les troupes américaines ne doivent pas être utilisées comme monnaie d’échange » entre les belligérants.

Mais justement, selon le Wall Street Journal, ce plan pour évacuer les troupes d’ici le 11 septembre 2021 « entrave les pourparlers de paix avec les talibans » : il « enlève au gouvernement de Kaboul son principal moyen de pression ». En plus, explique le journal « l’administration Trump s’était entendue l’an dernier avec les talibans à Doha, au Qatar, pour qu’ils limitent les actions d’al-Qaïda contre une promesse des Américains de partir d’ici le 1er mai ». Du coup, s’ils estiment que les Américains se retirent de cet accord, « les talibans ne vont absolument pas se sentir obligés de discuter avec le gouvernement afghan », explique un analyste de l’ONG International Crisis Group interrogé par le Wall Street Journal.

À l’heure du retrait, les quotidiens ont donné la parole aux vétérans américains. Dans le Washington Post Peter Lucier, un ancien soldat aujourd’hui étudiant en droit à Saint Louis, était depuis longtemps favorable à ce départ des troupes : « Je pensais que je serais heureux. Mais ça ne résonne pas comme une victoire. C’est un grand sentiment de vide ». Car, estime le New York Times, aujourd’hui que la guerre se termine pour les États-Unis, certaines questions sans cesse remises à plus tard se posent enfin : « Comment les sacrifices innombrables et les petites victoires peuvent-ils laisser l’Afghanistan sans meilleure promesse de paix qu’il y a une génération ? Qu’est-ce que cela dit du prix de la vie des presque 2 400 soldats américains tués ? Et de la nation américaine dans son ensemble ? » Pour Jason Dempsey, 49 ans, déployé deux fois en Afghanistan, les choses sont claires : « la fin de la guerre ne devrait apporter aux chefs militaires qu’un sentiment collectif de culpabilité et d’introspection ».

Une réparation financière pour l’esclavage ?

Toujours aux États-Unis, un comité du Congrès américain s’est penché ce mercredi sur le principe d’une éventuelle réparation financière de l’esclavage : « un vote historique », s’exclame le New York Times. Pourtant le comité ne fait que recommander l’adoption d’une loi qui, explique le Washington Post, permettrait de « créer une commission chargée de faire des propositions sur le paiement de réparations aux descendants des personnes réduites en esclavage ». Mais « ce projet de loi a été introduit pour la première fois il y a trente ans », rappelle le journal, et ce vote en comité, « c’est le plus loin qu’il ait jamais été. »

Plus largement, The Hill note que « le débat sur la race s’empare du Congrès » cette semaine, avec des démocrates qui « essaient aussi de faire passer une loi pour combattre les attaques visant les Américains d’origine asiatique, et une autre pour élargir le droit de vote, particulièrement celui des Noirs et d’autres minorités. » Pour expliquer cette pugnacité législative des démocrates, le journal rappelle que « Joe Biden et les démocrates doivent une bonne partie de leur succès à la présidentielle au vote des minorités ». Certains démocrates pointent eux du doigt le bilan de Donald Trump sur tout ce qui a trait aux minorités.

Pétrole et État

Au Mexique, la Chambre des députés a adopté un projet de loi du président Andres Manuel Lopez Obrador, qui renforce le contrôle de l’État sur le secteur des hydrocarbures. Pour que le texte soit adopté, il doit encore être voté par le Sénat, mais tous les journaux mexicains en font déjà leur Une. Car si la majorité a adopté la loi, 292 pour et 153 contre, précise la Jornada, l’opposition, mais aussi les chefs d’entreprises et les experts s’y opposent. Comme l’Institut mexicain pour la compétitivité, qui quelques minutes à peine après le vote, rapporte El Universal, avertissait que cette loi « fait courir des risques aux finances publiques », au marché pétrolier et tout simplement aux familles qui voudraient acheter de l’essence : car, affirme l’IMCO, « l’état des finances des entreprises du secteur privé comme Pemex, à qui seraient transférés la production, la transformation, le transport des hydrocarbures, donne une idée de leur inefficacité opérative et administrative ».

À l’Assemblée nationale, les députés de la majorité ont affirmé que cette réforme « mettra fin au vol de carburant et à la corruption dans le secteur énergétique », note Excelsior, pendant que les députés de l’opposition eux soutenaient que cette loi est « inconstitutionnelle et risque le même sort que la Loi sur l’électricité : essuyer des recours en justice qui seront entendus, car cette réforme représente un véritable coup d’État ». La Loi sur l’électricité avait été suspendue par un juge le mois dernier, peu après avoir été adoptée.

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