Reportage

Les Cubains, résignés, n'attendent rien du 8e congrès du Parti communiste

Panneau publicitaire du 8e congrès du Parti communiste de Cuba qui dit: «Le Parti est l'âme de la Révolution» à La Havane, Cuba, le 16 avril 2021.
Panneau publicitaire du 8e congrès du Parti communiste de Cuba qui dit: «Le Parti est l'âme de la Révolution» à La Havane, Cuba, le 16 avril 2021. REUTERS - ALEXANDRE MENEGHINI

Cuba tourne une page d'histoire avec le départ à la retraite de Raul Castro. Le 8e congrès du Parti communiste cubain se tient jusqu'à lundi 19 avril, un moment historique pour le pays qui voit arriver au pouvoir une nouvelle génération sans Castro. Mais le congrès se tient dans un contexte de crise économique, de pénuries et d'inflation, alors les Cubains sont résignés et n'attendent rien de ce congrès du parti.

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Avec notre correspondante à La Havane, Domitille Piron

La Havane n’est plus qu’une immense file d’attente. Les Cubains ne vivent plus, ils survivent, disent-ils, et passent leur vie en quête de nourriture. Ce jeune homme qui ne veut pas donner son identité est désabusé, exaspéré, il s’est réveillé à 5h du matin pour faire la queue et espérer entrer dans un supermarché. Alors les potentiels changement à venir de cette réunion du parti il n’en attend rien.

« Ce pays ne sert à rien, se lamente-t-il. Et je peux même dire plus : mon seul désir c’est de monter dans un bateau et partir, et tout le monde pense comme moi ici ! Tout ce qu’ils racontent ce ne sont que des mensonges, pour tromper la population et leur faire croire en l’avenir. Tu connais l’expression qui dit : "Aucun mal n’est éternel" eh bien on dirait que le nôtre si ! Parce que ça fait déjà 60 ans qu’on vit comme ça ! »

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Les Cubains doivent non seulement patienter dans des files d’attentes, mais ils subissent également une inflation galopante provoquée par la réforme monétaire. Le gouvernement estime qu’à long terme cette réforme permettra au pays de sortir de la crise, mais José Ignacio non plus, n’y croit plus : « Leur histoire de réforme monétaire là, franchement je ne sais pas quoi en penser, on nous dit d’être patient mais bon ça fait 60 ans que ça dure ces histoires. »

Les Cubains sont résignés et en ces temps de crise les langues se délient, le plus étonnant vient des personnes âgées qui défendent habituellement leur Révolution, mais se sentent aujourd’hui abandonnées, comme cette vieille dame qui fait la queue pour du pain. « C’est de la folie, mais moi je ne peux rien y faire, confie-t-elle, ni en parlant ni en me battant parce que de toute façon tout ça va rester tel quel. »

C’est donc dans un climat de résignation face à la crise que se tient ce 8e congrès du PCC.


Une nouvelle génération au pouvoir qui n’a connu que l’embargo

Si une page d’histoire se tourne à Cuba avec le départ de Raul Castro du parti communiste cubain, il reste une constante : l’embargo américain.

Sur le départ, Raul Castro émettait ce vendredi le souhait de voir à nouveau se rapprocher Cuba et les États-Unis, lors de son dernier grand discours devant le 8e congrès du PCC. Et aujourd’hui, la nouvelle génération qui arrive au pouvoir à La Havane, a donc toujours vécu sous embargo.

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Certains n’ont connu que le castrisme et l’unique et tout puissance Parti communiste au pouvoir, mais 70% des Cubains ont surtout vécu uniquement sous embargo américain.

Le président Miguel Diaz-Canel, à qui Raul Castro confiera la direction du parti à l’issue du Congrès, a le même âge que le blocus, et la nouvelle génération qui arrive aujourd’hui au pouvoir n’a rien connu d’autre qu’un pays sous sanctions, comme la fonctionnaire d’État, Vivian Herrera. « Quand je suis née le blocus était déjà en place depuis 5 ans, se souvient-elle. C’est quelque chose qui est dans notre sang, parce que c’est notre quotidien. » 

En 1961, l’embargo américain contre Cuba est décrété en réaction à la Révolution de Fidel Castro qui proclame son caractère socialiste.  Dernièrement, le mandat de Donald Trump n’a fait que renforcer les sanctions américaines. Vivian Herrera est bien placée pour le savoir, elle travaille au ministère du Commerce extérieur : « Nous avons senti la recrudescence du blocus dans son expression la plus dure ».

L’élection de Joe Biden a apporté un souffle d’espoir aux Cubains, mais pour l’instant le mandataire de la Maison Blanche a fait savoir que Cuba n’était pas sa priorité, les sanctions les plus récentes et l’embargo restent donc en vigueur, et les Cubains résistent encore.

« Regardez-moi, poursuit Vivian Herrera. Je suis la preuve vivante qu’on peut vivre et résister et que le pays peut se développer malgré tout, avec beaucoup de difficultés mais nous le pouvons, parce que nous croyons en notre résilience et résistance. »

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