Revue de presse des Amériques

À la Une: Derek Chauvin déclaré coupable de tous les chefs d’accusation

A l'issue d'un procès particulièrement médiatisé, l'ex-policier de Minneapolis Derek Chauvin a été reconnu coupable du meurtre de George Floyd et a été emmené pour être incarcéré à l'issue de la dernière audience, le 20 avril 2021.
A l'issue d'un procès particulièrement médiatisé, l'ex-policier de Minneapolis Derek Chauvin a été reconnu coupable du meurtre de George Floyd et a été emmené pour être incarcéré à l'issue de la dernière audience, le 20 avril 2021. via REUTERS - POOL

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« Chauvin convicted », Chauvin condamné, peut-on lire sur la première page de presque tous les journaux nord-américains. Du Wall Street Journal au New York Times en passant par le quotidien local de Minneapolis, le Star Tribune, la presse publie aussi cette photo emblématique de Derek Chauvin, masqué, menotté et conduit par un policier de la salle d’audience directement en prison.

« Il est rare que la justice condamne le comportement d’un policier », titre sobrement le New York Times. Pour le Washington Post, il était pourtant difficile pour le jury de ne pas suivre les chefs d’accusation, surtout après avoir visionné la vidéo accablante qui montre comment Derek Chauvin étouffe George Floyd, immobilisé sur le sol, avec son genou.

« Le seul atout que Derek Chauvin possédait pendant le procès, mais il était de taille, c’était son statut d’ex-policier », écrit le Washington Post. Mais cela ne l’a finalement pas sauvé, face aux lourdes charges qui pesaient contre lui. En plus de la vidéo, c’étaient les témoignages poignants et très émouvants des personnes qui avaient assisté à la scène, qui ont visiblement impressionné les jurés, d’après le Star Tribune. « Ces récits puissants, surtout lorsqu'ils étaient racontés au début du procès, restent très souvent gravés dans la tête des jurés ».

Un moment de catharsis

Selon le New York Times, l’annonce du jury a été un moment de catharsis pour beaucoup d’Afro-Américains dans le pays. En témoigne cette réaction que le quotidien a recueillie à Minneapolis, d’une habitante qui attendait le verdict à l’endroit où George Floyd a été tué. « Nous comptons »,« We matter », a-t-elle crié, en pleurs. Un autre témoignage important, celui de l’un des frères de George Floyd, Philonise Floyd. Il explique au journal Star Tribune qu’il était, au moment du verdict, justement en train de prier pour que Derek Chauvin soit déclaré coupable. Car, comme il le dit, les Afro-Américains sont habitués à ce que justice ne leur soit jamais rendue. En tout cas pour le journal, ce procès se termine d’une manière « spectaculaire », un procès qui a attiré l’attention du monde entier, ajoute le Star Tribune.

Un nouveau cas de violence policière

Aux États-Unis, il y a eu un nouveau cas de violence policière, à peine une heure avant le verdict dans le procès Chauvin. Une adolescente noire à Columbus dans l'Ohio a été tuée par la police alors qu'elle semblait attaquer avec un couteau deux autres filles, d’après une vidéo publiée par les autorités locales. Les faits se sont produits moins d’une heure avant la condamnation de Derek Chauvin. 

D'après le site de la radio publique NPR, Ma'Khia Bryant, 16 ans, avait appelé le numéro d’urgence de la  police car elle se sentait menacée par un groupe d’adolescents. Après l’incident, des dizaines de personnes se sont spontanément rassemblées pour protester contre ce nouvel acte de violence policière.

« Nous pouvons enfin respirer »

Les réactions à condamnation de Derek Chauvin sont nombreuses aux États-Unis, mais le verdict est aussi très suivi et commenté dans les autres pays du continent américain. « Nous pouvons enfin respirer », titre le journal canadien La Presse, une phrase extraite d’un témoignage que le quotidien a recueilli dans les rues de Minneapolis, après le verdict. Une phrase qui fait évidemment référence à celle que George Floyd, écrasé sous le genou de Derek Chauvin, répétait avant de mourir : « I can’t breathe, je ne peux pas respirer ». C’est devenu l’un des slogans du mouvement Black Lives Matter, et justement d’après le journal brésilien O Globo, le cas de George Floyd a contribué à « internationaliser » le mouvement pour les droits des Noirs.  

La police brésilienne six fois plus violente

D’autres journaux brésiliens se félicitent de la condamnation. C’est le cas de la Folha de S.Paulo. Pour le quotidien, il ne faut pas oublier que la justice ce n’est pas un acte de revanche, « c’est la faculté de déshabiller la barbarie de son manteau d’autorité et de montrer que le policier, en l’occurrence Derek Chauvin, est nu. Qu’il a perdu la raison, son autorité légale, le respect pour les autres, l’humanité que nous partageons tous ». 

Et la Folha de S.Paulo de conclure sur une comparaison avec le Brésil. « Les policiers brésiliens tuent six fois plus que les policiers américains. A elle seule, la police de Rio fait plus de victimes que toute la police américaine », précise le journal qui rappelle le cas du jeune João Pedro, 14 ans. Il a été tué l’année dernière dans une favela de Rio par une balle perdue de la police lors d’une opération des forces de l’ordre. Jusqu'à présent, aucun policier impliqué dans l’opération n’a été condamné.

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