Sommet climat: Biden double les objectifs américains et exhorte le monde à passer à «l'action»

Le président américain, Joe Biden, lors du sommet sur le climat par visioconférence à la Maison Blanche, le 22 avril 2021.
Le président américain, Joe Biden, lors du sommet sur le climat par visioconférence à la Maison Blanche, le 22 avril 2021. AP - Evan Vucci

Joe Biden a dévoilé, jeudi 22 avril lors de son sommet sur le climat, un nouvel objectif américain de réduction des émissions polluantes quasiment doublé, pour marquer le retour des États-Unis dans la lutte contre le réchauffement et pousser le reste du monde à « l'action ».

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Joe Biden a promis, à l'ouverture de cette réunion virtuelle sur le climat de deux jours avec une quarantaine de dirigeants mondiaux, de réduire les émissions de gaz à effet de serre de la première économie mondiale de 50% à 52% d'ici 2030 par rapport à 2005. Cet objectif double quasiment l'ancien engagement de Washington d'une diminution de 26% à 28% à l'horizon 2025.

Avec ce nouvel engagement, les États-Unis espèrent participer à maintenir le réchauffement mondial sous les +2°C, si possible +1,5°C, par rapport à l'ère pré-industrielle, comme le prévoit l'accord de Paris conclu en 2015. Un objectif planétaire hors de portée en l'état actuel des engagements nationaux.

En maintenant ces investissement et en mettant les gens au travail, les États-Unis s'engagent sur la voie de réduire de moitié leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici la fin de la décennie.

Joe Biden, président des États-Unis

Joe Biden a rejoint dès le premier jour de sa présidence, en janvier, l'Accord de Paris sur le climat dont Donald Trump avait claqué la porte il y a quatre ans. Depuis, à l'opposé du discours climatosceptique de son prédécesseur républicain, il décline les avertissements sur « l'urgence » pour éviter une « catastrophe ». Et il a dévoilé un méga-plan pour les infrastructures américaines avec un important volet de transition écologique.

Mettant en garde contre « le coût de l'inaction » et vantant les bénéfices économiques « extraordinaires » qui peuvent découler des réformes écologiques, Joe Biden a exhorté le reste du monde à suivre l'exemple américain au nom d'un « impératif moral et économique ». « Nous devons passer à l'action, nous tous », « nous devons accélérer », a-t-il martelé, rappelant qu'« aucun pays ne peut résoudre cette crise tout seul ».

Washington va « doubler » d'ici 2024 son aide publique aux pays en développement pour faire face au changement climatique, par rapport aux niveaux enregistrés dix ans plus tôt, a encore annoncé Joe Biden. Le département d'État américain a justifié cet objectif par la nécessité de « tourner la page de la forte chute des financements internationaux fournis par les États-Unis sur le climat » pendant la présidence de Donald Trump. Le président américain a également annoncé la création d’une nouvelle coalition, LEAF, conduite par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Norvège. Dotée d'un milliard de dollars, elle aura pour mission de lutter contre la déforestation.  

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Pour le Premier ministre britannique, Boris Johnson, l'annonce américaine de ce jeudi « change la donne » et pourrait donner le coup de fouet nécessaire aux négociations internationales. Se posant en leader sur ces questions, il a défendu son projet renforcé, annoncé mardi, de réduire les émissions du Royaume-Uni de 78% d'ici 2035 par rapport à 1990. Saluant aussi l'engagement américain, le président français Emmanuel Macron a également lancé un appel à « accélérer ».

La Chine « déterminée à travailler avec la communauté internationale »

Les grandes puissances invitées, qui représentent ensemble 80% des émissions mondiales, se sont mises en ordre de marche avant ce sommet, point d'étape vers la grande conférence de l'ONU, la COP26, prévue en fin d'année à Glasgow, en Écosse. L'UE est parvenue in extremis dans la nuit de mardi à mercredi à un accord sur une réduction nette d'« au moins 55% » de ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport au niveau de 1990.

Le président chinois Xi Jinping a, quant à lui, insisté ce jeudi sur la volonté de son pays de jouer un rôle central dans la lutte contre le réchauffement climatique, réaffirmant l'objectif d'une neutralité carbone de la Chine d'ici 2060. La Chine est « déterminée à travailler avec la communauté internationale, et en particulier les États-Unis », a déclaré Xi Jinping.

Le Premier ministre japonais, Yoshihide Suga, a annoncé de son côté que le Japon allait réduire ses émissions de CO2 à 46% à l'horizon 2030 par rapport à 2013, contre une cible précédente de 26%. 

Comme les États-Unis, le Canada a, lui aussi, revu ses objectifs à la hausse et veut réduire de 40% à 45% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 par rapport au niveau de 2005, au lieu de 30% précédemment, a affirmé Justin Trudeau. « Nous devons agir maintenant. Car il n'y a pas de vaccin contre une planète polluée », a déclaré le Premier ministre canadien. « Notre priorité continue d'être notre lutte contre la Covid-19 » mais « on doit aussi écouter la science climatique qui nous dit qu'on fait face à une menace existentielle », a-t-il ajouté.

Même le président brésilien Jair Bolsonaro, proche de Donald Trump mais moins de Joe Biden, s'est engagé à mettre fin à la déforestation illégale en Amazonie d'ici 2030 et à avancer la neutralité carbone du Brésil de dix ans, en 2050 – malgré le scepticisme des observateurs.

L’Indonésie, l’Afrique du Sud la Corée du Sud n’ont en revanche rien annoncé de neuf. En 2019 pourtant, Séoul était le troisième plus gros investisseur dans les centrales à charbon à l’international. La première journée de ce sommet a donc donné lieu à peu d'annonces vraiment remarquables. Mais les États ont encore quelques mois d’ici la COP26 pour rehausser leurs ambitions. « C'est un début encourageant », « nous commençons à faire de vrais progrès », s'est tout de même réjoui Joe Biden après les premières annonces.

(Avec AFP)

Joe Biden avait préparé le terrain tout au long de sa campagne. Il avait annoncé sa volonté politique forte de faire du climat l'une de ses priorités. Il l'avait acté le jour de son investiture, en actant le retour dans l'accord de Paris. Pour la première fois, les États-Unis convoquent une réunion au niveau des chefs d'États, pour en faire une question prioritaire.

Édition spéciale: le sommet climat

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