Génocide arménien: 10 000 personnes rassemblées à Erevan, Biden appelle Erdogan

Plusieurs milliers d'Arméniens ont pris part à une procession aux flambeaux à Erevan, le 23 avril 2021, pour commémorer le 106e anniversaire du génocide de leur peuple.
Plusieurs milliers d'Arméniens ont pris part à une procession aux flambeaux à Erevan, le 23 avril 2021, pour commémorer le 106e anniversaire du génocide de leur peuple. AFP - KAREN MINASYAN

Le président américain s'est entretenu vendredi 23 avril avec son homologue turc à la veille de la reconnaissance attendue du génocide arménien, conformément à sa promesse de campagne. Dans le même temps, en Arménie, une dizaine de milliers de personnes ont commémoré le génocide à Erevan.

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Près de 10 000 personnes ont défilé vendredi à Erevan pour commémorer les massacres d'Arméniens par l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale. La foule, portant des flambeaux, s'est rendue depuis le centre-ville jusqu'au mémorial dédié aux victimes et surplombant la capitale arménienne. Certains manifestants scandaient des chants patriotiques, d'autres jouaient du tambour, a constaté une journaliste de l'AFP.

Des militants du parti nationaliste et d'opposition Fédération révolutionnaire arménienne (FRA), qui étaient à la tête du cortège, ont aussi brûlé des drapeaux turcs et azerbaïdjanais.

Cette marche, organisée tous les ans la veille du 24 avril, jour du début des massacres en 1915, est la première depuis la défaite de l'Arménie cet automne dans la région séparatiste du Nagorny-Karabakh, face à l'Azerbaïdjan soutenu par la Turquie.

Une promesse de campagne

Elle intervient aussi alors que Joe Biden pourrait reconnaître prochainement les massacres d'Arméniens comme un génocide. Le sujet a-t-il été abordé lors de l'appel du président américain à Erdogan, ce vendredi ? Probablement. Connaissant l'irascibilité d'Ankara sur ce sujet, Joe Biden a préféré appeler le président turc pour lui annoncer qu'il comptait ainsi concrétiser sa promesse de campagne, selon des sources Reuters.

Un porte-parole du département d'État américain a évoqué une « annonce » attendue samedi sur le « génocide arménien », laissant peu de doute sur la décision américaine.

De son côté, après l'échange téléphonique, la présidence turque s'est bornée à un communiqué, vierge de toute mention de l'annonce imminente de Joe Biden : « Les deux dirigeants ont convenu du caractère stratégique de la relation bilatérale et de l'importance de travailler ensemble à bâtir une coopération plus étroite sur les sujets d'intérêt mutuel », a indiqué la présidence turque dans un compte-rendu de cette conversation.

Malgré des années de pressions de la communauté arménienne aux États-Unis, aucun président américain ne s'était jusqu'ici risqué à fâcher Ankara, allié historique de Washington et membre de l'Otan. Le Congrès américain a reconnu le génocide arménien en décembre 2019 lors d'un vote symbolique, mais Donald Trump avait refusé d'utiliser le mot. Le génocide arménien est reconnu par plus d'une vingtaine de pays et de nombreux historiens mais il est vigoureusement contesté par la Turquie.

Joe Biden avait promis, avant son élection, de prendre l'initiative sur ce dossier. « Nous ne devons jamais oublier ni rester silencieux sur cette horrible et systématique campagne d'extermination », avait souligné Joe Biden durant sa campagne. « Si nous ne reconnaissons pas pleinement le génocide, si nous ne le commémorons pas, si nous ne l'enseignons pas, les mots "plus jamais" ne veulent plus rien dire », avait-il ajouté.

Pas de portée légale

Les Arméniens estiment qu'un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique pendant la Première Guerre mondiale par les troupes de l'Empire ottoman, alors allié à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie. Ils commémorent ce génocide chaque année le 24 avril. La Turquie, issue du démantèlement de l'empire en 1920, reconnaît des massacres mais récuse le terme de génocide, évoquant une guerre civile en Anatolie, doublée d'une famine, dans laquelle 300 000 à 500 000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort.

L'annonce de M. Biden n'aura pas de portée légale, mais elle ne peut qu'aggraver les tensions avec une Turquie que le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a qualifiée de « soi-disant partenaire stratégique » qui « par de nombreux aspects ne se comporte pas comme un allié ».

Sans citer les Etats-Unis, le président turc avait dès jeudi adressé une mise en garde à peine voilée à Washington. Lors d'une réunion avec des conseillers, il a indiqué qu'il continuerait à « défendre la vérité contre ceux qui soutiennent le mensonge du soi-disant "génocide arménien" (...) à des fins politiques ».

Joe Biden et Recep Tayyip Erdogan ont convenu de se rencontrer en juin en marge du sommet de l'Otan à Bruxelles.

(Avec AFP)

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