Revue de presse des Amériques

À la Une: indignation après la sanglante opération anti-drogue dans une favela de Rio

Manifestation dans les rues de Rio après la mort de 24 personnes jugées suspectes lors d'une opération anti-drogue menée par la police, le 7 mai 2021.
Manifestation dans les rues de Rio après la mort de 24 personnes jugées suspectes lors d'une opération anti-drogue menée par la police, le 7 mai 2021. © AP/Silvia Izquierdo

Publicité

Au moins 25 personnes ont été tuées dans la favela de Jacarezinho, dans le nord de Rio pendant une opération antidrogue. Jacarezinho s’est transformée en champ de bataille jeudi 6 mai à l’aube. Des habitants ont rapporté avoir vu des cadavres gisant dans les ruelles dans des mares de sang, et de nombreux corps embarqués à bord d’un véhicule de police blindé. La police a confirmé la mort de « 24 suspects » et d’un policier, tué d’une balle dans la tête au tout début de l’intervention, soit le bilan le plus élevé de l’histoire de l’État de Rio de Janeiro pour une opération antidrogue.

Ce vendredi, la presse brésilienne est vent debout. « Ce qui s’est passé à Jacarezinho était un massacre », s’exclame Carta Capital. Le quotidien critique vivement « l’attitude inadmissible » des forces de l’ordre qui ont fait irruption dans les maisons, s’y sont livrées à des destructions et des violences. « Nous n’accepterons pas la “justification” selon laquelle toutes les personnes tuées étaient des suspectes ! », écrit l’éditorialiste. « Notre Constitution ne prévoit pas la peine de mort. Ne fermons pas les yeux ! La favela a des droits ! Les habitants des bidonvilles sont des citoyens ! ». Et Carta Capital de pointer du doigt la lourde responsabilité des autorités brésiliennes : « Au milieu du génocide pandémique », conclut le journal, « nous constatons que le génocide de la population noire, des bidonvilles et de la population périphérique est implacable. Ce génocide doit cesser ! »

Cette opération policière pose aussi pour la énième fois la question de l’efficacité de la politique de sécurité publique. « Malheureusement, la police de Rio mène régulièrement ces opérations anti-drogues qui ne font que générer de l’insécurité et qui font beaucoup de victimes, sans jamais réduire pour autant les activités des narcotrafiquants et des gangs armés », constate Ignacio Cano, du Laboratoire d’analyse de la violence dans les colonnes du journal O Dia.

« Au Brésil et à Rio, les gens meurent de l’épidémie, sous les balles de la police ou celles des criminels. Des policiers tuent des civils innocents de la même manière que des criminels, le tout sans procès », constate amèrement O Globo. « Et nous, tel un troupeau de moutons, assistons en silence à l’extermination de corps, majoritairement noirs et pauvres, quelle que soit la tragédie ».

Haïti : le projet de référendum constitutionnel, voulu par le président Jovenel Moïse, de plus en plus contesté

Ce jeudi 6 mai, lors d’une conférence de presse, l’ambassadrice de l’Union européenne à Port-au-Prince a fait savoir que Bruxelles n’accorderait « aucun soutien financier ni aux élections prévues à l’automne ni au référendum constitutionnel qui doit se tenir fin juin », rapporte Le Nouvelliste. Sylvie Tabesse a également précisé que l’Union européenne ne prévoyait pas d’envoyer de « mission d’observation ni pour le référendum ni pour les élections » comme l’avait pourtant demandé le gouvernement haïtien.

Pour l’UE, le processus référendaire « ne semble pas remplir les conditions de transparence et de démocratie que l’on serait en droit d’attendre pour ce type de loi mère ».

Le contenu de l’avant-projet de la nouvelle Constitution pose également problème : « Selon un rapport de la Commission épiscopale nationale justice et paix et de la Cellule de réflexion et d’action nationale, le texte est liberticide et ne renforce pas la démocratie ni ne favorise la reddition de compte », titre le journal Le National aujourd’hui. Le rapport pointe notamment le fait que le projet constitutionnel « confère la pleine puissance au pouvoir exécutif, et en particulier au président de la République », affaiblit le Parlement avec l’élimination du Sénat, ainsi que la Cour supérieure des comptes, pour ne nommer qu’eux.

De son côté, le gouvernement organise une campagne de sensibilisation à travers le pays. Elle a pour but de familiariser les Haïtiens avec la nouvelle Constitution. Mais cette campagne rencontre des difficultés sur le terrain, rapporte l’agence Alterpresse. Dans trois villes du département du Nord-Ouest, la délégation envoyée depuis Port-au-Prince s’est heurtée à la résistance de la population qui boude les réunions publiques prévues. Des avocats locaux ont de nouveau insisté sur le fait que le référendum était illégal, car contraire à l’actuelle constitution. L’un d’eux affirme dans les colonnes d’Alterpresse avoir reçu des menaces pour s’être opposé publiquement au référendum constitutionnel.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail