REPORTAGE

Mexique: les mères de disparus marchent «pour la dignité» depuis dix ans

Marche des mères de disparus le 10 mai, à Mexico, jour de la Fête des mères.
Marche des mères de disparus le 10 mai, à Mexico, jour de la Fête des mères. REUTERS - CARLOS JASSO

Au Mexique, une manifestation de mères de disparus a parcouru, lundi, le centre-ville de Mexico pour réclamer au gouvernement des actions plus efficaces. C’était la dixième « Marche pour la dignité nationale » qui se tient chaque année à l'occasion de la Fête des mères, toujours célébrée le 10 mai dans le pays.

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De notre correspondante à MexicoEmmanuelle Steels

Au Mexique, les disparitions sont attribuées à l’action conjuguée des organisations criminelles et des forces de sécurité corrompues. Mais les enquêtes piétinent et le phénomène prend de l’ampleur. 20 000 nouvelles disparitions sont survenues sous la présidence d’Andrés Manuel López Obrador en deux ans et demi, ce qui porte à plus de 83 000 le nombre de disparus.

De leur côté, elles sont toujours plus nombreuses, les mères de disparus qui défilent le 10 mai à Mexico, pour rappeler qu’elles n’ont « rien à fêter ». María Delfina Castillo, qui prend part à ces manifestations depuis dix ans, critique la lenteur désespérante et la mauvaise volonté des autorités.

« Quand on a porté plainte, on nous a dit que ceux qui disparaissaient étaient des délinquants. Ce n’est pas possible de cataloguer 80 000 disparus comme des délinquants. C’est vraiment scandaleux d’entendre cela. Et puis on a voulu nous faire croire qu’il avait disparu volontairement, qu’il était parti en voyage », dit-elle.

« Qu’on nous les rende vivants »

« Qu’on nous les rende vivants et qu’on punisse les coupables », scandent les mères de disparus. La passivité des autorités a poussé les familles à créer des brigades de recherches qui parcourent le pays. María Herrera, dont quatre fils ont disparu, en est l’une des fondatrices. Elle pensait que la gauche arrivée au pouvoir les aiderait.

« Notre espoir était immense. Mais quelle tristesse, quelle impuissance, quelle colère, lorsqu’on voit que les disparitions continuent et que le président ne fait rien ! », estime-t-elle.

Au Mexique, des milliers de corps, souvent retrouvés dans des fosses clandestines, restent non identifiés. Pour les familles, ces personnes sont très probablement leurs disparus, mais personne ne se soucie de leur rendre un nom.

►À  écouter aussi : Mexique: la caravane de mères de disparus

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