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Colombie: nouvelles manifestations sur fond d'inquiétude pour les disparus

Des manifestants dans les rues de Cali, le 12 mai 2021.
Des manifestants dans les rues de Cali, le 12 mai 2021. AFP - LUIS ROBAYO

À Cali, troisième ville du pays, la mobilisation reste forte surtout entre les jeunes. Selon les organisations locales de défense des droits de l’homme, 47 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations, dont 35 à Cali. Les manifestants considèrent ces chiffres très sous-évalués et s’interrogent sur le sort de dizaines de disparus.

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Avec notre envoyée spéciale à Cali, Marie-Eve Detoeuf

Dans plusieurs villes de Colombie, des milliers de personnes ont à nouveau manifesté mercredi. C'était le 15e jour d'une forte mobilisation sociale contre le gouvernement, marquée par des violences meurtrières dans ce pays dont l'économie s'est détériorée avec la pandémie de Covid-19.

Si à Cali, la manifestation est joyeuse, personne n’a oublié les victimes de la répression policière. Olga, qui travaille avec les jeunes des quartiers populaires de la ville, a du mal à retenir son émotion en évoquant ces morts qui parfois n’avaient pas 20 ans. « Ça fait mal, confie-t-elle. Aucun adulte mûr n’a été tué. Quand on parle avec ces jeunes de la "première ligne", ils disent qu’ils n’ont rien d’autre à risquer que la vie, parce qu’ils n’ont rien. C’est une génération qui a grandi dans l’incertitude et le no future.»

« Nous sommes des citoyens, des jeunes, des étudiants, des travailleurs »

Les jeunes de la première ligne, ce sont ceux qui tiennent les barricades. Ils en ont lourd contre le gouvernement, les forces armées et les médias. « Ils veulent créer une atmosphère pour faire croire que ce sont des délinquants qui sont dans la rue, raconte Gerson, 21 ans. Mais non, nous sommes des citoyens, des jeunes, des étudiants, des travailleurs. »

Les griefs contre les autorités sont multiples, les revendications parfois confuses. Mais sur un point, les jeunes sont tous d’accord : le pouvoir doit reconnaître les crimes commis s’il veut calmer la rue. Le président de droite Ivan Duque a rencontré mercredi des représentants des jeunes, qui sont en première ligne de la protestation, après avoir promis pour les plus modestes la gratuité des frais d'inscription à l'entrée dans les universités publiques. « Je vais mettre toute mon énergie, toute ma capacité et toute l'équipe gouvernementale pour que ce processus [de négociation] se passe bien », a déclaré le président lors de cette rencontre avec des étudiants à Bogota.

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