Les Chiliens disent adieu à la Constitution héritée de la dictature Pinochet

Bureau de vote à Santiago, le 16 mai 2021.
Bureau de vote à Santiago, le 16 mai 2021. AFP - RODRIGO ARANGUA

Au Chili, c'est une assemblée d'une diversité sociale, culturelle et politique inédite qui sera chargée de rédiger une nouvelle Constitution, pour remplacer le texte actuel, hérité de la dictature du général Pinochet. Lors des élections organisées ce week-end, les Chiliens ont tourné le dos aux partis politiques traditionnels et élu un grand nombre de candidats indépendants. 

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De notre correspondante à Santiago du Chili,

Dans les rues piétonnes animées du centre de la capitale, les électeurs qui se sont mobilisés ce week-end ont plutôt le sourire. Daniela, 28 ans, est contente de voir que plus d'un tiers des élus ne sont affiliés à aucun parti politique : « J'ai voté pour des indépendants, pour que ceux qui vont rédiger la nouvelle Constitution soient des gens qui vivent la même réalité que nous. On a l'espoir que la voix du peuple soit entendue ».

Daniela n'est pas la seule à ne pas avoir confiance dans les partis traditionnels. Et, comme elle, Eduardo, 57 ans, espère que la nouvelle Constitution permettra de réduire les inégalités, notamment dans la santé, l'éducation et les retraites, entièrement ou partiellement privatisées sous la dictature : « Il faut qu'on soit tous égaux, et qu'il n'y ait plus de personnes privilégiées juste parce qu'elles portent tel ou tel nom de famille. Depuis l'explosion de colère sociale en 2019, beaucoup de choses ont changé et j'espère que cela va continuer, qu'on ne reviendra pas en arrière. »

Un mouvement social né en octobre 2019 contre les inégalités sociales

Il y a un an et demi, la hausse du prix du ticket de métro à Santiago avait fini par déclencher des manifestations d'une ampleur jamais vue dans le pays. Santé, retraites, ou encore éducation, les revendications se sont rapidement élargies. Les manifestants demandaient la fin du modèle économique néolibéral, imposé sous la dictature. Les habitants se sont réunis, quartier par quartier, pour réfléchir au modèle de société qu'ils voulaient construire ensemble.

Sous la pression de la rue, le gouvernement et les parlementaires ont accepté d'organiser un référendum. En octobre dernier 78% des électeurs ont ainsi voté « pour » la rédaction d'une nouvelle Constitution. Et ce week-end, malgré une faible participation, ils ont donc confirmé leur envie de changement, dans les urnes.

Les partis politiques traditionnels durement sanctionnés

La droite au pouvoir, qui avait fait alliance avec l'extrême droite et qui s'est présentée unie sur une même liste, obtient moins de 25% des sièges. Une défaite cuisante, en partie liée à l'impopularité record du président et milliardaire Sebastian Pinera. Les conservateurs n'auront donc pas de minorité de blocage lors des débats.

La gauche traditionnelle emporte, elle aussi, peu de sièges, mais les jeunes partis de gauche et le parti communiste obtiennent un bon score.

Les indépendants sont les grands gagnants de l'élection. Beaucoup sont issus des mouvements sociaux qui ont éclaté ces dernières années au Chili. Certains ont même été choisis par des assemblées de quartier créées lors des manifestations fin 2019. Ils ont en commun le rejet du modèle hérité de la dictature. Ce qui laisse penser que le Chili pourrait aller vers un modèle plus proche de l'État providence.

L'environnement, les droits des femmes et des peuples indigènes

Des activités comme l'extraction de cuivre ou l'agriculture intensive par exemple, souvent contrôlées par des multinationales, sont critiquées par les riverains au niveau local. Le respect de l'environnement fait partie aussi des revendications des peuples indigènes. Dix-sept sièges sur 155 leur sont réservés et plusieurs personnalités emblématiques du peuple mapuche par exemple, ont été élues ce week-end.

Enfin, c'est une première mondiale, la nouvelle Constitution sera rédigée par autant de femmes que d'hommes, à un siège près. C'est un acquis du fort mouvement féministe au Chili. Et les femmes ont été plébiscitées lors de cette élection. Au point que pour garantir la parité, certaines ont dû laisser leur place à des candidats masculins.

L'Assemblée constituante a un an pour rédiger une nouvelle Constitution, qui sera ensuite soumise à référendum.

►À écouter aussi: Chili: «La mobilisation de 2019 s’est retrouvée dans les urnes»

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