L'Argentine interdit à Facebook d'utiliser les données personnelles des utilisateurs de WhatsApp

L'Argentine a ordonné à Facebook de suspendre pour six mois l'utilisation des données que mettrait à sa disposition le service de messagerie WhatsApp.
L'Argentine a ordonné à Facebook de suspendre pour six mois l'utilisation des données que mettrait à sa disposition le service de messagerie WhatsApp. REUTERS - THOMAS WHITE

L'Argentine a décidé de sévir face au réseau social américain qui souhaite partager les données des utilisateurs entre ses différentes applications (Facebook, WhatsApp, Instagram).  Les autorités ont demandé la suspension de la modification de la politique de confidentialité.  

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De notre correspondant à Buenos Aires

L’agence argentine de protection des données personnelles a ouvert une enquête sur les intentions de WhatsApp, et de sa maison mère, Facebook. Et le gouvernement a ordonné à la filiale argentine de WhatsApp de suspendre la mise à jour de la politique de confidentialité pour six mois, ou au moins jusqu’à la fin de cette enquête.  Les États-Unis, l'Inde, le Brésil et l'Allemagne ont également pris des mesures similaires. Notamment ont pris des mesures similaires.

Cette modification de la politique de confidentialité repose sur deux nouveautés. Celle que WhatsApp met en avant d’abord : permettre aux utilisateurs de communiquer avec des entreprises via WhatsApp, et surtout permettre à ces entreprises d’utiliser ces informations pour optimiser leurs publicités et leurs services. Ensuite, et c’est là que le bât blesse : cette modification permettrait automatiquement à WhatsApp de partager avec Facebook, et Instagram, qui appartient au même groupe, davantage d’informations. 

Le nerf de la guerre : les métadonnées

Facebook ne pourra pas lire les messages ou écouter les conversations WhatsApp, tout cela reste crypté. Mais le réseau social aura accès à ce que l’on appelle les métadonnées : les numéros de téléphones, l’heure à laquelle on envoie un message, la localisation ou la marque du téléphone par exemple. Autant d’informations qui seront utilisées à des fins publicitaires et commerciales.

Facebook pouvait en réalité avoir accès à ces données depuis 2016, mais l’utilisateur pouvait s’y opposer. Désormais ce ne sera plus le cas, sauf pour les Européens, qui sont protégés par le règlement général de protection des données, le RGPD.

Si l'on refuse de mettre à jour l’application, l’application perdra petit à petit ses fonctionnalités. Il sera dans un premier temps impossible d’accéder à la liste des conversations, et on ne pourra répondre à un message qu’en cliquant sur la notification qui s’affiche à la réception. Et après quelques semaines, il ne sera même plus possible d’envoyer des messages ou de passer des appels : l’application sera donc totalement inutilisable.

76% des téléphones mobiles du pays possèdent l'application WhatsApp

On peut s’imaginer que les utilisateurs se tourneront alors vers d’autres applications de messagerie instantanée, comme Signal, Telegram, ou Viber. C’est d'ailleurs ce qu’ont fait beaucoup d’utilisateurs dans le monde en janvier dernier, quand WhatsApp a annoncé cette mise à jour avant de la repousser. Mais en Argentine, le problème est différent : WhatsApp est présent sur plus des trois quarts des téléphones portables du pays. C’est le principal outil de communication, loin devant les SMS ou les appels classiques. Difficile donc de s’en priver. 

Le gouvernement argentin y voit ce qui pourrait être un « abus de position dominante ». À la fois pour les utilisateurs, qui seraient de facto obligés d’accepter ces nouvelles conditions, mais aussi vis-à-vis des concurrents de Facebook. Car avec un accès à toutes ces informations, le réseau social américain pourrait se retrouver en situation de monopole sur le marché de la publicité en ligne.

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