Le Pérou va-t-il sortir de l’impasse politique ?

Le candidat présidentiel du parti Pérou libre Pedro Castillo avec la candidate rivale Keiko Fujimori du parti Force populaire, à Arequipa au Pérou, le dimanche 30 mai 2021.
Le candidat présidentiel du parti Pérou libre Pedro Castillo avec la candidate rivale Keiko Fujimori du parti Force populaire, à Arequipa au Pérou, le dimanche 30 mai 2021. AP - Martin Mejia

Plus de 25 millions d’électeurs péruviens sont appelés ce dimanche 6 juin à choisir leur président pour les 5 prochaines années. Pedro Castillo, instituteur et syndicaliste a créé la surprise au premier tour. Il se présente comme étant d’extrême gauche, avec un programme inspiré, dit-il, du communisme. Keiko Fujimori, la fille de l’ancien président Alberto Fujimori, se situe plutôt à l'extrême droite. Deux candidats populistes dans un pays polarisé en proie à une instabilité politique chronique.

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L'élection présidentielle va-t-elle permettre au Pérou de sortir de l’impasse politique dans laquelle se trouve le pays depuis des années ? C’est tout l’enjeu de ce scrutin du second tour de la présidentielle qui se tiendra ce dimanche 6 juin.

Les résultats du premier tour de cette élection présidentielle avaient déjà été une véritable surprise tant au Pérou qu’à l’étranger. Le candidat Pedro Castillo, un inconnu quelques mois auparavant (même sur une partie de la scène politique nationale), est parvenu à s’imposer, certes avec un peu moins de dix-huit pour cent des voix, mais personne ne l’attendait pas à ce niveau. Quant à Keiko Fujimori, actuellement poursuivie pour des faits de corruption (qui a passé à plusieurs reprises quelques mois en détention), six mois avant le scrutin personne n’envisageait que la fille de l’ancien président Alberto Fujimori (auteur d’un « autogolpe » « un auto-coup d’État » en 1992) puisse franchir le premier tour (avec, il faut le préciser, à peine plus de treize pour cents des suffrages).

Le choix des extrêmes

Les électeurs péruviens ont donc opté pour les candidats des extrêmes. Un choix somme toute logique, selon Lissell Quiroz, docteure en histoire et professeure en Études latino-américaines à l’Université de Cergy : « Cette polarisation s’explique selon moi par une défiance très importante de la population vis-à-vis des partis traditionnels. C’est ce qui explique la croissance de Pedro Castillo dans les intentions de vote et la place qu’il occupe, notamment dans les régions rurales. Concernant Keiko Fujimori, le vote provient de zones urbaines qui réclament plus de sécurité. Car il y a deux questions centrales en ce moment dans la politique péruvienne : la corruption et l’insécurité. Et Keiko Fujimori a cette image de quelqu’un qui va remettre le pays en ordre. Tout ça explique ce vote qui s’est polarisé vers les extrêmes : l’extrême gauche et l’extrême droite. »

Une polarisation accentuée par la campagne du second tour

Depuis la démission du président Pedro Pablo Kuczynski en mars 2018 pour ses liens avec Odebrecht, le Pérou connaît une valse de ses présidents. Suite à la destitution de Martin Vizcarra par le Parlement en novembre 2020 (pour « incapacité morale »), Manuel Merino puis Francisco Sagasti lui succèdent. Trois présidents en quelques semaines et étant donné les candidats présents au second tour, très peu de personnes pensent qu’après ce dimanche le pays pourra retrouver une certaine stabilité, explique Arthur Morenas, chercheur en sciences politiques à l’Université de Strasbourg, associé à l’Institut français d’études andines et à l’Institut des Amériques : « Déjà avant le premier tour cela paraissait compliqué. Aujourd’hui, étant donné la manière dont a évolué la campagne, la forte polarisation que l'on a constatée dans le cadre de cette campagne du second tour, ça me semble assez compliqué. »

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Et ce n’est pas le seul facteur d’instabilité rappelle Arthur Morenas : « Il y a aussi le fait notamment que le Parlement sera relativement fragmenté, ce qui est habituel étant donné le mode de scrutin. Donc, selon moi, la sortie de la crise politique n’est pas envisageable à court terme. Mais ça dépendra aussi en grande partie du leadership que pourra prendre le candidat ou la candidate élue. »

Le poids des indécis et du vote blanc ou nul

À deux jours heures du scrutin -qui sera très surveillé au niveau régional et pas seulement- de nombreux électeurs restent indécis dans un pays où le vote est obligatoire. Et ce sont ces indécis et ceux qui décideraient de voter blanc qui pourraient bien faire pencher la balance d’un côté comme de l’autre. Car Pedro Castillo ne dispose que de deux points d’avance dans les derniers sondages, une différence qui s’inscrit dans la marge d’erreur.

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Pour Arthur Morenas, le poids du choix des indécis et l’abstention, même si le vote est obligatoire, vont jouer un rôle plus que jamais crucial : « Déjà au premier tour on a eu un niveau de participation qui était bien moins important que lors des années précédentes, en grande partie à cause de la pandémie. Auparavant on était aux alentours de 80% de participation, alors que lors de ce premier tour on était autour de 70%. On avait déjà une participation moindre. Je pense qu’une partie de ces électeurs prendront leur décision dans les dernières heures de la campagne. Il y a eu un mouvement qui n’a pas duré longtemps, de personnes qui disaient « votons tous blanc » pour faire annuler l’élection et la refaire puisque, s’ils dépassent les soixante pour cents je crois, il y a la possibilité de réorganiser l’élection. Mais étant donné les intentions de vote actuelles ce ne sera pas le cas. Donc l’abstention, le vote blanc ou nul et le choix des indécis seront des variables clés et très importantes de ce scrutin, probablement plus que les années précédentes. »

Ce dimanche, ce sont donc plus de vingt-cinq millions de Péruviens qui sont appelés à se prononcer pour tenter de trouver une issue à l’impasse politique dans laquelle se trouve le pays depuis des années. Une situation qui ne devrait malheureusement pas vraiment changer à court terme, la faute à une forte polarisation d’un pays qui doit choisir entre d’un côté : un candidat d’extrême gauche qui souhaite notamment lancer un grand programme de nationalisations, et de l’autre : une candidate ultra conservatrice qui attend depuis des années d’occuper le poste qui fut celui de son père.

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