Entretien

Mexique: «Le président AMLO s’en sort plutôt bien»

Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador lors d'une conférence de presse sur les résultats des élections de mi-mandat, au Palais national de Mexico, le 7 juin 2021.
Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador lors d'une conférence de presse sur les résultats des élections de mi-mandat, au Palais national de Mexico, le 7 juin 2021. REUTERS - HENRY ROMERO

Même si les résultats complets des « méga-élections » qui se sont tenues au Mexique, dimanche 6 juin, ne sont pas encore connus, les premières estimations montrent que le parti présidentiel Morena a perdu du terrain à la Chambre des députés et ne conservera pas la majorité absolue. Trois questions au géographe Alain Musset, professeur à l’EHESS et auteur de Le Mexique dans la collection « Que sais-je ? »

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RFI : Peut-on parler d’un échec pour le président Andres Manuel Lopez Obrador ?

Alain Musset : C’est majeur pour Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO), c’est un désastre personnel : il n’atteindra jamais le nombre de sièges qui lui permettraient d’entreprendre des réformes constitutionnelles. Mais est-ce pour autant un véritable échec, compte tenu de tous les problèmes rencontrés par le Mexique ? Il y a d’abord la violence : près de 35 000 homicides ont été enregistrés en 2020 et la campagne électorale a été terrible pour les candidats, près de 100 d’entre eux ont été assassinés.

De plus, le Mexique a officiellement comptabilisé près de 230 000 morts du Covid-19 et on a reproché à AMLO sa dénégation du problème et sa gestion tardive de la crise. On peut donc s’étonner du bon résultat obtenu par son parti, Morena, et par l’alliance gouvernementale. Effectivement ce n’est pas un triomphe, mais ce n’est pas totalement dramatique. AMLO s’en sort même plutôt bien.

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Comment expliquez-vous qu’il soit parvenu à ce résultat ?

Ce qui le sauve, c’est son charisme et son sens des relations. Mais ce qui l’a surtout aidé, c’est qu’il n’y a personne en face ! En face, on observe une alliance totalement incongrue, qui peut même paraître complètement absurde, puisqu’il s’agit de trois partis qui n’ont rien à voir entre eux, s’opposent sur tout et ne s’entendent que sur leur opposition à AMLO. Cela n’a pas convaincu les Mexicains, qui sont de manière générale très déçus de la politique.

Vous avez parlé d’un désastre personnel pour le président Lopez Obrador. Qu’est-ce que cet affaiblissement relatif peut avoir comme conséquences sur la politique qu’il mènera jusqu’à la fin de son mandat ?

Il visait vraiment ces fameux 334 sièges qui lui auraient permis de faire des réformes constitutionnelles en passant uniquement par l’Assemblée. Cela ne sera donc pas possible, car il va perdre sa majorité absolue. Mais il a des alliés. Cette alliance gouvernementale sera toujours majoritaire et va conserver une grande latitude pour mener sa politique. Mais la situation économique et sociale est telle qu’il ne va pas pouvoir mener ce qu’il entendait être la grande transformation du Mexique.

AMLO comptait tout remettre à plat. Ce projet était déjà compliqué à la base, mais avec cette baisse du nombre de représentants à la Chambre, et donc symboliquement une baisse de sa portée politique, il aura vraiment du mal à aller au bout de ses idées. On est à mi-mandat : AMLO n’a plus que deux ans pour travailler et le système électoral ne l’autorise pas à se représenter. La chance de sa vie, c’est maintenant. Le futur va vraiment être inscrit en pointillés.

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