Avortement aux États-Unis: Joe Biden bientôt privé de communion par les évêques catholiques?

Le président américain Joe Biden s'est rendu à l'église Saint-Joseph on the Brandywine, le 19 juin 2021 à Wilmington (Delaware).
Le président américain Joe Biden s'est rendu à l'église Saint-Joseph on the Brandywine, le 19 juin 2021 à Wilmington (Delaware). AP - Alex Brandon

Les archevêques américains envisagent de priver de communion les responsables politiques pro-avortement. L'église s'apprête à élaborer un texte sur la signification de ce sacrement central dans le catholicisme. La conférence des évêques catholiques cette semaine a voté en ce sens à une large majorité (168 voix pour, 55 contre). Parmi les principaux concernés, le président Joe Biden, pourtant le deuxième locataire catholique de la Maison Blanche après John Fitzgerald Kennedy.

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La conférence des évêques catholiques américains a voté jeudi 17 juin à une large majorité la proposition de rédaction d'un texte sur « la signification de l'eucharistie dans la vie de l'Église ». Ce qui pourrait avoir pour conséquence de la refuser aux politiques soutenant l'avortement. L'eucharistie, ou communion, est un rite essentiel de la foi catholique, au cours duquel le fidèle reçoit l'hostie, symbole du sacrifice de Jésus-Christ.

« C'est privé et je ne pense pas que cela arrivera », avait répondu vendredi Joe Biden, interrogé sur ce texte et sa portée. Le président américain, qui soutient notamment la décision historique de la Cour suprême des États-Unis ayant légalisé le droit à l'avortement en 1973, s'est vu refuser la communion en raison de ses positions en 2019, dans une église américaine. Il avait alors rappelé l'avoir reçue de la part du pape lui-même.

Le durcissement d’une partie de l’Église catholique américaine

Cette proposition de texte est un geste symbolique. Mais il illustre le durcissement d'une partie de l'église catholique américaine, selon Jean-Éric Branaa, spécialiste des États-Unis et maître de conférences à l'Université Paris 2 Panthéon Assas.

« On se rend compte que c’est une question qui dépasse largement le cas de Joe Biden puisque cette question sera examinée dans quelques mois par la Cour suprême, explique le maître de conférences au micro de Camille Marigaux, du service International de RFI. En réalité, on peut voir là un message que les évêques envoient directement à la Cour suprême, dans laquelle on retrouve six juges catholiques sur neuf, pour montrer que s’ils prenaient la mauvaise décision, eux aussi pourraient perdre le droit de communier. Ce serait donc une excommunion de la Cour suprême aux États-Unis. »

Pour Jean-Éric Branaa, c’est donc un acte très politique, contraire aux préceptes du pape François qui leur a demandé de ne pas prendre cette position : « Ils l’ont prise en votant aux trois quarts en faveur de l’exception de ce texte. Cela va se faire à l’automne. Cette position est très étonnante et correspond aussi à la radicalisation de la société, avec les conservateurs qui vont très loin dans les démarches pour empêcher un progressisme qu’ils refusent et qu’ils voient inéluctable aujourd’hui dans leur pays. »

Le Vatican appelle à la prudence

En mai, le Vatican avait exhorté les autorités ecclésiastiques américaines à la prudence vis-à-vis d'éventuelles mesures concernant « la situation des responsables catholiques en faveur de la légalisation de l'avortement, de l'euthanasie ou d'autres préjudices moraux », selon l'agence catholique américaine CNS. Chaque évêque décide actuellement de qui peut recevoir la communion dans son diocèse.

Dans le quotidien britannique The Guardian, l’évêque Kevin Rhoades à l’initiative de cette proposition de texte, estime qu’il faut « accepter avec une certaine rigueur que ceux qui persistent à être dans le péché ne doivent pas recevoir la sainte communion ».

Cette question sur la communion ou non des politiques pro-avortement doit être discutée dans les diocèses et le texte sera débattu lors de la prochaine conférence des évêques, en novembre.

(Et avec AFP

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