Le Chili commence les travaux pour la rédaction de sa nouvelle Constitution

Un manifestant bradissant un drapeau chilien dans une manifestation contre le gouvernement de Sebastian Piñera, le 6 novembre 2020.
Un manifestant bradissant un drapeau chilien dans une manifestation contre le gouvernement de Sebastian Piñera, le 6 novembre 2020. AFP - MARTIN BERNETTI

Une assemblée constituante, composée de 155 citoyens élus à l'issue d'un processus démocratique inédit, commence ses travaux ce dimanche 4 juillet pour doter le pays d'une nouvelle loi fondamentale qui viendra remplacer la Constitution héritée de la dictature de Pinochet. Elle est composée de nombreux indépendants et parfaitement paritaire. Pour la première fois, des sièges ont été réservés aux peuples indigènes et les attentes des Chiliens sont très importantes.

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Avec notre correspondante à Santiago, Justine Fontaine

C'est le résultat des manifestations de la fin 2019 contre les inégalités : de nombreux indépendants, en majorité de gauche, vont rédiger la nouvelle Constitution du pays. L’objectif est de mieux garantir les droits sociaux, mais aussi ceux des peuples indigènes et des femmes.

Ce dimanche, les membres de l'assemblée prêteront serment dans les jardins de l'ancien Parlement à Santiago, en raison des contraintes sanitaires liées à la pandémie. Ils procéderont ensuite à l'élection de leurs président et vice-président. Par la suite, les sessions auront lieu dans l'ex-Parlement ou dans un autre édifice public du centre de la capitale.

Une assemblée qui « ressemble au Chili réel »

Pour de nombreux analystes, cette Constituante « ressemble au Chili réel », avec des militants écologistes, des dirigeants communautaires, des avocats, des professeurs, des journalistes, des économistes, mais aussi des femmes au foyer. Les représentants des partis politiques traditionnels sont minoritaires et aucune force politique ne dispose du tiers nécessaire pour opposer son veto, les délibérations devant être approuvées aux deux tiers.

Parmi les membres de la Constituante, une vingtaine faisaient partie des Chiliens spontanément descendus dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol lors de la fronde sociale qui a éclaté le 18 octobre 2019. Ciblant d'abord une hausse du prix du ticket de métro à Santiago, la contestation s'est vite transformée en un mouvement sans précédent contre les inégalités sociales.

« Énormément d'espoir »

« J'ai énormément d'espoir. Notamment, car nous avons obtenu que cette Constitution soit rédigée de manière paritaire. C'est une première mondiale. Et je souhaite que cette Constitution soit plus proche des idées féministes », explique Jeniffer Mella, élue féministe lesbienne du nord du pays.

Elle le sait, les attentes des Chiliens sont très importantes. Trop peut-être, selon la politologue Rossana Castiglioni, doyenne de la faculté de sciences sociales de l'Université Diego Portales, à Santiago. « Deux tiers des personnes interrogées lors d'un sondage récent étaient convaincus que la nouvelle Constitution pourrait résoudre les problèmes de retraites, de santé, ou encore ceux liés au travail. Mais il n'est pas du tout certain que le nouveau texte résolve tout cela. »

Malgré tout, une majorité d'élus rejettent le modèle néolibéral hérité de la dictature, un modèle encore protégé par la Constitution actuelle.

Les débats devraient durer un an maximum. À l'issue de leurs travaux, la nouvelle Constitution sera soumise à un nouveau référendum en 2022. En cas de rejet, le texte actuel restera en vigueur.

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