Entretien

Meurtre de Berta Cáceres: «Il faut retrouver les réels cerveaux afin de les juger et de les punir»

Rassemblement de soutien à la militante Berta Cáceres pendant la tenue du procès de David Castillo à Tegucigalpa, au Honduras, le lundi 5 juillet 2021.
Rassemblement de soutien à la militante Berta Cáceres pendant la tenue du procès de David Castillo à Tegucigalpa, au Honduras, le lundi 5 juillet 2021. AP - Elmer Martinez

David Castillo, le directeur général d'une centrale hydroélectrique au Honduras, est devenu la 8e personne condamnée pour le meurtre de l'écologiste Berta Cáceres en mars 2016. RFI a posé trois questions à sa fille, Laura Zúñiga Cáceres, qui a pris le relais du combat de sa mère.

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David Castillo a été reconnu coupable du meurtre de la militante qui s'opposait à la construction, par l'entreprise Desa d'un barrage hydro-électrique sur les terres de la communauté indigène Lenca. Il connaîtra sa peine le 3 août prochain. Pour Laura Zúñiga Cáceres, cette décision est symbolique pour tous les militants écologistes dans la région.

RFI : Comment réagissez-vous à la décision du tribunal ? Diriez-vous qu’il s’agit d’une décision juste  ?

Laura Zúñiga Cáceres : Oui, je pense que c'est une victoire. Ça fait si longtemps qu'on lutte pour que justice soit faite. On dort dehors, devant le tribunal depuis trois mois dans des tentes pour nous abriter de la pluie et du vent. Ça fait aussi longtemps qu'on souffre à cause de l'assassinat de ma maman, qu'on a ce sentiment de vulnérabilité à cause de l'impunité générale dans le pays.

Je pense que cette décision pourrait à l’avenir constituer une protection dans un pays qui est l'un des plus dangereux pour les militants écologistes. Cette décision pourrait aussi empêcher un tel crime de se reproduire. Si cette décision peut protéger d’autres vies, ça serait une victoire symbolique pour nous.

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Selon vous, les cerveaux de ce crime ont-ils tous été retrouvés et jugés ?

Non. Une des choses qu’on a signalée, c’est qu’il manque toujours les principaux cerveaux. David Castillo a été condamné comme co-commanditaire, c’est lui qui a coordonné et supervisé l’assassinat de ma mère. Mais ce n’est pas la personne qui a payé les tueurs à gages. David Castillo était le gérant de l’entreprise Desa, mais ce n’est pas le principal responsable des actes de Desa. Donc, on sait qu’on avance, mais il manque encore les preuves contre les véritables coupables qui sont des personnes très influentes au Honduras et en Amérique centrale. 

Qu’attendez-vous de la justice hondurienne maintenant ?

La justice doit encore se saisir de plusieurs aspects de ce dossier. La première, c’est de retrouver les réels cerveaux afin de les juger et de les punir.

La deuxième chose qui nous préoccupe, c’est que l’entreprise Desa détient encore la concession de la rivière de Gualcarque (NDLR : au même endroit où l’entreprise voulait construire le barrage en 2016). Donc une entreprise criminelle, dont un ancien dirigeant a été condamné, peut encore construire un barrage si elle le veut. Nous pensons que c’est une situation terrible et nous demandons l’annulation de la concession que détient Desa. En plus, cette rivière est un endroit sacré pour le peuple autochtone de Lenca.

Finalement, nous demandons la protection pour tous les défenseurs de l’environnement et aussi pour tous les peuples indigènes. Car même si David Castillo a été puni, les peuples autochtones souffrent tous les jours de la violence des nombreuses entreprises dans la région, telles que Desa.

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