Haïti: Ariel Henry, nouveau Premier ministre, sous la pression internationale

Ariel Henry, Premier ministre haïtien.
Ariel Henry, Premier ministre haïtien. © Twitter / @ArielHenryPM

Le nouveau Premier ministre haïtien Ariel Henry va former son gouvernement ce mardi 20 juillet. Un gouvernement qui doit être compact, avec des ministres conscients de la réalité actuelle du pays pour combler les attentes des Haïtiens méfiants à l'égard des dirigeants politiques.

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C'est finalement Ariel Henry qui s'impose. Ce médecin chirurgien de 71 ans avait été désigné comme Premier ministre par Jovenel Moïse quelques jours avant son assassinat. Depuis lors, Ariel Henry s'opposait à Claude Joseph qui était en poste au moment de la tragédie. Mais ce dernier, Premier ministre par intérim, a démissionné lundi.

« C'est plutôt une agréable surprise, affirme Jean-Marie Théodat, maître de conférence à la Sorbonne, spécialiste d'Haiti. Car de toute façon, cette auto-proclamation de Claude Joseph comme le successeur du président avait choqué tout le monde en Haïti. Il y a eu des doutes sur la probité de la procédure et même sur la fidélité du Premier ministre qui n'a même pas attendu que le corps du président soit refroidi pour automatiquement s'installer dans son fauteuil. Il y avait quelque chose d'indécent dans la précipitation avec laquelle il avait pris les rênes. Donc c'est plutôt une bonne surprise du point de vue de la légalité et (de la façon dont) l'enquête qui est en train d'être menée va se conduire. »

Ces derniers jours, la société civile haïtienne et la communauté internationale, les États-Unis et l'ONU en tête, ont lâché Claude Joseph, dont la position était devenue intenable. « La communauté internationale avait trop vite emboîté le pas au Premier ministre pour le reconnaître à son poste, commente Jean-Marie Théodat. Elle a probablement compris que la rustine n'avait pas pris finalement. Que la communauté internationale se mette enfin à l'écoute du peuple, c'est une heureuse surprise. »

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« Vidange du personnel politique »

Ce nouvel exécutif peut-il entraîner l'adhésion de la société civile haïtienne ? Jean-Marie Théodat en doute : « Dans la mesure où Ariel Henry a été nommé par un président lui-même discrédité, qui avait perdu toute légitimité aux yeux de la population, nous ne pouvons qu'être sceptique par rapport à Ariel Henry. Bien entendu, il faudra juger sur pièce, mais néanmoins je pense que la société civile attendait une véritable vidange du personnel politique actuel qui a constitué le décor de cette décadence. Et jusqu'à ce que la composition de ce gouvernement soit officiellement proclamée, j'attends de voir qui de cette société civile va accepter de siéger dans un gouvernement où la griffe des anciens oligarques continue d'être très visible. »

Dans le gouvernement d'Ariel Henry, Claude Joseph va justement retrouver son poste de ministre des Affaires étrangères. « Je vois difficilement comment après avoir été calife, il va pouvoir se plier aux ordres d'un nouveau calife, note Jean-Marie Théodat. Ce n'est pas du tout un bon signe. C'est au contraire le signe que la solution est une sorte de cote mal taillée pour essayer de satisfaire tout le monde. Ce n'est certainement pas le dernier épisode du feuilleton. » 

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« Dégangstériser le pays »

Les attentes sont énormes, a pu constater notre correspondant à Port-au-Prince, Ronel Paul. Augustin Schneider, professeur d’université, espère que le futur gouvernement sera capable d’assurer le renouvellement de l’État et que chaque Haïtien aura la possibilité de reprendre une vie normale.

« On souhaiterait que ces nouveaux ministres ou du moins ceux qui étaient déjà en poste soient des gens capables de comprendre mieux la situation à partir de ce qui vient de se passer, confie Augustin Schneider, et aussi de produire des réflexions qui nous permettront de trouver une sortie de crise pour Haïti. Nous sommes conscients que la situation est anormale. »

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Conscient que la crise haïtienne a plusieurs facettes, et qu'il est donc impossible de trouver des solutions du jour au lendemain, Caristhène Fleurmond considère pour sa part qu'il faut d'abord ramener la sécurité dans le pays.

« La priorité des priorités, (c'est) dégangstériser le pays, affirme-t-il. Parce que si le pays n’est pas déganstérisé on ne pourra pas organiser des élections, on ne pourra plus fonctionner. Et pour pouvoir le faire, il faut que l’État ait son bras armé. Il faut donc démobiliser notre armée qui a fondé cette nation, ensuite réaliser une conférence nationale et à travers cette conférence nationale, on va réviser la Constitution pour équilibrer les pouvoirs de l’État. »

Pour de nombreux Haïtiens, personne n’est habilité à prendre le pouvoir dans une telle situation, si ce n’est un choix issu d’une conférence nationale avec des partis politiques dûment reconnus et des secteurs de la société civile.

« Un groupe doit se réunir en Assemblée nationale pour faire une conférence nationale pour dire qui est capable de prendre les rênes du pays pendant un certain temps afin de créer de la stabilité et réaliser des élections, souhaite Dano Celencieux, étudiant en sciences de l’éducation. Mais pour l’instant, je ne peux rien (attendre) d’un groupe de personnes illégales à la tête du pays. »

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