Pérou: Pedro Castillo, un président novice et métis face à de nombreux défis

Le nouveau président élu péruvien Pedro Castillo, proclamé vainqueur de la présidentielle le 20 juillet 2021.
Le nouveau président élu péruvien Pedro Castillo, proclamé vainqueur de la présidentielle le 20 juillet 2021. AFP - JOSE CARLOS ANGULO

Proclamé vainqueur de la présidentielle ce lundi 19 juillet, le candidat de la gauche radicale l’a emporté sur Keiko Fujimori, sa rivale de la droite populiste, à l’issue d’un second tour aux résultats longtemps contestés. Ce nouveau venu en politique a gagné aussi grâce à son identité métisse. Des chantiers nombreux l'attendent d'autant que son parti est minoritaire au Parlement.

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Pedro Castillo est sorti de l'anonymat en 2017 à la faveur d'un mouvement de grève des enseignants dont il avait pris la tête. Après 24 ans d'enseignement dans une école rurale, il est devenu ce mardi 20 juillet le premier chef de l'État sans lien avec les élites politiques, économiques et culturelles. Une victoire historique pour ce syndicaliste de 51 ans désormais à la tête de ce pays andin de 33 millions d'habitants. 

Né dans un village de la région de Cajamarca (nord), il a été élevé dans un hameau près de Puña, où il travaillait aux champs avec ses parents. Enfant, il devait marcher plusieurs kilomètres pour se rendre à l'école. Ce père de trois enfants est catholique et sa femme est évangélique.   

Durant toute la campagne présidentielle, Pedro Castillo a souligné ses racines provinciales, portant en toutes circonstances le chapeau blanc traditionnel du nord du pays ou revêtant un poncho. Souvent arrivé à ses meetings à cheval, il a annoncé qu'en cas de victoire, il renoncerait à son salaire présidentiel et continuerait à vivre avec son salaire de l'Éducation nationale.

Homme du peuple

Parfait novice de la politique, il a su faire de cette inexpérience un de ses atouts majeurs lors de la présidentielle. « Il a réussi à avoir une ascension sociale en devenant lui-même instituteur et il a été très mobilisé pendant les plus grandes grèves qu’a connues le Pérou depuis trente ans, en 2017, pour l’amélioration des conditions de travail des enseignants, rappelle Lissell Quiroz, professeure des universités à Paris Cergy Université et experte du Pérou, au micro de Sophia Khatsenkova, du service International de RFI. Et c’est là où il s’est fait un peu connaître, mais c’est vrai que c’est quelqu’un d’étranger à la politique. C’est quelque chose qui a compté dans son élection, parce que le Pérou est aujourd’hui complètement parasité par une corruption très importante de tout le personnel politique. Et lui, donc, il apparaît comme quelqu’un qui vient vraiment d’un autre espace géographique, mais aussi politique.

Des millions de Péruviens et de Péruviennes se sont sentis représentés par ce personnage qui est en rupture avec des hommes et des femmes politiques qui répondent uniquement aux pots-de-vin, qui s’enrichissent illégalement » poursuit la spécialiste du Pérou.

Identification avec les ruraux autochtones

Autre atout dont Pedro Castillo a su jouer pour se faire élire : l'enseignant est un « cholo », ou un métis en péruvien. « Un cholo, c'est un autochtone qui a adopté des traits de la civilisation occidentale dominante, explique encore Lissell Quiroz. Il n'est pas le premier à être un cholo. [Alejandro] Toledo, un président élu en 2000 était lui carrément d'origine plus typée autochtone. Mais bien évidemment, cela compte toujours dans un pays très marqué par le racisme institutionnel qui fait qu'à Lima, on trouve une population blanche qui dirige et concentre tout le pouvoir économique, culturel, social et politique. Donc, c'est vrai que cela fait une identification des populations rurales notamment et bien sûr, cela a compté beaucoup. »

En outre, le chef de la gauche radicale « a rappelé les noms des peuples originels, les Quechuas, les Aymaras, les Awajún, donc vraiment en incluant ces peuples. Jusque-là, jusqu'au début du XXIe siècle, c'est incroyable, mais ce sont des peuples qui ne sont pas encore reconnus comme des Péruviens à part entière. »

Alliances politiques à trouver

De nombreux chantiers attendent Pedro Castillo. Or il n'aura pas tout à fait les mains libres pour agir. Le président élu est membre du parti Peru Libre, qui est arrivé en tête aux législatives du 11 avril, mais sans obtenir la majorité. « Ce parti n’a obtenu que 37 sièges au Congrès sur 130, précise Lissell Quiroz. Or, pour pouvoir mettre en place les mesures et les réformes qu’il souhaite mettre en place et gouverner tout simplement, il faudra qu’il trouve des alliances politiques assez larges. Donc, il faut qu’il convoque au-delà de la gauche et qu’il aille vers le centre. Je pense que ça, c’est le principal chantier. Ensuite, il y a la question du Covid : on a une crise sanitaire d’une ampleur considérable. À cela, on peut ajouter aussi son cheval de bataille, qui est celui de défendre l’éducation, tant au niveau des enseignants que des élèves. »

Pendant la campagne, Pedro Castillo a proposé une série de nationalisations et l'arrêt de certaines importations pour renforcer l'industrie locale. Il est en faveur d'une reprise du contrôle par l'État des richesses énergétiques et minérales du pays, telles le gaz, le lithium, le cuivre et l'or aujourd'hui sous le contrôle de multinationales. 

Pedro Castillo a promis un million d'emplois en un an, des investissements publics pour réactiver l'économie par le biais de projets d'infrastructures et de marchés publics auprès des petites entreprises. Il entend « freiner les importations qui affectent l'industrie nationale et la paysannerie ».

« Nous allons respecter la propriété privée », a-t-il toutefois insisté face aux critiques qui l'ont accusé de vouloir mettre en place « un socialisme bolivarien » comme au Venezuela. Pedro Castillo prendra ses fonctions le 28 juillet, jour de l'expiration du mandat du président intérimaire Francisco Sagasti.

► À écouter : Pérou: et plus dure est la chute économique

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