Chili: en temps de Covid, les enfants moins favorisés doublement pénalisés en milieu scolaire

Juillet 2021, dans une école primaire à Santiago du Chili.
Juillet 2021, dans une école primaire à Santiago du Chili. AP - Esteban Felix

Le Chili était déjà l'un des trois pays les plus inégalitaires de l'OCDE avant la pandémie de Covid-19. Des inégalités particulièrement importantes dans l'éducation par exemple. Et les périodes de confinement et diverses restrictions sanitaires n'ont rien arrangé depuis l'an dernier : les enfants chiliens, en particulier ceux qui sont scolarisés dans des établissements publics, n'ont pour la plupart pas été à l'école plus de quinze jours depuis le début de la pandémie.Et pour les enfants les plus pauvres, il est difficile de suivre les classes en ligne, faute d'ordinateur ou d'accès à internet. Pour tenter de réduire ces inégalités d'accès à l'éducation, plusieurs initiatives sont nées depuis le début de la pandémie.

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avec notre correspondante à Santiago,

Parmi ces initiatives, celle d'un collège de La Pintana, l'une des communes les plus pauvres du Chili, en banlieue de Santiago. Là-bas près de la moitié des enfants des écoles publiques ont décroché l'an dernier, car les cours présentiels ont été suspendus et beaucoup n'avaient pas les moyens de suivre les enseignements en ligne.

En voyant que beaucoup d'élèves n'avaient pas d'ordinateur et pas accès à internet, un collège catholique installé dans un quartier très pauvre de la commune a réussi à obtenir des financements pour organiser des cours à la radio. Sur la fréquence 102.9 FM à La Pintana les professeurs donnent donc une partie des cours en direct à l'antenne. Les élèves peuvent appeler s'ils ont des questions. Parfois ce sont les professeurs qui les appellent directement en amont pour savoir s'il faut approfondir certains sujets.

Dans certains cas même une radio ne suffit pas à combler ces inégalités...

C'est ce qu'a constaté un adolescent de 17 ans, d'une famille aisée de Santiago. Lui, il suit ses cours dans un lycée privé de la capitale. Mais il a fait du soutien scolaire bénévolement dans un collège public il y a quelques mois. Et il s'est rendu compte que certaines familles n'avaient pas d'ordinateur ou même pas assez de téléphones portables pour que leurs enfants puissent se connecter aux cours en ligne.

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Il a donc eu l'idée de demander à des camarades et à des amis de sa famille de lui donner des téléphones portables cassés. Il a appris sur internet comment les réparer. Et avec des amis il a réussi à remettre en état une cinquantaine de téléphones depuis mars, à partir de 250 appareils usagés. Les appareils ont été distribués à des fondations d'aide sociale, et à un collège public de la capitale.

Comment les pouvoirs publics ont réagi pour faciliter l'accès aux cours en présentiel ou en ligne ?

L'an dernier des cours ont été diffusés sur la chaîne de télévision publique. Le ministère de l'Education a aussi mis en place un site web d'accès gratuit depuis tous les opérateurs mobiles du pays. Mais, on l'a compris, ce n'est pas suffisant. Alors le ministre pousse pour la reprise des cours présentiels depuis des mois.

Pour cela les enseignants ont été vaccinés en priorité dès le premier trimestre de cette année. Mais les cours reprennent tout juste cette semaine dans beaucoup d'établissements, en plein hiver austral ici.

Les lycées et collèges privés ont souvent les moyens de respecter les recommandations sanitaires. Mais les établissements publics n'ont parfois même pas assez de gel hydroalcoolique, de savon, ni de papier toilette pour recevoir les élèves dans de bonnes conditions.

Les inégalités d'accès à l'éducation risquent donc de s'approfondir encore cette année.

L'an dernier le nombre total d'enfants en situation de décrochage scolaire a augmenté de 20%. Et plus de 220 000 enfants et adolescents ne sont inscrits aujourd'hui dans aucun établissement, dans ce pays de 19 millions d'habitants.

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