Brésil: pour éviter la destitution, Bolsonaro nomme un centriste comme chef de cabinet

Le sénateur brésilien Ciro Nogueira, à Brasilia le 21 octobre 2020.
Le sénateur brésilien Ciro Nogueira, à Brasilia le 21 octobre 2020. AFP - MARCOS OLIVEIRA

Jaïr Bolsonaro change son fusil d’épaule. Exit le général Luiz Eduardo Ramos, pourtant ami de longue date du président brésilien, place à Ciro Nogueira pour occuper un poste clé du gouvernement, le ministère de la Maison civile, à mi-chemin entre le chef de cabinet et le Premier ministre.

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Âgé de 52 ans, Ciro Nogueira n'est pas seulement un sénateur de la droite modérée. Il est le chef de file de la classe politique traditionnelle clientéliste, rappelle notre correspondant à São Paulo, Martin Bernard. Il préside le parti Progressistas, une des principales formations du « Centrao », nébuleuse de partis de centre et de droite qui ont l'habitude de monnayer leur soutien au Parlement en échange des avantages qu'ils pourraient en tirer. La plupart de ces partis ont été éclaboussés par des scandales de corruption.

Ciro Nogueira, lui-même, fait l’objet de deux enquêtes pour corruption à la Cour suprême. En 2017, il avait traité Jaïr Bolsonaro de « fasciste ». L’année suivante, il avait apporté son soutien au candidat de gauche contre le futur président d’extrême droite.

Durant sa campagne pour la présidentielle de 2018, Jaïr Bolsonaro avait promis d'en finir avec la « vieille politique », s'érigeant en champion de la lutte anticorruption. Mais le président brésilien a désormais besoin d’avoir un représentant de cette mouvance politique à ses côtés. De plus en plus impopulaire, il est soupçonné de corruption dans la gestion de la crise sanitaire. Des dizaines de milliers de manifestants descendent régulièrement dans la rue pour demander son départ. 

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À l'abri d'une destitution

Les alliés de Ciro Nogueira contrôlent plus d’un tiers des sièges au Congrès, soit plus de 200 députés. Or 172 votes suffisent pour éviter l'ouverture d'une procédure de destitution, qui doit être approuvée par les deux tiers des élus de la Chambre basse. Jaïr Bolsonaro peut ainsi, au moins, être sûr de terminer son mandat. 

Plus de 120 demandes de destitution ont déjà été déposées contre le président d'extrême droite. Mais aucune n'a encore été soumise au vote par le président de la Chambre des députés, Arthur Lira, membre du « Centrao » et fidèle allié du chef de l'État.

Le taux de popularité de Jaïr Bolsonaro a atteint un plus bas de 24%. Les derniers sondages le donnent largement perdant face à l'ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva à la présidentielle de 2022.

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