Ukraine: Biden promet à Zelensky une aide face à la Russie, mais reste évasif sur l'Otan

Le président américain Joe Biden a reçu son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky dans le bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington le 1er septembre 2021.
Le président américain Joe Biden a reçu son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky dans le bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington le 1er septembre 2021. AP - Evan Vucci

Le président ukrainien Volodimir Zelensky était reçu à la Maison Blanche ce mercredi 1er septembre, deux ans après le fameux coup de téléphone avec Donald Trump qui avait abouti au premier impeachment de l’ancien président américain. Il avait conditionné une aide des États-Unis à une enquête de la justice ukrainienne sur le candidat Joe Biden. Désormais président, celui-ci a réaffirmé le partenariat avec l’Ukraine. 

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Joe Biden a refait mercredi au président ukrainien Volodymyr Zelensky la promesse de le soutenir face à la Russie. Mais il est resté évasif sur la question très délicate de l'Otan, que l'Ukraine voudrait rejoindre.

« Alors que nous fêtons le trentième anniversaire de l’indépendance ukrainienne, le partenariat entre nos deux nations s’est renforcé et il va encore se renforcer, a déclaré Joe Biden en recevant son homologue ukrainien. Les États-Unis restent fermement engagés en faveur de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine face à l’agression russe. »

La rencontre, initialement prévue lundi, a été repoussée deux fois, sur fond de conclusion douloureuse pour les États-Unis de la guerre en Afghanistan.

Le départ des derniers militaires américains a ainsi donné une autre dimension à la visite de Volodymyr Zelensky. La Chine comme la Russie ont été promptes à interpréter ce retrait désordonné comme une mise en garde pour les pays ayant tout misé sur le soutien militaire américain, comme l'Ukraine.

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Gazoduc

Le président ukrainien a, quant à lui, estimé que les deux pays avaient « un très grand nombre » de sujets à discuter, en particulier la sécurité face aux séparatistes de Crimée, soutenus par Moscou, mais aussi le dossier de l'énergie. Kiev n'a guère apprécié que le président américain lève les sanctions contre le projet de gazoduc Nord Stream 2.

Ce tuyau sous-marin, qui est sur le point d'être achevé et passe sous la mer Baltique, reliera directement la Russie et l'Allemagne. Cela priverait l'Ukraine d'au moins 1,5 milliard de dollars par an qu'elle touche actuellement pour le transit du gaz russe par son territoire, et d'un outil de pression diplomatique.

Joe Biden estime que ce projet est allé trop loin pour être stoppé. Il a ensuite obtenu de l'Allemagne un engagement à soutenir la sécurité énergétique de l'Ukraine, ce qui n'a pas rassuré totalement Volodymyr Zelensky.

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60 millions d'aide militaire

À défaut de déboucher sur des annonces fracassantes, la visite est déjà une victoire de prestige pour le président ukrainien, qui n'est que le deuxième leader européen à être reçu à la Maison Blanche, après Angela Merkel.

Au-delà de cette marque de faveur, le chef d'État ukrainien et son pays « ont reçu autant d'attention de cette administration, et peut-être même plus d'attention, que tout autre pays européen », a fait valoir un haut responsable de la Maison Blanche.

Volodymyr Zelensky repart au minimum avec la promesse de 60 millions de dollars d'aide militaire supplémentaire, sous la forme en particulier de dispositifs de missiles anti-char Javelin. Depuis 2014, les États-Unis ont alloué 2,5 milliards de dollars d'aide aux forces armées ukrainiennes, dont plus de 400 millions rien qu'en 2021.

« Aspirations euro-atlantiques »

Cependant, sur le sujet très délicat d'une adhésion de l'Ukraine à l'Otan, le président ukrainien en a été pour ses frais. « Je voudrais parler avec le président Biden de son opinion sur les chances qu'a l'Ukraine de rejoindre l'Otan et sur le calendrier », a-t-il dit.

Une adhésion à l'Otan, perspective qui ne fait guère l'unanimité en Europe, signifierait que les membres de l'alliance militaire seraient tenus d'intervenir en cas d'agression contre le pays.

Mercredi, Joe Biden a évité de s'avancer. « Nous soutenons aussi les aspirations euro-atlantiques de l’Ukraine, s'est contenté d'affirmer le président américain. Les États-Unis peuvent continuer à soutenir l’Ukraine dans sa progression vers ses réformes démocratiques et son mouvement pour s’intégrer complètement à l’Europe. »

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Plus sourcilleux sur la corruption

Sa porte-parole Jen Psaki a elle dit lors d'un point presse que les États-Unis souhaitaient certes que « la porte de l'Otan reste ouverte aux pays candidats, quand ces derniers sont prêts et en mesure de remplir les conditions » posées. « L'Ukraine doit franchir des étapes » en ce sens et « sait très bien lesquelles : faire des efforts de réformes juridiques, moderniser son secteur de défense et doper sa croissance économique ».

Joe Biden a déjà appelé publiquement le président ukrainien à s'attaquer à la corruption. Après le retrait d'Afghanistan, il y a fort à parier que les États-Unis vont se montrer encore plus sourcilleux sur la probité et la gouvernance des administrations qu'ils soutiennent.

La Maison Blanche est en effet bombardée de questions depuis plusieurs semaines sur les milliards de dollars dépensés pour l'armée et le gouvernement afghans qui ont cédé le pays aux talibans sans combattre, ou à peine.

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(Et avec AFP)

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