Un des «Beatles» de l'État islamique plaide coupable devant la justice américaine

Alexanda Kotey (à droite), l'un des membres de la bande de ravisseurs du groupe État islamique (EI) baptisée les «Beatles», avec El Shafee el-Sheikh (à gauche), le 10 février 2018 lors de leur capture par les Forces démocratiques syriennes.
Alexanda Kotey (à droite), l'un des membres de la bande de ravisseurs du groupe État islamique (EI) baptisée les «Beatles», avec El Shafee el-Sheikh (à gauche), le 10 février 2018 lors de leur capture par les Forces démocratiques syriennes. AFP - HANDOUT

Devant un tribunal fédéral aux États-Unis, l'un des membres de la bande de ravisseurs du groupe État islamique (EI), surnommée les « Beatles » pour leur accent britannique, a plaidé coupable ce jeudi 2 septembre de complicité dans les enlèvements et les meurtres d'otages occidentaux, dont quatre Américains.

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Alexanda Kotey, ancien ressortissant britannique âgé de 37 ans, plaidait jusqu'ici non coupable devant le tribunal d'Alexandria, près de Washington, aux côtés d'El Shafee el-Sheikh, 33 ans, un autre des quatre membres du groupe de kidnappeurs de l'EI. Ils sont notamment accusés d'être impliqués dans les meurtres des journalistes américains James Foley et Steven Sotloff, tués en 2014, et celui des travailleurs humanitaires Peter Kassig et Kayla Mueller.

Le juge TS Ellis, qui présidait l'audience, prononcera le verdict le 4 mars 2022. L'accusé encourt plusieurs peines de prison à vie sans droit à une libération anticipée. En plaidant coupable, « il est d'accord pour passer le reste de sa vie en prison », a commenté le représentant du parquet, Raj Parekh, devant le tribunal.

Alexanda Kotey a passé un accord avec le gouvernement pour fournir toutes les informations en sa possession sur ses actes en Syrie, ainsi qu'à tous les gouvernements étrangers qui le demanderaient. L'accord prévoit également qu'il sera extradé au Royaume-Uni après 15 ans de réclusion, où il est aussi poursuivi pour enlèvement et meurtres d'otages.

« Machination pour capturer des otages et demander des rançons »

L'ancien vendeur d'articles de sport né à Londres, où il s'est radicalisé, s'est exprimé en anglais. Il a expliqué, dans une déclaration, qu'il avait rejoint la Syrie en 2012 pour se battre contre le régime du président Bachar el-Assad en estimant que « le concept islamique du jihad armé était d'une grande valeur et une cause légitime ». Il avait ensuite intégré l'unité de l'EI chargée de l'enlèvement et la détention d'otages non musulmans.

« Vous avez participé à une machination pour capturer des otages et demander des rançons, tout en sachant que ces enlèvements entraîneraient, et ont entraîné la mort » des otages, a dit le juge Ellis, semblant peu sensible à ses arguments.

« L'engagement ferme du FBI »

Les familles des quatre victimes américaines étaient présentes dans la salle d'audience. Le représentant de l'accusation, Dennis Fitzpatrick, a indiqué qu'elles approuvaient l'accord passé entre l'accusé et les autorités.

La mère de James Foley, journaliste dont la décapitation filmée avait marqué les esprits, a lancé, devant le tribunal, un appel au président Joe Biden et à « tous les Américains » pour que les États-Unis « protègent et aident tous les otages américains dans le monde ».

« Le fait qu'il plaide coupable ne va pas résorber la souffrance des victimes de sa cruauté, mais j'espère que cela rappellera au monde l'engagement ferme du FBI à retrouver tous ceux qui ont infligé des souffrances à des citoyens américains, où qu'ils soient », a commenté Steven M. D'Antuono, du FBI, cité dans un document judiciaire.

Déchus de leur nationalité britannique 

Alexanda Kotey et El Shafee el-Sheikh avaient été capturés en janvier 2018 par les forces syriennes kurdes, puis remis à l'armée américaine en Irak. Ils ont été extradés aux États-Unis depuis l'Irak en octobre 2020 pour comparaître devant la justice américaine.

Londres, qui ne voulait au départ pas les juger sur son territoire, les a déchus de leur nationalité britannique. Leur extradition aux États-Unis n'a été rendue possible qu'après que les autorités américaines eurent assuré à Londres qu'elles ne requerraient pas de condamnation à mort dans cette affaire.

« Jihadi John » 

Les deux hommes sont accusés de l'enlèvement d'otages américains, européens, japonais et syriens de 2012 à 2015, et d'avoir torturé et tué leurs victimes, notamment par décapitation. Les vidéos des assassinats, diffusées par l'EI à des fins de propagande, avaient choqué le monde entier.

Les deux hommes auraient notamment supervisé les lieux de détention des otages et coordonné les négociations de rançon par e-mail. Ils ont fait acte de « violences physiques et psychologiques prolongées » contre les otages, selon Dennis Fitzpatrick.

Le chef présumé de la cellule, Mohammed Emwazi, surnommé « Jihadi John », a été tué dans une frappe aérienne américaine en Syrie en novembre 2015, tandis que le quatrième « Beatle », Aine Davis, est détenu en Turquie après avoir été reconnu coupable de terrorisme en 2017.

► À lire aussi : Le groupe Etat islamique confirme la mort du bourreau «Jihadi John»

L'opération de l'armée américaine au cours de laquelle le chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, avait été tué en octobre 2019, était baptisée « Task Force 8-14 » en référence à la date d'anniversaire de Kayla Mueller. La jeune humanitaire a été enlevée à Alep, dans le nord de la Syrie, en août 2013. Selon ses parents, elle a d'abord été torturée par ses geôliers, puis a été remise fin 2014 à Baghdadi, qui l'aurait violée à de nombreuses reprises avant de la tuer.

(Avec AFP)

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