REPORTAGE

11-Septembre: 20 ans après, le World Trade Center entre commémoration et reconstruction

La tour One World Trade Center, à New York, le 8 septembre 2021.
La tour One World Trade Center, à New York, le 8 septembre 2021. © Anne Bernas/RFI

En quelques heures ce 11 septembre 2001, les tours jumelles du World Trade Center de New York s’effondrent, frappées par un double attentat terroriste. Vingt ans plus tard, la vie a repris sur le site, et l'architecture des nouveaux lieux n'y est pas étrangère.

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De notre envoyée spéciale à New York,

Les ouvriers sont à l’œuvre, les camions de chantiers défilent, des grues de plusieurs centaines de mètres parsèment ce paysage vertical. Un travail de fourmi tant le lieu est gigantesque. De nouvelles tours se construisent à Ground Zero depuis déjà plusieurs années. Trônant dans ce perpétuel chantier, le One World Trade Center, le gratte-ciel qui a remplacé les tours jumelles. Le projet démarre en 2005. Inauguré en 2014, le plus haut bâtiment des États-Unis donne le vertige : la Freedom Tower (comme elle était autrefois appelée) tour de verre de 541 m, 104 étages, est transpercée par les rayons du soleil qui lui donnent un aspect hors du commun ; quelques nuages l’auréolant de part et d’autre.

Peut-être un signe en mémoire de toutes les victimes du 11 septembre 2001. Ce jour-là, deux avions de ligne percutent les tours jumelles. Un autre éventre le Pentagone, avant qu'un quatrième ne s’écrase dans la campagne avant d'avoir pu atteindre sa cible - le Capitole, selon toute vraisemblance. L’attaque est menée par des terroristes d’al-Qaïda. Près de 3 000 personnes meurent ce jour-là dans ce qui est considéré comme l’attentat terroriste le plus sanglant de l’Histoire. 

Retrouver la lumière

« L’objet principal de ce One World Trade Center est la lumière. Son rôle est de créer un faisceau lumineux qui va marquer le site dans le ciel. C’est une tour qui va toujours interagir avec la lumière », confie Rami Abou-Khalil du cabinet d’architecture et d’urbanisme SOM, qui a construit les plus hautes tours du monde, dont la célèbre Burj Khalifa, et qui est à l'origine du One World Trade Center.

La construction des nouvelles tours sur le lieu du drame entend symboliser la renaissance après la mort. Ou comment se tourner vers l’avenir après un drame sans précédent. Et en contemplant le lieu, nul doute que le poumon économique de New York n’est pas mort, bien au contraire.

Une expérience à l’échelle humaine et à l’échelle urbaine

Depuis le 28e étage de la 7 World Trade Center, qui en compte 52, la vue sur ce complexe de presque 16 hectares est imprenable. Il abritait jusqu'en 2001 les tours jumelles ; aujourd'hui, seules sont visibles les empreintes des deux tours effondrées. Au cœur de cet espace meurtri se trouvent entre autres, pour le moment - les travaux étant toujours en cours - la tour numéro 1, la numéro 4, la 7, le mémorial du 11-Septembre ouvert en 2010 entouré d’une forêt de chênes ainsi qu’un musée. « Cela crée un site très fort, qui marque l’absence de ces tours », raconte Rami Abou-Khalil. Et l’architecte d’expliquer que les nouveaux gratte-ciel « ont eu besoin de répondre non seulement au traumatisme, mais aussi aux nouveaux besoins de sécurité ».

En effet, comment bâtir sur un lieu où le monde entier a vu en temps réel des gens sautant dans le vide pour échapper aux flammes qui emportaient les tours jumelles il y a vingt ans ? « Le mémorial est là pour que tous s’en souviennent. Parallèlement, reconstruire plus haut signifie montrer que cette tragédie ne nous a pas défaits. » D’où l’envie de reconstruire plus fort, plus grand. Ne pas se laisser abattre. La Freedom Tower dépasse ainsi tout entendement : 305 000 m2 de verre en extérieur, 241 000 m2 de superficie, une flèche de 124 mètres de hauteur, soit la plus haute du monde. 

Dans ce gratte-ciel, de nouvelles normes de sécurité ont été mises en place pour évacuer, que ce soit au niveau des escaliers ou des ascenseurs, mais aussi au niveau de la base du bâtiment, un carré de 63 mètres de côté, un peu surélevé par rapport au niveau du sol pour éviter toute attaque à la voiture-bélier. Le cœur de la tour est également différent des tours détruites puisque le béton y a été renforcé. Sa base est en métal et en béton armé. Le One World Trade Center a pour objectif de pouvoir être évacué en une heure maximum.

L’humilité dans la démesure

« Mais l’endroit le plus important de ce site étant le mémorial, le One World Trade Center est architecturalement très humble », tempère Rami Abou-Khalil. En effet, la forme de la tour peut sembler simple, mais très iconique, « pour qu’un enfant puisse la dessiner s’il la voit ». « Et avec le temps, grâce à sa simplicité, les New-Yorkais aiment de plus en plus ce lieu. »

Aujourd’hui les habitants de la ville sont en effet de retour sur le site, même si la pandémie du Covid-19 a éloigné nombre de personnes travaillant dans les bureaux des tours. Guéri, même si la cicatrice est indélébile, le site du World Trade Center a repris goût à la vie, et le mémorial semble avoir catalysé la guérison de ce lieu inédit. Déambuler près des fontaines inversées sur lesquelles les noms des victimes sont gravés, au cœur de Manhattan, ressemble à un pèlerinage entre recueillement et joie de vivre. Des roses sont déposées près des noms des victimes le jour de leur anniversaire. Un symbole de résilience dans ce « nouveau » lieu, plus humain que jamais, où cohabitent mémoire et vie.

Chronologie du 11 septembre 2001.
Chronologie du 11 septembre 2001. © RFI / Studio graphique FMM

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