Argentine: la défaite très personnelle d'Alberto Fernández aux primaires

Le président et la vice-présidente d'Argentine, Alberto Fernández et Cristina Kirchner, dans la nuit du 13 septembre à Buenos Aires.
Le président et la vice-présidente d'Argentine, Alberto Fernández et Cristina Kirchner, dans la nuit du 13 septembre à Buenos Aires. AFP - MAXIMILIANO LUNA

Le réveil est difficile, ce lundi 13 septembre 2021 pour le gouvernement du président argentin Alberto Fernández, qui a enregistré une défaite d'ampleur inattendue, dimanche aux primaires, sorte de test grandeur nature avant la confirmation par les urnes lors des élections législatives et sénatoriales partielles de novembre prochain.

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Les péronistes perdent les primaires sur l’ensemble de l'Argentine, dans 17 provinces sur 24, et sont même battus dans celles qui leur étaient traditionnellement fidèles, leurs bastions, dont la province de Buenos Aires, autour de la capitale du même nom.

Une défaite de très mauvais augure, dont a pris acte le chef de l'État fédéral. Alberto Fernández espère pouvoir inverser la tendance avant les scrutins du 14 novembre prochain, qui s'annoncent désormais à haut risque pour son parti et ses alliés.

 

Alberto Fernández, président de la nation argentine

Aujourd’hui, le peuple s’est exprimé. Et il l’a fait dans un contexte très spécial, parce que nous continuons de vivre avec une pandémie qui nous complique la vie. Mais malgré tout, nous sommes parvenus, en accord avec d’autres formations politiques, à mener à bien ces élections. Il semble évident qu’il y a des choses que nous n’avons pas bien faites. Tous ceux qui sont ici présents ont entendu le verdict des électeurs. Nous l’avons écouté avec respect et avec beaucoup d’attention, car nous savons pertinemment que nous avons commis des erreurs et que nous ne pouvons plus en commettre. On apprend de ses erreurs. De surcroît, il y a des demandes auxquelles nous n’avons pas su répondre. Donc, dès demain, nous allons répondre à ces demandes et résoudre les problèmes soulevés par les électeurs.

Très ancré historiquement dans le corps électoral, le camp de M. Fernández et de sa vice-présidente Cristina Kirchner ne s'attendait pas à une telle débâcle. Il s'agirait d'un vote sanction face à la gestion de crise Covid-19 par la coalition Frente de Todos.

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Telle est en substance l'analyse de Sébastien Velut, professeur de géographie à l'Institut des hautes études de l'Amérique latine (université Paris III) et spécialiste de l'Argentine, interrogé par Véronique Gaymard, du service international de RFI.

L'Argentine, et notamment le président Fernández, ont pris des mesures de protection de la population, de confinement, de restriction des mobilités, qui n'ont pas été bien vécues, mais qui surtout ont engendré une crise économique sans précédent, en tout cas particulièrement grave, avec une très profonde récession et une explosion de la pauvreté. Et ça, les gens le vivent et les gens le voient, même si on peut dire d'un autre côté que si ces mesures n'avaient pas été prises, il y aurait eu plus de morts. La deuxième chose dans la gestion de la pandémie, c'est qu'en dépit des efforts qui ont été faits, la stratégie vaccinale n'a pas été pleinement efficace et un certain nombre de critiques laissent entendre que l'Argentine aurait été le pays qui a le plus mal géré la situation vaccinale en Amérique latine. Donc, à la fois crise économique, et confusion dans la gestion de la pandémie et de la vaccination.

Sébastien Velut sur RFI: quel espoir désormais pour le camp présidentiel argentin?

 

En avril 2020, à peine arrivé à la Casa Rosada et déjà confronté au SARS-CoV-2, le président avait notamment eu cette phrase : « Je préfère avoir 10 % de pauvres en plus, plutôt que 100 000 morts. » Car la mort, ajoutait-il, on ne peut en revenir.

À cette époque, c'était le début de l'automne en Argentine, et le bilan humain de la crise semblait plaider pour le président. Mais depuis, plus de 113 400 personnes sont décédées du Covid-19 dans le pays, soit près de 2 500 par million d'habitants.

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La « quarantaine la plus longue du monde » est passée par là, avec des situations à la limite de la constitutionnalité. Une épreuve sans précédent dans ce pays déjà miné, tout particulièrement dans Buenos Aires et la province de Buenos Aires, la plus peuplée.

Le président pouvait espérer que les données actuelles de l'épidémie de Covid-19, en nette amélioration depuis juin 2021, et le redressement de la politique vaccinale, iraient dans son sens, après de nombreux tâtonnements durant plus d'un an.

Mais il y a aussi eu des scandales, notamment la démission de son ministre de la Santé, symbole d'une classe dominante se servant avant les autres en matière de vaccination. Ainsi qu'un grand repas familial du couple Fernández en plein confinement.

Les élections primaires en Argentine sont une répétition générale toujours très instructive organisée avant les scrutins officiels. En novembre 2021 seront renouvelés près de la moitié des sièges de députés et un tiers des sénateurs du pays.

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