Revue de presse des Amériques

À la Une: l'envoyé spécial Daniel Foote démissionne pour protester contre politique américaine en Haïti

L'émissaire américain en Haïti Daniel Foote a démissionné de sa fonction.
L'émissaire américain en Haïti Daniel Foote a démissionné de sa fonction. © Getty Images via AFP/Drew Angerer
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C’est une lettre de démission cinglante que Daniel Foote a fait parvenir au secrétaire d’État Antony Blinken. L’envoyé spécial en Haïti, qui n’était en poste que depuis deux mois et la mort du président haïtien Jovenel Moïse, accuse le chef de la diplomatie américaine d’avoir « ignoré ses recommandations ».

« Je ne serai pas associé à la décision inhumaine et contre-productive des États-Unis d’expulser des milliers de réfugiés et d’immigrants clandestins vers Haïti », écrit Daniel Foote. Un pays, ajoute-t-il, « où les officiels Américains sont confinés dans des complexes sécurisés en raison du danger posé par les gangs armés ». Selon Daniel Foote, Haïti n’est pas en mesure d’absorber cette arrivée « forcée », de milliers de migrants qui « manquent de nourriture, d’un abri et d’argent ».

Plus inédit encore, il condamne l’ingérence des États-Unis dans la politique haïtienne et, récemment, leur soutien renouvelé a l’actuel Premier ministre haïtien par intérim, Ariel Henry. « L’arrogance », écrit Daniel Foot, « qui nous fait croire que nous devrions désigner -encore - le vainqueur est impressionnante ». Une « intervention politique internationale qui a systématiquement produit des résultats catastrophiques ». C’est de mémoire la première fois qu’un haut fonctionnaire américain tient de tels propos sur le dossier haïtien.

La démission de Daniel Foote a été confirmée ce matin par le département d’État. « L’ambassadeur Daniel Foote a remis sa démission en tant qu’envoyé spécial en Haïti. Nous le remercions pour le service qu’il a rendu à son pays et au peuple haïtien », a déclaré le département d’État, cité par le Miami Herald. Le journal de Floride rappelle que depuis « la nomination de Daniel Foote, les conditions en Haïti n’ont fait qu’empirer, ce que Foote avait d’ailleurs reconnu, déclarant le mois dernier à un panel de la Florida International University que sa condition pour accepter le poste d’envoyé spécial était que les États-Unis ne répéteraient pas les mêmes erreurs en Haïti ».

Le destin des migrants haïtiens mobilise les Américains

Des manifestations se sont tenues hier dans plusieurs villes des États-Unis, notamment en Floride, où vit une importante communauté de la diaspora haïtienne. « Laissez-les rentrer », scandaient les manifestants selon le Miami Herald. La colère contre l’administration Biden est telle que « certains citoyens ont fait irruption dans les bureaux de différents comtés pour annuler leur affiliation au parti démocrate et s’inscrire en tant qu’électeurs indépendants », rapporte de son côté le Washington Post.

Le quotidien souligne que la polémique déclenchée par le traitement brutal des migrants haïtiens par les gardes-frontières à cheval prend une tournure inquiétante pour la Maison Blanche. Parce qu’il n’est désormais plus seulement question de la politique migratoire de Joe Biden, mais également de racisme. « Les migrants noirs sont criminalisés de manière disproportionnée, tout comme les Afro-Américains en raison de la couleur de leur peau », explique une militante dans les colonnes du Washington Post.

« À Miami et ailleurs, les manifestants tenaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire “Mettre fin au racisme à la frontière” ou encore “Traitez tout le monde de la même manière”. Signe que la question raciale dans ce contexte de crise migratoire est prise très au sérieux par l’administration Biden : “trois responsables de la Maison Blanche, tous noirs, ont rencontré hier des membres du Black Caucus le groupe des élus afro-américains du Congrès” », rapporte le quotidien.

Pendant ce temps l’équipe de Joe Biden continue à souffler le chaud et le froid

Des centaines d’Haïtiens sont renvoyés chaque jour chez eux par l’administration américaine. Ce qui amène l’éditorialiste du New York Times d’accuser le président de « faire du Trump ». D’autres migrants haïtiens ont en revanche été relâchés aux États-Unis avec, pour seul ordre, de comparaître dans les 60 jours devant les autorités d’immigration. Mais combien sont-ils ? « Un peu plus de 1 000 », croit savoir la chaîne CBS qui publie cette déclaration du secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, Alejandro Mayorkas : « Bon nombre des personnes que nous rencontrons demandent l’asile. Et ils ont le droit que leurs demandes d’asile soient entendues ».

Dans ce contexte déjà plus que flou, une autre nouvelle a jeté le trouble hier. Elle a d’abord été révélée par la chaîne américaine NBC News : « L’administration Biden recherche un entrepreneur privé pour rouvrir un centre de détention pour migrants sur la base américaine de Guantanamo. Capacité d’accueil : 400 personnes maximum ». Selon les détails, apportés par le quotidien The Hill, le département de la Sécurité intérieure cherche 50 employés pour travailler dans ce centre de détention pour migrants. Au moins cinq de ces salariés doivent savoir parler couramment le créole haïtien.

À en croire le département de la Sécurité intérieure, cela ne veut pas dire autant que certains Haïtiens actuellement coincés à la frontière américaine risquent d’être envoyés à Guantanamo. Le département affirme dans The Hill que son « appel d’offres concerne tout simplement un renouvellement de contrat pour ce centre de détention à Guantanamo qui est utilisé depuis des décennies pour des migrants dont les embarcations sont interceptées en mer ».

Le journal rappelle que dans les années 1990 déjà, les Haïtiens venus aux États-Unis pour demander l’asile avaient été envoyés à Guantánamo, en tout 12 000 sous l’ancien président George Bush père. 

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